Ventilation double flux : l’importance de la maintenance

Sujets relatifs :

PHOTO - 884608.BR.jpg

Centrales à ventilateurs centralisés et échangeurs décentralisés

Les recommandations professionnelles pour la conception et l’installation des ventilations double flux mettent en exergue l’importance de l’étanchéité du réseau et de l’entretien.

Pour atteindre les objectifs de performance thermique de la réglementation, voire ceux d’un bâtiment à énergie positive, il est indispensable de disposer, en complément des moyens passifs, de solutions actives efficaces. Parmi ces dernières, la ventilation double flux, considérée par certains comme incontournable, n’avait pas fait, jusque-là, l’objet d’une véritable analyse. D’où l’intérêt de cette enquête, qui a débouché en février 2015 sur la publication d’un rapport Rage : « Ventilation double flux performance et retour d’expériences », rapport qui, avec un précédent document de juin 2014, « Solutions de diffusion d’air en ventilation double flux dans l’habitat », a servi de base à l’établissement de deux séries de recommandations professionnelles Rage pour les installations de VMC double flux en habitat collectif et en habitat individuel. Cette enquête a permis, à partir d’un nombre limité de cas, de repérer les conditions essentielles au bon fonctionnement des installations, d’identifier les matériels les plus performants en relation avec leur mise en œuvre, d’énoncer des règles générales de mise en œuvre des ventilations double flux en fonction des cas traités. Les objectifs ne se limitent pas à l’efficacité thermique mais traitent aussi d’autres aspects du confort comme l’acoustique.

Les échangeurs au cœur du système

« Outre une revue typologique des différents types d’équipements et, en particulier, une meilleure connaissance des ventilateurs, cette étude, en partie menée sur des installations instrumentées, était importante dans notre connaissance de ces techniques », souligne Martine Bianchina, ingénieur qui l’a supervisée au sein du Costic (Comité scientifique et technique des industries climatiques).
Il existe trois familles de ventilation double flux (voir schémas) : les centrales avec ventilateurs et échangeur centralisé (essentiellement destinées à l’habitat social), les centrales avec ventilateur et échangeurs décentralisés (privilégiées dans l’habitat intermédiaire), et les centrales avec ventilateur centralisé et échangeurs décentralisés (essentiellement pour l’habitat privé). Les performances des systèmes de ventilation double flux dépendent d’abord de la qualité et de l’efficacité des échangeurs utilisés. Ceux-ci ont connu rapidement une forte augmentation de leur rendement, atteignant désormais de façon courante les 80 %, mais une majorité affiche 90 %. La nature du moteur est importante, puisque les moteurs à courant continu (84 % des centrales double flux) « permettent une régulation de la vitesse en continu en fonction de l’ouverture des bouches. La consommation électrique, directement associée au fonctionnement de la ventilation, est réduite par rapport à l’utilisation de moteurs à courant alternatif », souligne le rapport, qui constate aussi un faible niveau de filtration caractérisé par l’utilisation de filtres grossiers, essentiellement sur l’insufflation. Cette faiblesse est peut-être à mettre en rapport avec l’absence d’exigence réglementaire sur ce point pour l’habitat.

Étanchéité des réseaux

Les recommandations établies sur la base de ces rapports soulignent les points qui nécessitent une vigilance particulière. Deux d’entre eux apparaissent essentiels : l’étanchéité des réseaux et la maintenance.
« L’étanchéité des réseaux est une condition incontournable pour assurer à la fois l’efficacité du système (et son économie) et le maintien de la qualité de l’air, explique Martine Bianchina. En cas de pertes, soit le caisson d’extraction ne compense pas les fuites et le logement subit alors une sous-ventilation, soit le caisson compense, mais le matériel travaille plus et la consommation s’en ressent. Les recommandations rappellent les limites admissibles en fonction des classes des réseaux et listent les points de vigilance comme la liaison entre la bouche extraction et le conduit de raccordement, les raccords d’étages, les raccords entre éléments de conduits, les déboîtements de conduits, la mise en œuvre des té-souches, etc. » D’où la préférence des rédacteurs pour des accessoires à joints.
Autre source de mauvais rendement, les pertes de charges à limiter quelle que soit la forme des conduits (circulaires ou rectangulaires), dont on rappelle l’intérêt du calorifugeage. Le texte des recommandations précise les vitesses : 6 m/s pour les parties horizontales et 5 m/s pour les verticales, en tenant compte des exigences acoustiques, selon l’arrêté du 30 juin 1999 (35 dB(A) dans les cuisines et 30 dB(A) dans les pièces à vivre).

Positionnement des bouches

Ces recommandations viennent aussi compléter l’arrêté du 24 mars 1982 modifié, qui encadre depuis plus de trois décennies la ventilation des logements. Elles fournissent ainsi des indications sur le dimensionnement et sur l’implantation des bouches d’insufflation pour une diffusion optimale. Il est conseillé de se rapprocher le plus possible du plafond, tant que le passage de l’air n’est pas gêné (poutres). Il faut toutefois prendre la précaution de laisser les 20 cm nécessaires au positionnement d’un cône de mesure de débit. Le respect des passages de transit entre les pièces est assuré par des valeurs de hauteurs de détalonnage des portes données par les recommandations, qui rappellent la nécessité d’un contrôle après la pose du revêtement de sol.

L’entretien : une nécessité stratégique

« L’entretien et la maintenance des installations de ventilation double flux sont essentiels au maintien de leur performance, souligne Martine Bianchina. Les conséquences sont identiques à celles d’une mauvaise étanchéité : dégradation de la qualité de l’air et augmentation de la consommation des ventilateurs. Le remplacement régulier des filtres constitue une obligation. Dans certains cas, cet entretien peut être compliqué par l’option retenue. C’est notamment celui des solutions centralisées avec un échangeur en partie haute, souvent privilégiées par les maîtres d’ouvrage dans l’habitat social ou collectif. Ces dispositifs limitent les interventions chez l’habitant. Mais le système centralisé, s’il est moins coûteux, est moins efficace que le système individualisé car l’échange de chaleur est assuré loin du lieu de distribution. Il est alors nécessaire de prévoir des trappes de visite. Une recommandation tirée de la norme NF 12097 dédiée aux bâtiments tertiaires, en l’absence d’autre texte de référence. Pratiquement, il faut prévoir des trappes tous les 7,5 m en partie rectiligne dès qu’il y a plus d’une modification de diamètre et plus d’un changement de direction de plus de 45 degrés. Elles doivent être mises en œuvre avec soin : dimension, découpe et restitution du degré coupe-feu du conduit. » On relèvera enfin que, au moment de la rédaction des recommandations, des questions se posaient encore sur la situation de ces installations au regard de la sécurité incendie, notamment pour éviter de donner au feu des moyens de propagation d’un logement à un autre. En effet, l’arrêté du 31 janvier 1986 modifié ne traite pas de cette technique. L’arrêté du 19 juin 2015 modifiant l’arrêté du 31 janvier 1986 modifié relatif à la protection contre l’incendie des bâtiments d’habitation est venu combler cette lacune, notamment par les prescriptions de son article 5.

N°348

vous lisez un article des Cahiers Techniques du Bâtiment N°348

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2016 des Cahiers Techniques du Bâtiment

Nous vous recommandons

Réglementation et droit de la construction : les nouveautés 2017

Réglementation et droit de la construction : les nouveautés 2017

Quelles bonnes (ou mauvaises) nouvelles nous apporte ce début d'année ? De l'intégration des travaux d'isolation thermique lors d'une réhabilitation aux ascenseurs pour les grues de chantier de plus de[…]

2017 : année du Carnet numérique du bâtiment

2017 : année du Carnet numérique du bâtiment

Installations électriques, une évolution sans révolution

Installations électriques, une évolution sans révolution

Corrections à l’arrêté relatif à l’accessibilité des bâtiments d’habitation neufs

Corrections à l’arrêté relatif à l’accessibilité des bâtiments d’habitation neufs

Plus d'articles