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Une réflexion commune à intégrer en amont des projets

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Une réflexion commune à intégrer en amont des projets

Roger Narboni, directeur de l’agence Concepto (1), est concepteur lumière. Loin du strict point de vue fonctionnel des années 60-70, il met l’accent sur l’ouverture de la notion d’éclairage à la conception d’espace intérieur/extérieur et sur sa complicité avec la lumière naturelle.

Les Cahiers techniques du bâtiment :Quelles sont les évolutions en matière de sources d’éclairage ?

Roger Narboni : C’est un domaine en constante mutation avec des développements technologiques fiables et un marché ouvert. Les lampes à décharge électrique ont amélioré leur couleur de lumière et le rendu des couleurs. Celles aux iodures métalliques à brûleur céramique commencent à remplacer les lampes au sodium haute pression, pour valoriser des espaces publics en centre urbain dense, par exemple. Leurs flux ­lumineux et rendu des couleurs performants permettent d’obtenir une lumière blanche, de différencier les ambiances et les tonalités. Les tubes fluorescents offrent des choix de températures de couleur très étendus, des rendus de couleur améliorés et des diamètres réduits, tout en assurant de bons flux lumineux et une durée de vie de l’ordre de 15 000, voire 48 000 et 60 000 heures pour les plus récents. Dans les applications de type commerce ou muséographie, la durée de vie des halogènes s’est également accrue, une notion importante pour le coût et pour la maintenance. Mais il conviendrait d’harmoniser les indices de calculs de durée de vie avancés par les fabricants, afin de favoriser une comparaison efficace et opérer des choix plus pointus en fonction des projets ! Enfin les diodes électroluminescentes (leds, en anglais), toujours plus performantes en termes de flux lumineux et de tonalités, bénéficient de la couleur et d’une programmation électronique informatique pour une consommation énergétique très faible. Si leur rendement lumineux relativement ­faible ne permet pas encore une utilisation en éclairage public, elles devraient rivaliser avec la plupart des autres lampes, d’ici 5 à 10 ans. Les lampes constituent un outil ­essentiel de notre travail avant même le choix des appareils. Déplorons qu’en ­termes de choix de départ, nous soyons tribu­taires de stratégies industrielles mondiales qui nous dépassent. Et ce déficit de dialogue avec les fabricants est aussi valable pour les appareils !

CTB : Justement, quelles sont les tendances pour les appareils ?

R. N. : Si le marché des lampes est réalisé par une poignée d’industriels, on compte ­environ 1 000 fabricants d’appareils. La frontière jusqu’à présent hermétique entre ces fabricants, voire même avec les fabricants de lampes, est en train d’exploser. En intérieur, les appareils directs ou indirects prennent en compte les nouvelles lampes. Les valeurs privilégiées sont le confort visuel et l’esthétique, ou a contrario le décor et la mise en scène du luminaire. En extérieur, la protection de l’appareil contre l’eau et les salissures est fondamentale pour l’exploitation, donc pas de luminaires ouverts mais des indices de protection (IP) de 44 à 66 minimum. Les constantes, tant en extérieur qu’en intérieur, visent la performance des produits en termes de fiabilité, robustesse, durabilité et efficacité. Soit une consommation minimale de watts pour un maximum de lumière ! Pour des esthétiques diurnes, c’est la miniaturisation qui est recherchée avec des appareils compacts, supposant des progrès sur la manière de les refroidir et l’intégration de lampes elles-mêmes ­miniaturisées, telles les lampes aux iodures ­métalliques. En effet, l’optique parfaite étant le point unique, plus la source lumineuse s’avère petite, plus le calcul de la répartition de son flux est optimisé !

CTB : Quelle est la spécificité de l’éclairage des bureaux ?

R. N. : Dans ce domaine, la tendance est à l’illumination des bâtiments. Mais ­cette mise en lumière initiée par le maître d’ouvrage dans une optique commerciale, et également porteuse pour l’architecte, pose la question de l’utilisateur final qui voudra promouvoir sa propre image de marque ! Non réglementée, cette approche suppose une vision globale du paysage pour éviter une surenchère lumineuse hétéroclite et un mitage visuel de la ville nocturne ! Sur les projets haut de gamme, on constate chez les maîtres d’œuvre une prise en compte de la transparence et donc du rôle de l’éclairage intérieur dans l’image extérieure. Notamment au niveau des trames, des maillages et de la manière dont sera perçu le positionnement des luminaires en façade ou à travers la double peau. Mais la nécessité d’une vision commune se heurte à un autre paradoxe : le BET technique est chargé de l’éclairage intérieur tandis que le concepteur lumière met en scène la façade sans être associé aux études ! Autrement dit, le programme d’éclairage des bureaux ne traite que d’éclairement et de moyennes sans se poser la question de la répartition de l’espace, de la lumière du jour ni de la zone en bordure de façade, et donc de la qualité d’ambiance. Et sur les plateaux livrés nus avec 425 lux moyens sur le plan utile, l’exploitant devra rajouter des luminaires d’ambiance sur pied ou sur table qui doubleront les consommations ! Dans les bâtiments commerciaux, on retrouve le goût de la lumière naturelle, on joue sur sa complicité avec la lumière artificielle et l’on essaie d’établir une image nocturne différente ou qui prolonge l’image diurne. Liée aux notions de qualité environnementale et d’économie d’énergie, cette façon de penser l’éclairage artificiel en corrélation et en dialogue avec la lumière naturelle constitue l’enjeu de l’évolution de notre métier.

CTB : Quelle méthodologie adopter ?

R. N. : Il existe plusieurs types de réponses. D’abord différencier les luminaires en bordure de façade qui n’ont pas le même rôle. Ensuite, répartir les systèmes de câblage en séparant les circuits au stade de la conception. Pourquoi éclairer la rive de façade dans la journée alors que le besoin lumineux se fait sentir sur l’arrière-plan ! Aujourd’hui, on essaie d’avoir une réflexion intelligente qui prenne en compte les apports de lumière naturelle, la répartition spatiale, les économies d’énergie… Sur ce dernier point, la tendance est aux tableaux multifonction ou à l’utilisation de détecteurs de présence, et à la gradation électronique en fonction du niveau lumineux extérieur, à la fois pour réduire les intensités lumineuses, augmenter la durée de vie des lampes et obtenir une baisse énergétique. La question du budget d’investissement et de fonctionnement, rarement vu dans sa globalité, se pose ici !

CTB : Qu’en est-il des économies d’énergie ?

R. N. : Force est de constater la prise de ­conscience nationale en matière de ­consommation énergétique et de sa maîtrise. On peut ­déplorer que les gains ne soient calculés qu’en termes énergétiques via la manière de maîtriser les courants à l’entrée des ballasts ou la tension sur les lampes. C’est-à-dire sans prendre en compte la spécificité des matériaux, leur granulométrie, leur radiance, la réflectance des chaussées, etc. Tant en extérieur qu’en intérieur, on pourrait économiser jusqu’à 50 % des consommations en jouant sur le rapport entre la texture des ­matériaux, leur clarté et l’impact de l’éclairage qui en résulte. Nous travaillons également sur des produits alimentés par une énergie renouvelable, encore au stade artisanal de l’assemblage des composants. Mais un luminaire autonome suppose de se poser la question du tout, maintenance et pièces de rechange comprises. Cette approche, qui nécessite donc un décloisonnement des mentalités et la mise en place de filières industrielles, pourrait donner lieu à un nouveau type d’appareils comme la lampe de bureau solaire. On en revient à la problématique de la prospective et au nécessaire dialogue entre tous les échelons des filières, y compris avec les usagers. Car l’enjeu majeur de la réussite d’une installation d’éclairage réside dans le travail de conception en amont !

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