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Une obligation salvatrice

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Une obligation salvatrice

L’étanchéité à l’air des constructions dans l’individuel, le collectif et le tertiaire, est l’un des enjeux majeurs de la Réglementation thermique 2012. Pendant toute la durée de la construction, un contrôle qualité est l’une des règles de base pour réussir l’étanchéité à l’air. Sur cette maison BBC l’étanchéité à l’air enveloppe est de 0,3 v/h (50 Pa). (Doc. Maugy.)

Librement réalisée, partie intégrante du BBIO, l’enveloppe du bâtiment sera systématiquement testée quant à sa perméabilité à l’air. La maîtrise de la qualité de l’enveloppe devra figurer obligatoirement dès la phase d’étude. Un travail sur la conception et la réalisation.

Mesure emblématique de la dernière mouture de la RT 2012, l’obligation de réaliser des tests d’étanchéité à l’air pour toutes nouvelles constructions aura des conséquences importantes sur l’acte de construire. C’est du moins l’objectif visé.

Concrètement, l’étanchéité de l’enveloppe des bâtiments sera testée au niveau du seuil de l’actuel label BBC. Soit des niveaux de perméabilité à l’air inférieurs ou égaux à 0,6 m 3 /(h.m 2 ) pour le logement individuel et à m 3 /(h.m 2 ) pour le logement collectif. Le traitement de l’étanchéité à l’air pourra être justifié soit par une mesure à la réception du bâtiment, soit par l’application d’une démarche qualité agréée par l’État.
Ces mesures de perméabilité ont plusieurs buts. Le plus évident : vérifier que le niveau de perméabilité est bien compatible avec la performance énergétique recherchée et, au cas où, corriger les défauts de l’enveloppe. En effet, la perméabilité à l’air du bâti engendre des surconsommations d’énergie, car elle augmente le taux de renouvellement d’air du local par tirage thermique, lequel s’ajoute à la ventilation volontaire du logement. En hiver, l’augmentation du débit d’air due aux infiltrations peut entraîner une augmentation importante des besoins de chauffage. Mais la maîtrise des transferts aérauliques constitue aussi une des pistes d’amélioration pour les bâtiments et pour le confort des occupants. Les systèmes de ventilation actuels sont capables de maîtriser les flux d’air pour apporter l’air neuf nécessaire aux occupants. Cependant, pour qu’ils fonctionnent correctement et soient réellement efficaces, il est nécessaire d’atteindre de bons niveaux d’étanchéité à l’air des réseaux aérauliques et de l’enveloppe du bâtiment.

Sources d’infiltration : attention aux interfaces

Assurer un bon niveau d’étanchéité à l’air pour un bâtiment, c’est donc être capable de maîtriser les flux d’air qui circulent à travers des orifices volontaires (bouches de ventilation et entrées d’air) et de limiter les flux incontrôlés, qui en plus du gaspillage énergétique peuvent être sources de pathologies et d’inconfort. Il ne s’agit en aucun cas de confiner les occupants dans une « bouteille Thermos », mais au contraire de leur procurer de l’air de qualité en quantité suffisante et sans excès.
En plus de l’aspect énergétique, cinq enjeux principaux sont liés à l’étanchéité à l’air pour la préservation du bâti et le confort des occupants : l’hygiène et la santé - condensations et moisissures responsables de dégradations prématurées du bâti et de pathologies telles que l’asthme - la qualité de l’air intérieur ; le confort acoustique des occupants, mais aussi la sécurité des personnes à proximité de sites industriels classés Seveso.
D’après des essais réalisés dans un grand nombre de logements, les sources d’infiltration s’expliquent par deux raisons principales : des parois modernes, souvent multicouche, à l’origine de nombreuses fuites, notamment à cause du manque ou de l’absence d’études de conception, et un calfeutrement aléatoire faisant rarement l’objet d’une attention spécifique au niveau de la commande, des études, du suivi et de la réception des travaux.
Ainsi, quatre grandes catégories de points faibles ont été répertoriées : • les liaisons façades et planchers (murs-dalle sur terre-plein, murs-dalle ou plancher en partie courante), • les liaisons menuiseries extérieures (seuil de porte palière, seuil de porte-fenêtre, liaison murs/ fenêtres au niveau du linteau, etc.), • les équipements électriques (interrupteurs sur paroi extérieure, prises de courant sur paroi extérieure, traversées de parois, etc.), • et les trappes et éléments traversant les parois (trappes d’accès aux combles, gaines techniques, etc.).

Une nécessaire concertation sur le chantier

Dans les bureaux d’études et sur les chantiers, les règles sont en train de s’écrire. Dans le neuf, la plupart du temps les règles techniques et règles de l’art qui existent permettent d’obtenir l’étanchéité à l’air sans grands changements dans les habitudes. Pour beaucoup, il suffit de suivre scrupuleusement les descriptifs et Normes DTU. Pour autant, les DTU ne suffisent pas dans la mesure où ils n’intègrent pas, à ce jour, cette donnée. Et les entreprises peuvent avoir besoin de mettre en place des actions de formation. Formations délivrées de préférence in situ, en prenant en compte les particularités du chantier. Si les entreprises ne sont pas formées, c’est à la maîtrise d’œuvre de mettre en place ces formations car, sur le chantier, les opérateurs ont besoin d’un mode d’emploi. Ils ont aussi besoin ponctuellement de produits et systèmes spécifiques pour traiter les points singuliers et ce n’est pas de l’ordre du gadget (voir encadré). Ce qui change aussi pour les entreprises c’est la manière de travailler avec les autres corps d’État qui interviennent sur le chantier, notamment pour toutes les interfaces techniques. Cela demande de travailler ensemble sans que le travail de l’un dégrade celui de l’autre. Il suffit qu’un maillon de la chaîne ne fonctionne pas et la performance ne sera pas atteinte.
Mais contrairement aux idées reçues, l’étanchéité à l’air ne concerne pas seulement les entreprises. En réalité, il y a une répartition des responsabilités entre maîtrise d’ouvrage, maîtrise d’œuvre au sens large et entreprises. Et dans cette chaîne vertueuse, chacun a sa place : la maîtrise d’ouvrage définit les objectifs et s’assure qu’elle a les moyens, car souvent le coût de la main-d’œuvre lié à l’amélioration de la qualité que demande de facto la mise en œuvre d’une enveloppe étanche à l’air est sous-estimé. Idem pour le facteur temps.
La maîtrise d’œuvre elle, intègre les contraintes dans les descriptifs par la caractérisation des détails. Elle doit aussi aider les entreprises en validant, lors du démarrage de chantier, l’ensemble des procédures à mettre en place avec les lots concernés. Cela passe souvent par la mise en place d’une démarche qualité, notamment au niveau du choix de produits et de leur mise en œuvre.
Ainsi, si l’on prend l’exemple des isolants, l’étanchéité à l’air peut être réalisée selon les cas avec le pare-vapeur ou, lorsque ce dernier n’est pas nécessaire, avec des membranes hygro-régulantes. Dans les deux cas, le choix des adhésifs est capital pour une bonne tenue dans le temps. À la mise en œuvre, il est également important de poser les membranes en continu, en évitant au maximum les recouvrements. La même attention doit être portée à la mise en œuvre des menuiseries ou des fluides, lorsqu’il y a traversée de parois. Mais dans tous les cas, cela passe par la sensibilisation et la formation des intervenants sur le chantier.

vous lisez un article des Cahiers Techniques du Bâtiment N°318

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