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Une halle industrielle dédiée au design des camions

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Une halle industrielle dédiée au design des camions

Architecture graphique pour le bâtiment aux lignes dynamiques qui symbolisent la « vitrine technologique du futur » pour l'entreprise. Décollé du sol, le volume qui abrite les espaces de bureaux est doté d'une « carrosserie » plane en acier laqué rouge. Il « s'emboîte » dans la grande halle en verre et bardage métallique gris anthracite dédiée au maquettage et à l'exposition des camions.

Conçu comme une version moderne d'un théâtre à l'italienne, un vaste bâtiment à ossature métallique abrite les studios de design d'un constructeur de poids lourds implanté en région lyonnaise.

Une première dans ce secteur industriel : l'entreprise Renault Trucks (groupe AB Volvo) s'est dotée d'un espace entièrement dédié au design de ses camions. Conçu par le cabinet Archigroup, le bâtiment à ossature métallique a vu le jour après huit de mois de chantier, sur le site historique de la marque, à Saint-Priest, en banlieue lyonnaise. Il s'inscrit dans un projet commun avec le bureau d'études cabines et ingénierie du fabricant, également implanté sur le site.

Baptisé la Halle du design, le projet (2 000 m2 au total) s'articule autour de deux volumes très graphiques à dominante horizontale. Telles deux « boîtes » accolées, ils jouent les contrastes, notamment par leurs dimensions, le traitement extérieur des façades et leur couleur. « Je voulais un bâtiment assez rigoureux qui exprime les différentes fonctions des studios de design d'une façon simple avec un certain niveau d'élégance, et dont la signature esthétique tienne dans le temps », explique Hervé Bertrand, directeur du design Renault Trucks.

Un éclairage optimisé

En verre et bardage métallique gris anthracite, le premier volume abrite une vaste halle industrielle (1 200 m2, 8 m de hauteur). Espace majeur de maquettage et de présentation des véhicules, il est conçu à la fois pour permettre les échanges autour des maquettes et pour offrir un recul de 40 m nécessaire à la visualisation des camions dans leur intégralité (une cabine mesure 4,20 m de hauteur). Gérée comme une espèce de rue ou de tunnel, la zone centrale est inondée de lumière grâce à six puits lumineux en toiture, protégés par des brise-soleil électriques. S'y ajoutent de larges baies vitrées en façades est et ouest - 120 m2 de vitrage à faible émissivité de chaque côté. « Il s'agissait de voir les maquettes à la lumière naturelle sans ombre », précise Denys Léger, architecte et P-dg d'Archigroup. Très esthétique, la charpente est constituée de huit poutres métalliques blanches sous-tendues qui donnent à l'espace une ambiance « technologique ».

Intégrée à l'un des tympans entièrement en verre du bâti, une imposante porte vitrée coulissante permet le passage des camions. Cette extrémité se prolonge par une zone d'exposition à ciel ouvert de 500 m2. Elle est protégée des regards par le même bardage en métal gris (6,5 m de hauteur) que l'ensemble de la structure.

Un volume surélevé et « théâtralisé »

Plus sophistiqué, le deuxième volume de 300 m2 vient s'accrocher et s'emboîter dans le premier. Habillé de cassettes en acier laqué rouge, il est décollé du sol de 1,18 m et comme en suspension au milieu d'un espace vert. Il réunit les espaces de bureaux dans des zones plus sombres où l'informatique joue le premier rôle. De l'extérieur, on y accède par une passerelle en pente, traitée à la façon d'un pont-levis pour souligner de manière symbolique l'aspect confidentiel du lieu. Sa particularité : il est conçu comme une version moderne d'un théâtre à l'italienne. Ici, c'est le regard qui fait le spectacle. Ainsi, le bureau des designers est surélevé du sol (de 1,18 m), le but étant de placer les concepteurs assis, à l'exacte hauteur d'un chauffeur de camions. « Je voulais éviter les rapports type cols blancs et cols bleus des usines, avec les contremaîtres à l'étage dans des bureaux et les ouvriers travaillant en bas, à l'atelier sur les machines, ce qui crée une dichotomie de synergies, inadaptée à la façon dont on fonctionne aujourd'hui : les tâches sont beaucoup plus partagées et l'on a besoin d'avoir un œil sur tout au même moment », explique Hervé Bertrand.

Au-dessus et situés à chaque extrémité du studio : à droite, le bureau de la direction (30 m2) ; à gauche, un espace détente en surplomb avec cuisine (32 m2) agrémenté d'un petit balcon. Ce dernier est accolé aux vestiaires et sanitaires (50 m2). Une structure métallique suspendue habillée de Placostyle et supportant de lourds vitrages ouvre visuellement sur la salle de présentation des maquettes (46 m2). Enfin, au même niveau que le studio, mais situées à l'arrière et à l'entrée du bâtiment : une salle de réunions (46 m2) et une salle de conférences (56 m2) qui donnent également sur l'extérieur. Pour la confidentialité, leurs vitres ont été occultées avec des films dépolis.

Régulation thermique adaptée

Pour assurer la confidentialité en présence de visiteurs (fournisseurs.), des stores mécaniques à lamelles sont intégrés aux doubles-vitrages isolants dans toutes les salles de réunions qui communiquent avec l'espace de maquettage et d'exposition. Le haut de la façade intérieure en métal rouge est entouré d'une bande de verre pour éviter les effets d'ombres. À l'arrière, des ouvertures asymétriques donnant sur l'espace vert illuminent, telle une galerie de musée, le couloir qui dessert les différentes salles. « C'est un projet d'une extrême simplicité et d'une grande fonctionnalité, souligne Denys Léger. Le fait d'avoir ouvert tous les espaces lui donne une autre vie. »

L'une des dernières phases du processus de design (voir encadré) consiste à réaliser des maquettes physiques en clay, une argile synthétique thermodurcissable. L'utilisation de 20 tonnes annuelles de ce matériau, qui se fend sous les variations de températures rapides, a imposé aux architectes des contraintes techniques en matière de gestion de l'air. « Le bâtiment devait être très contrôlé sur le plan hydrothermique, indique Denys Léger. Il fallait chauffer et rafraîchir avec très peu d'écart de température dans un délai de 24 heures, à la fois la grande halle et le studio des designers ouvert. » Dans les locaux techniques situés à l'extérieur, deux centrales régulent la température ambiante, grâce à un programmateur qui ajuste automatiquement et simultanément la combinaison d'eau chaude et d'eau froide (en circuit fermé) nécessaire. Objectif : « Obtenir une qualité d'air identique, quelle que soit la saison, avec une fluctuation minime des températures qui oscille autour de plus ou moins 2 degrés, malgré le renouvellement de l'air avec l'extérieur. » Pas moins de 35 000 m2 d'air par heure sont ainsi traités pour les bureaux et 15 000 m2 pour l'espace dédié à l'exposition des camions. La filtration s'effectue par des gaines textiles micro-perforées (des « chaussettes » installées entre les poutres sous-tendues de la charpente).

Finitions à revoir.

L'aménagement intérieur est sobre mais élégant. « On a limité les coûts tant sur les moquettes que sur les éclairages intégrés aux faux plafonds, avec des produits facilement remplaçables dans le temps, pour privilégier les superstructures métalliques, les huisseries, le mobilier et la présentation globale du bâtiment. Nous avons surtout investi dans tout ce qui allait se voir », commente Hervé Bertrand.

Si la conception et la réalisation du bâtiment, beau, innovant et lumineux, sont très réussies de l'avis de tous, un bémol concerne toutefois les finitions. « Parquets mal poncés, tout ondulés, fuites d'eau ça et là en toiture, sanitaires qui fonctionnent mal, poignées légèrement branlantes. beaucoup de petites malfaçons sont gênantes pour nous qui sommes très pointilleux. Malgré un an et demi d'installation, nombre de défauts n'ont pas encore été repris », regrette Dominique Pasinetti, expert design.

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