Nous suivre Les Cahiers Techniques du bâtiment

Une mansarde métamorphosée en appartement bio

Sujets relatifs :

Une mansarde métamorphosée en appartement bio

La cuisine et la salle de bains ont été réalisées en stuc de ciment suivant la technique marocaine du tadelakt. Utiliser les mêmes matériaux harmonise les deux pièces et renforce l'aspect fonctionnel de l'appartement.

Pour tirer parti du moindre espace dans ce studio de 18 m2, les architectes ont opté pour la sobriété et la modularité. Ainsi, la chambre peut facilement se transformer en salle de séjour.

Pour rénover cette chambre de bonne de 18 m2, située sous les combles dans un immeuble du quartier du Marais à Paris, les architectes n'avaient pas d'autre choix que de chercher à optimiser l'espace. Le maître d'ouvrage souhaitait transformer l'espace en appartement fonctionnel (pour des locations à la semaine), mais aussi utiliser des matériaux sains, sans effets nocifs sur la santé ou l'environnement. Les architectes de l'agence Karawitz Architecture ont donc proposé un aménagement modulaire qui tire parti de chaque centimètre. Ils ont aussi opté pour des revêtements, des peintures et des matériaux naturels et biologiques.

La seule possibilité était d'exploiter les formes trapézoïdales de l'appartement, du petit espace sous la pente de la toiture et de l'absence presque totale de ligne droite, vu que la plupart des murs sont en biais. Après sept mois de travaux, le chantier du « Bio-appart » - nom déposé par le maître d'ouvrage - se termine en mai 2008. Des travaux qui ont été ralentis par l'étroitesse des lieux et les difficultés d'accès - l'appartement se trouve en R 5 sans ascenseur. En effet, il était difficile de faire intervenir différents corps d'État simultanément. La première étape a consisté à retrouver les structures. Pour cela, les tomettes anciennes et endommagées du sol ont été enlevées, tout comme le carrelage en faïence de la salle de bains. Sur le sol, une recharge de dalle en ciment a été réalisée pour obtenir une surface lisse. L'isolation des combles a été réalisée avec une laine de chanvre et un pare-vapeur pour l'étanchéité. L'ensemble a été renforcé par un caisson en bois, qui protège le lit lorsqu'il est rangé dans cet étroit volume.

Éliminer les angles saillants

À gauche de l'entrée, l'ancien espace de la salle de bains a été conservé, afin d'utiliser les arrivées et les évacuations d'eau. Le volume de 68 cm de largeur sur 194 cm de longueur et 260 cm de hauteur a été recouvert de stuc de ciment à l'intérieur, mais aussi à l'extérieur, suivant la technique marocaine du tadelakt, afin d'obtenir un revêtement étanche à l'eau du sol au plafond. Le rectangle ainsi constitué comporte des WC suspendus à une extrémité et une douche avec sol en pente à l'autre extrémité. « Comme il n'était pas possible de réaliser une douche séparée, la douche à l'italienne s'est imposée », précise Milena Karanesheva, architecte. Entre les deux, un petit lavabo vient compléter l'ensemble. Outre l'optimisation de l'espace, l'objectif était comme sur un bateau, d'éliminer les angles saillants. Des tablettes de verre installées en hauteur servent de rangement sur les côtés. La VMC simple-flux est également installée dans cette pièce. Une porte en verre trempé de 8 mm d'épaisseur coulisse sur un rail en acier inoxydable. Elle préserve l'intimité de la salle de bains et sert en même temps de paroi de douche.

Des revêtements exempts de COV

La cuisine, située dans le prolongement de la salle de bains, ouvre sur la pièce principale. La largeur du plan de travail varie entre 53 et 76 cm pour épouser le biais du mur. Long de 330 cm, il est fixé à une hauteur de 95 cm. Épais de 10 cm, il a été réalisé lui aussi en stuc de ciment. Utiliser la même technique et les mêmes matériaux pour la cuisine et la salle de bains crée une continuité et une harmonie entre les deux pièces. Les deux zones humides sont ainsi parfaitement étanches. Sous le plan de travail, sont rangés tous les équipements d'une cuisine moderne, à savoir réfrigérateur, lave-vaisselle, lave-linge et ballon d'eau chaude. Le four à micro-ondes et les placards de rangements sont installés au-dessus du plan de travail. Tous ces éléments sont dissimulés dans les placards en MDF sans émission de composés organiques volatils (COV). À côté du plan de travail proprement dit, seules les deux plaques de cuisson vitro-céramique sont visibles. Les portes ont été recouvertes d'une peinture blanche dépourvue de COV également. Des placards sur mesure ont été aménagés sur toute la longueur et la hauteur du mur opposé.

Afin d'améliorer encore la qualité de l'air intérieur, l'un des murs a été recouvert de 5 cm de pisé, mélange millénaire à base d'argile et de paille, qui joue ici le rôle de régulateur hygrométrique. Il absorbe le surplus d'humidité dans l'air et le restitue lorsque l'air intérieur est trop sec. La pente de la toiture a été recouverte d'un badigeon à base d'argile et d'eau, qui n'émet ni formaldéhyde, ni composés organiques volatils. L'aspect mat poudré du badigeon piège idéalement la lumière.

Transformer la chambre en salon

En faisant disparaître tous les équipements propres à la cuisine, les architectes ont pu ensuite jouer facilement sur la polyvalence et la modularité pour l'aménagement de la pièce de vie, dont l'élément emblématique est le lit-canapé. Contrairement aux habitudes, il ne s'agit pas d'un canapé-lit convertible, mais d'un vrai lit, réalisé sur mesure, qui se range le jour dans la pente de la toiture pour servir de canapé et libérer un vaste espace. Il est entouré de deux sièges mobiles. À l'origine, ce mobilier était recouvert d'un feutre écologique de couleur rouge. Pour des raisons pratiques, le maître d'ouvrage l'a finalement remplacé par un textile plastifié. L'ensemble peut ainsi créer une longue banquette rouge qui s'étend sur toute la longueur du mur, sous les fenêtres.

Afin de jouer sur la modularité, la table peut disparaître dans le mur. D'une épaisseur de 5 cm, elle s'inscrit dans l'épaisseur du revêtement en argile. Là aussi, afin d'éviter les émissions de produits chimiques dans l'air intérieur, la table est en bois massif avec plaquage en bouleau. Lorsqu'elle est en position ouverte, elle libère un miroir, qui confère à la pièce une impression de plus grand volume. D'autres miroirs ont également été installés dans la cuisine. Ils donnent l'impression d'un volume plus grand et participent à la diffusion de la lumière. Outre les deux fenêtres qui laissent pénétrer la lumière naturelle, deux gorges lumineuses équipées de tubes fluo ont été mises en place. L'une dans la cuisine, derrière les miroirs et l'autre, derrière le canapé.

Cet éclairage indirect est ainsi beaucoup plus agréable. Il est souligné par trois spots, dans le salon, le couloir de l'entrée et la salle de bains. Les besoins en chauffage du Bio-appart sont assurés par un radiateur électrique à inertie. Grâce à l'isolation conséquente de l'espace, il suffit pour chauffer toute la surface.

vous lisez un article des Cahiers Techniques du Bâtiment N°290

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2009 des Cahiers Techniques du Bâtiment

Nous vous recommandons

Un siège social vêtu de bois dans une ancienne halle ferroviaire

Un siège social vêtu de bois dans une ancienne halle ferroviaire

À Versailles, une charpente en bois a été greffée sur les fermes en acier d'une halle SNCF désaffectée et une structure à poteaux et planchers en bois mise en œuvre conjointement, afin[…]

29/11/2018 | ChantierInnovation
Meccano géant sur le toit d'un bunker

Meccano géant sur le toit d'un bunker

Perspective, l'immeuble tertiaire en structure bois le plus haut de France

Perspective, l'immeuble tertiaire en structure bois le plus haut de France

Des joints creux réalisés dans l'épaisseur d'un système d'ITE

Des joints creux réalisés dans l'épaisseur d'un système d'ITE

Plus d'articles