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Une maison bioclimatique entièrement isolée à la paille

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Une maison bioclimatique entièrement isolée à la paille

Isolation et inertie thermique efficaces, retour énergétique performant, espaces agréables à vivre…tous les objectifs de cette maison bioclimatique sont atteints. Mais la mise en œuvre de matériaux naturels comme la paille, la terre ou l’argile réclame un savoir-faire technique de spécialistes.

Programme Des matériaux écologiques et de proximité

« Une maison bioclimatique est écologique », insiste Souad Rabhi. Cette jeune architecte tient à le rappeler : la conception doit alors intégrer trois paramètres. « L’environnement naturel d’abord, c’est-à-dire la situation géographique et la configuration du terrain. Le programme du maître d’ouvrage ensuite, sa demande, ses besoins, ses objectifs. L’architectural, enfin, avec des techniques et des matériaux qui respectent les impératifs écologiques et de développement durable. »
Il s’agit de définir où implanter la construction, dessiner une forme compacte qui conserve la chaleur et économise l’énergie, organiser un plan avec des pièces de vie au sud, choisir les bons matériaux locaux, utiliser le solaire passif pour un confort au quotidien.
Ce sont les objectifs des maîtres d’ouvrage de cette maison de 250 m², édifiée il y a sept ans près de Sisteron (04). Son originalité : elle est entièrement isolée (murs et toit) à la botte de paille, produite sur place, et qui sert aussi de parement extérieur. La paille est un très bon isolant sans inertie thermique, celle-ci est assurée par des refends intérieurs en agglos (montés à l’envers et remplis de terre extraite du terrassement) et par une dalle au sol de 20 cm, rehaussée d’un hérisson drainant de 60 cm sous feutre isolant et carrelage.
Pour maintenir une ventilation optimale, les extérieurs de la dalle sont recouverts avec des galets extraits de la Durance et ses bordures sont zinguées. Il en est de même pour les rebords des fenêtres et les coins de toiture. Le bois de la structure (sapin Douglas) et des menuiseries (châtaignier) vient du Tarn. Acheté sur pied, non-traité, il a été coupé à la bonne lune, débardé et scié par des bûcherons indépendants.
Le projet démarre en 2005. Le permis de construire est présenté en 2006 à la Commission des architectes bâtiments de France comme un projet global : une maison bioclimatique adossée à des bâtiments agricoles, écoconstruite, économe en énergie, destinée à l’habitat d’un couple d’agriculteurs bio qui travaille sur place.

État des lieux Six mois de séchage pour l’enduit

Plus de 1 000 bottes de triticale bio (blé destiné au bétail) produites sur place après deux ans de récolte ont été utilisées lors de la construction. L’enduit de façade est posé directement sur la paille en plusieurs étapes. Du lait de chaux, jeté directement sur la paille, sert de couche d’accrochage.
Des voiles sont placés pour éviter un séchage trop rapide et un éventuel craquellement de cette sous-couche. Le second revêtement, plus pâteux, est composé de chaux et de sable local mélangés. Pour rattraper la planéité avec des angles et des plans droits, l’application de plusieurs épaisseurs est nécessaire. En même temps, des treillis de fibre de verre sont englobés dans la pâte pour assurer la rigidité et la planéité de l’ensemble. Après six mois de séchage pour observer si l’enduit tient bien, sans fissuration, fentes, ou écaillement, le revêtement définitif composé de terre et de sable est posé à la truelle.
Côté intérieur, le support bois est plaqué de Fermacell (plaque de gypse et de fibres de papier). Plus isolantes et plus solides, mais plus lourdes et plus onéreuses que le simple Placo, elles assurent un second contreventement et peuvent porter des éléments en traction ou en cisaillement jusqu’à 250 kg/vis. Classé M1 ou M0, le Fermacell ne se désagrège pas à la chaleur et protège efficacement l’ossature des incendies.
Le toit est isolé à la paille selon le même principe que les murs. Les ballots de 80 x 35 x 35 cm sont posés sur un pare-vapeur qui recouvre des panneaux de copeaux à grandes particules orientées (OSB), fixés sur le litonnage et les contre-liteaux de la structure.
Une fois en place, la paille est traitée par pulvérisation de chaux liquide, afin de prévenir la moisissure et l’installation d’insectes. Un pare-pluie protège l’ensemble, laissant une lame d’air libre pour la ventilation. Le support est ensuite abrité par une couverture en acier réalisée par ArcelorMittal.

Bilan Un savoir-faire très technique

Selon les occupants, la maison « fonctionne » et est agréable à vivre. Sa consommation électrique totale ne dépasse pas 2 400 kWh par an (20 kWh/m²/an). Il y fait bon l’été (24 °C intérieur pour 36 °C extérieur) et surtout, elle se chauffe à 20 °C presque toute seule l’hiver. Le puits canadien couplé à une VMC double flux assure une ventilation sans perte calorique. Les murs de refends intérieurs et la dalle assurent une inertie suffisante.
Les soirs de gel, un petit poêle à bois d’une puissance de 5 kW fait le complément avec une consommation minimaliste estimée à 500 kg/hiver de « chutes » de bois. La production d’eau chaude sanitaire est assurée par 10 m² de panneaux solaires extérieurs inclinés à 70° (4 éléments GM Tinox 2510 de 1 988 x 1 218 x 90 mm). Conçue par Pierre Amet, fondateur de l’association Apper (Association pour la promotion des énergies renouvelables), l’installation alimente deux ballons de stockage de 300 litres installés en parallèle avec des vannes permettant de les découpler. Une solution suffisante pour la consommation de 8 personnes. Un autre cumulus électrique, de 50 l, posé en série après les ballons et qui peut être shunté, est réglé pour produire de l’eau à 40 °C, lorsque celle des autres ballons descend sous les 37 °C.
Cette maison bioclimatique répond aux prévisions. Mais sa construction nécessite un savoir-faire très différent d’une maison bois classique. Le plan de montage est très technique. L’utilisation et la mise en œuvre de matériaux naturels tels que la paille, la terre ou l’argile nécessite une technique que tous les artisans ne possèdent pas.
Trop souvent, les menuisiers rattrapent des problèmes de dimensions en bourrant les espaces et les trous laissés béants entre le bâti et les dormants avec du joint silicone. Ce n’était pas pensable dans ce projet. Beaucoup de montages ont été repris, afin de respecter le cahier des charges.
Ces interventions ont parfaitement été réalisées par Alain Richard et par son équipe de tâcherons, qui ont assuré l’ensemble des travaux d’enduit et des finitions.

N°330

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