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Une maison verticale en verre et acier

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Une maison verticale en verre et acier

À la fois agence d’architecte et lieu de vie, la maison construite sur un terrain très étroit à Paris est une création atypique en verre et acier. Toute en verticalité, elle propose un parcours graphique qui associe décoration intérieure et architecture. Un parti pris radical.

Acheter une petite maison dans une impasse parisienne baignée de verdure : l’affaire est rare, mais somme toute banale. Elle devient un véritable défi, lorsqu’il s’agit de démolir le bâtiment, situé dans le xv e arrondissement, trop vétuste pour être rénové, afin d’y créer un espace à la fois lieu de vie et de travail… sur une parcelle mesurant à peine 6 m de long sur 3,80 m de large.

« Au moment où j’ai tout cassé, j’avais acheté 20 m 2 au sol avec un trou, en plein Paris ! ironise le propriétaire et architecte Antoine Weygand. L’idée était donc d’agrandir, de profiter des perspectives et des qualités de la villa et de son environnement. »
Après la démolition de l’existant et la consolidation des carrières souterraines par quatre piliers maçonnés, le bâtiment a été reconstruit sur cinq niveaux et une hauteur de 10 mètres, maximum autorisé par le Plan local d’urbanisme (PLU). « Nous avons imaginé un projet tout en verticalité et transparence, en respectant contraintes urbaines et intégration dans ce lieu privilégié », résume Aude Borromée, architecte et ex-associée en charge du projet. Plus d’une année a été consacrée à la conception de l’ouvrage.

L’acier pour les jeux graphiques

Conçue en étroite collaboration avec le bureau d’études Franck Torres, basé en Côte-d’Or, la façade-rideau au dessin très graphique, a fait l’objet de toutes les attentions : « On a refait dix fois la modélisation de tous les détails visibles de la charpente, dont l’escalier », se souvient Antoine Weygand. Vitrée, pour la transparence et la lumière, la façade avant associe harmonieusement briques de verre, vitrage isolant argon à faible émissivité de 27 mm, et cadres acier structurels dans lesquels sont insérés les profilés des menuiseries en aluminium de 50 mm - chaque étage disposant d’un grand ouvrant caché. À l’arrière, des pavés de verre sont combinés à des vitrages fixes.
Le parti pris de l’acier, choisi pour sa légèreté et le diamètre des sections - incomparable avec celui de poutres en bois de longueur équivalente - a été déterminant dans l’ensemble du projet. « On a décidé de travailler l’acier jusqu’au bout avec un bureau d’études. On a vraiment tout dessiné au boulon près. Les éléments sont arrivés préfabriqués. Seule une poutre a dû être recoupée sur place », raconte Aude Borromée. Huit jours ont suffi pour monter la charpente à l’aide d’une grue. Pour autant, le chantier a été complexe, à la fois en amont, à cause d’une partie du voisinage peu encline à voir les lieux se transformer, et au moment des travaux, en raison de la présence d’un hôpital de jour pour enfants handicapés au bout de l’impasse.
L’ossature métallique est ici réalisée par un classique assemblage poteaux-poutres. Les planchers en béton sont coulés sur des bacs acier collaborants, apparents en sous-face. Ils sont recouverts d’une chape fluide anhydride, appliquée sur un chauffage par le sol (assuré par une chaudière gaz à condensation).
À chaque niveau, un escalier intérieur à pas alternés en acier plié (ép. 4 mm), ainsi que des garde-corps, tous dessinés à la main, font écho au graphisme de la façade et aux teintes minutieusement choisies par l’architecte. Ils ont été réalisés par Bertrand Gonin, charpentier métallier installé dans la Loire. « On a réalisé de multiples essais et simulations spatiales pour déterminer l’emplacement des escaliers. Ils créent ce parcours graphique et coloré qui met en liaison déco et architecture, indissociables », affirme Aude Borromée.

La couleur pour agrandir et structurer l’espace

À ces jeux tout en lignes et angles, s’ajoute l’utilisation de la couleur pour agrandir visuellement les volumes et créer des ambiances différentes selon les niveaux. « Je construis mes projets à partir du graphisme et de la couleur, dont je me sers pour structurer les espaces. C’est une réflexion globale », explique Aude Borromée, qui cultive une même passion architecturale pour l’intérieur et l’extérieur. Et l’architecte n’a rien laissé au hasard. « En façade, l’acier et l’alu sont teintés dans les mêmes nuances RAL, laqués bordeaux mat, pour rappeler les éléments de l’impasse. Pour obtenir un résultat identique sur des matériaux différents, traités dans deux ateliers, il a fallu s’assurer que la poudre de laquage provenait du même fournisseur, que le processus était similaire. Le moindre détail de teinte et d’épaisseur des profilés a pris une importance fois dix par rapport au projet, vu la taille de la maison. » À l’intérieur, on retrouve ainsi des tonalités rouges, mauves et roses, proches de celles de la façade, dans les niveaux initialement réservés à l’agence, puis des teintes bleu-vert dans les étages d’habitation.
« Le parcours vertical est organisé pour travailler dans les niveaux bas et vivre dans les niveaux hauts. Les trois premiers niveaux sont reliés par une triple hauteur et plus en rapport avec l’impasse ; les deux derniers niveaux de vie sont plus en relation avec l’arrière du bâtiment et les terrasses équipées de coulissants, totalement ouvrables. Le dernier étage fait l’exception avec un accès par un escalier extérieur et la possibilité de prendre son bain en étant pratiquement dehors ! », détaille l’architecte.
Le bâtiment, très étroit, comprend en fait une pièce par étage, de 19 m 2 au maximum. Le rez-de-chaussée et le sous-sol, rendu lumineux par un plancher en dalles de verre entre les deux niveaux, accueillent le local technique et l’agence d’architecture. Le premier étage abrite le salon, le deuxième réunit cuisine et salle à manger. Il héberge une miniterrasse (1 x 2 m) avec un escalier d’accès au R3 qui, lui, est réservé à la chambre avec salle de bains, ainsi qu’à une terrasse légèrement plus spacieuse. « C’est un choix très fort et assumé, de monter dans le cocon par l’extérieur. »

vous lisez un article des Cahiers Techniques du Bâtiment N°323

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