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Une organisation spatiale reliant différentes générations

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Une organisation spatiale reliant différentes générations

En retrait de 4 m par rapport au trottoir, le côté parents et enfants se développe sur l’arrière de la rue, sur une cour intérieure plantée d’arbres qui protègent les parkings.

Un immeuble de huit logements réunissant chacun sur le même palier trois générations de la même famille, tel est le « projet citoyen » lancé par Mulhouse Habitat dans un quartier en mutation ancré dans l’histoire de la ville.

Faciliter l’échange et les liens entre les générations, tel est l’objectif du projet original piloté par Mulhouse Habitat, l’Office public d’aménagement et de construction (Opac) de la cité alsacienne. Une expérience née du constat que les personnes âgées souhaitent garder leurs repères, habiter auprès de leurs proches et participer souvent à la prise en charge des enfants lorsque les parents travaillent. Retenu à l’issue d’un concours atypique, le projet devait présenter un habitat avec les avantages de la proximité, tout en évitant ses désagréments. Il portait sur une réflexion philosophique et non sur un rendu de plans traditionnel. Le bâtiment de quatre niveaux, dont les travaux se sont achevés en décembre 2003, est situé rue Kléber, dans l’ancien quartier ouvrier de la Fonderie, en pleine mutation. L’immeuble comprend huit logements regroupés deux par deux sur chaque niveau par « double famille ». Le logement des grands-parents, très compact (T2 de 53,02 m2 sur trois niveaux) constitue une sorte de borne urbaine, rythmant la rue, et contrôle l’accès à la cour commune. Le logement des parents et des enfants (T4 de 97,36 m2 et T3 de 61 m2 sur le dernier niveau) s’enfonce dans la profondeur de l’îlot urbain. Il se développe sur l’arrière de la rue, sur une cour intérieure plantée d’arbres qui protègent les parkings.

Un espace interstitiel vitré

Le logement étant en retrait de 4 m par rapport au trottoir, les locataires du rez-de-chaussée pouvant bénéficier d’un jardinet les isolant de la rue.

« Le terrain était une dent creuse où il fallait se glisser au chausse-pied, ce qui constituait un challenge particulièrement intéressant », précise l’architecte Roland Spitz. Mais l’originalité de ces appartements est de pouvoir être réunis ou séparés par une pièce commune (15,22 m2), comprise dans le contrat de ­location du T5.

« J’ai proposé d’offrir un espace interstitiel à la jonction des deux logements, dans lequel chacun débouche par l’intermédiaire d’une cloison coulissante en bois », explique l’architecte. Ces cloisons offrent ainsi une continuité totale entre chaque salon/salle à manger. Cet espace est le plus neutre possible, volontairement fermé par une paroi vitrée qui va du sol au plafond et donne sur la cour et la rue. À chaque famille d’en inventer l’usage, selon, par exemple, les différentes périodes de l’année, l’évolution de la structure familiale ou les fêtes qui rythment la vie. Autre spécificité : il n’y a pas d’ascenseurs, d’escaliers ni de paliers à l’intérieur. Tout est à l’extérieur dans une configuration d’habitat individuel superposé. L’escalier extérieur permet d’accéder à chaque porte d’entrée – dont celle de l’espace interstitiel – par une coursive ouverte, perpendiculaire aux façades et qui ne longe jamais les fenêtres des logements. La cage d’ascenseur est à la fois une articulation de l’espace et un obstacle visuel permettant d’éviter la promiscuité. Cette opération, lauréate régionale du challenge Innovélec en 2002, a mis l’accent sur les performances techniques de l’ensemble, supérieures aux exigences de la réglementation thermique : isolation efficace par l’intérieur, menuiseries bois et vitrage peu émissif avec remplissage argon. En outre, les locataires bénéficient de conseils confort électrique. À noter, pour les besoins des personnes âgées, les prises de courant ne sont pas installées au ras du sol et les douches sont surbaissées.

Pour Monique Leborgne, adjointe au maire de Mulhouse et initiatrice de ce projet citoyen, les échanges entre les générations dans la « pièce tendresse » – l’espace commun – sont la clé de la réussite. « Ce projet est fondé sur la tolérance et le respect, insiste-t-elle. Pas question de prise de pouvoir des uns sur les autres ! ».

Un outil en évolution

Seules les familles de sang avec un maximum de deux enfants d’âge primaire sont acceptées pour l’instant, et le loyer est de 25 % supérieur à celui d’une HLM traditionnelle. Rappelons que, pour cet immeuble, le coût des travaux a été de 687 805 euros et que le coût global de l’opération s’est élevé à 1,18 M e. Mais que se passe-il lorsque la famille se transforme (décès, départ des enfants… ) ?« Je n’ai pas de réponse, admet Roland Spitz. L’outil est adapté à un moment donné de la vie de ses occupants. Il doit pouvoir évoluer et s’adapter éventuellement plus tard à des schémas différents, tels que familles d’adoption, accueil de jeunes ménages, etc. La réalisation a été conçue pour pouvoir, en cas de nécessité, séparer les deux logements. À voir l’approche faite par les premiers locataires, il semble évident que ce serait très dommage. » Les premières locations ayant débuté en février 2004, il est encore trop tôt pour savoir si l’expérience, déjà classique au Canada, fonctionnera à Mulhouse. « Même si elle réussit, rien ne prouve que nous réaliserons sa copie conforme dans un autre quartier », conclut Monique Leborgne.

vous lisez un article des Cahiers Techniques du Bâtiment N°245

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