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Une salle Arts déco restaurée à l’identique

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Une salle Arts déco restaurée à l’identique

La retombée du balcon agrémenté d’une guirlande d’ampoules présente une belle frise peinte sur toile et marouflée. Les petites loges sont encadrées par des moulures en volutes et ornées de motifs floraux en relief.

Témoin de l’Art décoratif des années 20, ce théâtre classé monument historique a retrouvé sa configuration d’origine. Tous les décors peints et les stucs ont fait l’objet d’une restauration et reconstitution à l’identique.

Ancienne salle de cinéma installée dans un immeuble du xviiie siècle, rue du Faubourg-Montmartre à Paris, le Palace est transformé en théâtre en 1921 par l’architecte Marcel Oudin. En 1923, Charles Rabussier modifie et achève sa construction. Devenu le célèbre music-hall l’Alcazar en 1933, le lieu reprend ensuite son nom et hésite entre cinéma et théâtre. En 1976, la salle de spectacle est classée Monument historique comme « témoin de l’art décoratif des années vingt » pour « son parti architectural, son décor figuré et ses rampes d’escalier ». Boîte de nuit à la mode des années quatre-vingt, elle est rachetée en 2006, après dix ans de fermeture, et redevient après vingt-trois mois de travaux et 2 MY de travaux, un théâtre de 965 places.

C’est l’architecte François Préchac, membre du collège régional du Patrimoine et des sites d’Ile-de-France, qui a été chargé de restaurer le site et de le rétablir dans ses dispositions d’origine avec un parterre en pente douce (553 m2) et un balcon en gradins (262 m2).

Allier normes et patrimoine

« Depuis l’origine, des estrades, des planchers, des garde-corps et des ajouts décoratifs ont été mis en place sans tenir compte des éléments d’architecture existants. Des peintures de couleurs douteuses ont caché les stucs, les staffs, les frises et les guirlandes… », explique François Préchac. Pour l’architecte, « il s’agissait de concevoir un théâtre agréable, fonctionnel, répondant aux normes et disposant de la technique la plus moderne possible. Il fallait aussi assurer une restauration très soignée sur tous les murs et les centimètres carrés décorés. » Sous l’œil vigilant d’une administration qui n’a toutefois rien imposé, aucune aide financière n’ayant été demandée à l’Etat.

La restauration s’est engagée parallèlement aux travaux de gros œuvre. Bonne surprise, la dizaine d’issues de secours existantes a permis de répondre à la réglementation sans modifier les structures, ni les décors. Les travaux lourds ont consisté à enlever les plates-formes métalliques et les planchers rapportés de la grande salle, renforcer la dalle béton d’origine en forme d’amphithéâtre par une chape armée, surélever la scène de 80 cm, consolider le plafond suspendu de l’orchestre et rénover le plafond à caisson soutenant le balcon. Un environnement difficile pour les artisans d’art, qui ont dû travailler dans le bruit, la poussière, le froid et l’humidité.

Peintures décoratives et toiles marouflées

De nombreux sondages dans les murs et les plafonds et les photos d’archives ont permis de reconstituer sur ordinateur en 3D l’ensemble des décors d’origine. Deux ateliers (l’un de reproduction, l’autre de restauration) se sont partagé la reconstitution de 1 500 m2 de surfaces. La première phase a consisté à dégager les décors de la grande salle. Enlèvement des couches de peinture – jusqu’à sept par endroit – qui recouvraient les murs, les six piliers de soutien, certains pilastres, et les soubassements de l’orchestre et du balcon. À 17 m du sol, les motifs décoratifs peints à l’huile au pochoir sur enduit, étaient salis, jaunis et recouverts de gomme-laque. « Le vernis a été nettoyé avec des agents lavants. Les manques ont ensuite été mastiqués et restaurés avec des peintures acryliques en sous-couches puis par glacis successifs de peintures réversibles », résume Isabelle Stetten, cogérante de l’Atelier Bis qui a également remis en état une peinture murale (voir encadré).

Après repérage et prises de cotes, nombre de peintures, impossibles à restaurer ou manquantes, ont été reconstituées sur toile en atelier par les peintres décorateurs : parties des murs, du grand plafond… (271 m2 au total). « Pour chaque type d’ornementation, on part d’un dessin de base, un module, reproduit selon un rythme précis pour donner un sens à l’ensemble et former une composition harmonieuse. C’est ce rythme-là qu’il a fallu retrouver, notamment pour les décors fleuris des plafonds à caissons et des poutres soutenant le balcon », explique Annette Barrault, responsable de l’atelier de décors peints du même nom. Les ornementations sont réalisées sur toile à même le sol. Après l’application d’une peinture de fond et d’une patine, le dessin est mis en place – au total, dix motifs différents (spirales, ananas, oves, palmettes, fleurs…). La peinture est réalisée au pochoir – découpé au cutter ou au stylet chauffant – suivant la technique de l’époque. Une patine de vieillissement est posée en final. Transportées en rouleaux sur site, les toiles sont marouflées à l’aide d’une raclette sur leur support enduit de deux couches successives de colle spéciale. Des retouches de peintures et patines sont réalisées sur site en complément éventuel du décor.

Stucs et staff reconstitués

La reconstitution à l’identique de cinq types de stucs marbres a nécessité l’utilisation de matières et méthodes différentes : les stucs en ton pierre décorant les pilastres et les chapiteaux (200 m2) ont été traités à la chaux colorée par les décorateurs. Les stucs terre de Sienne (200 m2) et rouges des panneaux muraux et soubassements reproduits ou restaurés par les deux ateliers, selon des techniques classiques de trompe-l’œil : faux marbres réalisés avec des peintures acryliques fines (voir photo). De plus, un sculpteur-staffeur-mouleur a reconstitué les éléments décoratifs en plâtre endommagés, à partir de dessins ou de parties restantes. « La seule différence avec les techniques des années vingt est la fabrication de moulages en silicone », précise Pierre Roudot. Au programme : corniches fougères, volutes, ornements en formes d’oves (cœurs) ou de fleurs, chapiteaux des pilastres, cabochons ornant la frise du cadre de scène, grille d’aération du plafond… « À cause de l’humidité, c’est la peinture qui maintenait le plâtre en certains endroits. En perçant avec une aiguille, il tombait comme de la farine », se souvient-il. Pour faciliter le séchage des copies en staff (mélange de plâtre de moulage et de fibres végétales), il a dû compléter son atelier d’une « étuve » bâchée, équipée de spots infrarouges.

Les travaux de reconstitution à l’identique ont également concerné les carrelages en mosaïque des sols, les élégantes poignées en laiton entrelacé des portes en bois (certaines également reproduites). Le vestiaire en bois a été réalisé dans le style de l’époque… L’ensemble des banquettes et gradins cassés de l’orchestre et du balcon a été remplacé par environ 1 000 sièges revêtus de velours marron, en harmonie avec les teintes du décor (beiges, bruns, ocres, terre de Sienne…).

Notons enfin que les câbles pour la sonorisation ne pouvaient être encastrés dans les parois (en raison du classement) : ils se dissimulent aujourd’hui dans des volutes métalliques apparentes imaginées par l’architecte, fixées le long des piliers de la salle.

vous lisez un article des Cahiers Techniques du Bâtiment N°287

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