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Vers une double utilisation des espaces

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Vers une double utilisation des espaces

Loggias colorées rue de Chanzy.

© (Doc. DR.)

À l’Opac de Paris, l’objectif est de parvenir à une meilleure occupation de chaque m2. Le développement durable et les nouvelles normes pour le handicap influencent la conception des logements.

L’Opac (Office public d’aménagement et de construction) de Paris réfléchit à une ­meilleure utilisation de ses terrains, dans une ville où l’espace libre se raréfie. Deux programmes illustrant ces tendances viennent d’être inaugurés dans le 11e arrondissement. « Plusieurs orientations nous guident, explique Philippe Sandevoir, directeur des constructions nouvelles pour l’Opac de Paris, et la première est de desserrer les contraintes culturelles sur la conception du logement. » D’une part, l’organisation actuelle des appartements cherche à s’affranchir de l’opposition traditionnelle entre partie jour et partie nuit. Les pièces destinées à la nuit (chambres) regroupent souvent diverses activités, nocturnes et diurnes. D’autre part, pour des locataires à faibles ressources, chaque m2 doit être doublement utile. Plusieurs options permettent de doter les locaux de diverses utilisations. La première est un espace qui sert à la fois d’entrée et de séjour. L’arrivée dans le logement se fait directement dans le séjour. Le reste de l’appartement est ensuite distribué par un couloir donnant sur le séjour, ou le séjour lui-même distribue directement les autres pièces.

Réduire les lieux de repas

Pour préserver l’intimité des habitants, un placard ou une gaine technique peuvent séparer légèrement les pièces. Une autre méthode pour condenser l’espace consiste à réduire les lieux de repas. Dans un logement traditionnel, il en existe souvent deux : la cuisine et la salle à manger, dont l’usage reste rare, voire fictif. Une meilleure utilisation de l’espace consiste donc à ­regrouper ces deux lieux, soit par une cuisine ouverte sur le séjour, soit par une grande porte de 1,40 m de largeur minimum, ce qui permet de placer une table entre la cuisine et le séjour. Il devient aussi possible d’avoir une cuisine en second jour, connexe au séjour, même si cela rend les problèmes de ventilation et de bruit plus complexes dans la conception du logement. Par ailleurs, si le fonctionnement de l’appartement le permet, la surface des couloirs peut être réduite ou supprimée : elle est parfois ­superflue pour des locataires aux revenus modestes.

Densifier l’habitat et bien choisir les systèmes constructifs

Une spécificité de l’habitat social à Paris est la fréquente suroccupation des logements. La rareté des logements à loyers modestes incite les locataires à rester longtemps, même quand les familles s’agrandissent. L’Opac essaie d’anticiper les contraintes du logement suroccupé, en prévoyant, par exemple, la présence de deux enfants par chambre. À partir du logement T4 de 4 pièces, la deuxième chambre peut contenir deux lits et deux tables de travail ainsi qu’une armoire de 1,20 m de largeur. À Paris, certaines parcelles sont étroites et profondes, ou offrent un angle rentrant sur un bâtiment en L, ce qui crée des surfaces habitables sans façade. L’organisation de ­logements plus profonds permet de mieux utiliser ces parcelles. On peut tenir compte de l’orientation, de la forme de la parcelle, de l’épaisseur du bâtiment, etc. Les charges locatives représentent une facture non négligeable. Pour ne pas grever le budget des locataires, l’Opac réfléchit à des systèmes constructifs cumulant à la fois le confort d’usage et les volumes tampons pour l’isolation thermique, voire phonique. Les doubles façades, avec loggias fermées ou fermables à volonté, sont donc préférées aux murs-rideaux ou aux systèmes avec double peau, trop coûteux. Pour la prise en compte de ces surfaces, l’Opac mène des discussions avec la Ville afin que la création de loggias accorde un bonus de COS de 20 %.

Pour les locataires, le chauffage représente un gros sujet d’économies potentielles. La ­demande va au chauffage individuel, et des chaudières à condensation à ventouse sont alors posées. De même, pour une meilleure maîtrise des consommations, la ventilation double flux est individuelle. Le choix et l’installation de ces appareils impactent la conception des logements.

Nouvelle réglementation : des contraintes difficiles

L’énergie solaire peut être utilisée pour l’eau chaude sanitaire.

Un circuit de plomberie supplémentaire est alors installé. Mais cette solution est moins efficace que le chauffage urbain (Cpcu). Par ailleurs, le préchauffage et la stagnation d’eau chaude peuvent avoir un impact sur la qualité sanitaire de l’eau. Quand cette dernière n’est pas suffisamment chaude, la chaudière vient améliorer sa température, même si son rendement est moins bon avec une eau préchauffée. Pour les économies, des chasses d’eau à double débit ainsi que des robinets thermostatiques pour limiter les puisages sont généralisés. Un comptage individuel est favorisé. Les jardins de l’Opac ne sont pas arrosés et les végétaux sont choisis pour leur rusticité et leur adaptabilité au climat ­parisien. D’autre part, la nouvelle réglementation pour les handicaps crée d’énormes contraintes – difficiles à gérer dans ce contexte – pour les bâtiments : circulations verticales et horizontales, volets roulants motorisés, portier électronique pour aveugles, etc. Par exemple, un logement adapté pour un handicapé est souvent refusé par des personnes non handicapées, qui trouvent le couloir trop large, la cuisine et la salle de bains trop grandes, pour un séjour trop petit. En résumé, cela renchérit les projets, les logements sont moins fonctionnels ou alors le bâtiment comporte moins de logements. Par ailleurs, l’accès à la loggia n’est pas encore bien réglé, les seuils des menuiseries venant seulement d’être mis au point. Dès maintenant, l’Opac se tourne vers les nouvelles énergies et envisage d’équiper certains de ses bâtiments avec des capteurs photovoltaïques quand leur exposition le permet.

Les kilowatts revendus à EDF rentreront dans les recettes de l’Opac pour être affectés aux grosses réparations. Des éoliennes à axe vertical sont en essai sur des tours dégagées et ventées, mais ils ne sont pas encore concluants. Par ailleurs, les élus de la Ville de Paris souhaitent que l’Opac anticipe sur l’évolution de la réglementation thermique, et que les calculs soient faits à partir de la RT 2005, avec un minimum de – 20 % par rapport à cette réglementation, voire – 30 ou – 50 %. L’Opac construira son premier bâtiment à énergie positive en 2008 ou en 2009.

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