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Une extension revêtue d’acier patinable

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Une extension revêtue d’acier patinable

© (Docs. Michel Denance)

Ce centre d’art contemporain se distingue par son architecture sculpturale et par son enveloppe presque entièrement réalisée en acier patinable, y compris sur sa porte d’entrée et sur celle dédiée aux grands formats.

Deux interventions ont présidé à la création du « 116 », centre d’art contemporain de Montreuil (93) : le réaménagement d’une villa du xix e siècle et la création d’une extension. Les dimensions du projet ne sont guère impressionnantes : environ 600 m² pour l’existant et 100 m² pour le neuf. En revanche, les enjeux symboliques, culturels et sociaux de l’opération sont importants, puisqu’il s’agit d’implanter un centre d’art contemporain dans un quartier populaire.

Le bâtiment ancien se présente comme un petit hôtel particulier, qui semble un peu déplacé en retrait d’une série d’immeubles d’une grande banalité. Son aspect extérieur est préservé par des interventions discrètes, telles que le ravalement du soubassement en pierre et la réfection à l’identique de l’enduit avec ses joints creux, ses moulures et ses corniches. L’intérieur est lui totalement reconditionné pour aménager deux salles d’exposition au rez-de-chaussée. Seuls, le niveau bas de la villa et son sous-sol (de plain-pied depuis une cour anglaise à l’arrière au nord) sont accessibles au public, à la différence des deux niveaux supérieurs dédiés à des salles de pratiques artistiques et à l’administration du centre.
Le rez-de-chaussée de la villa étant surélevé côté rue, avec un escalier menant à un petit palier, l’entrée du public dans le centre s’effectue dorénavant par une double porte au niveau du trottoir dans l’extension. Un jeu de rampes intérieures permet un accès handicapé à l’ensemble des espaces publics. L’extension, qui s’élève sur un plan en T, vient « effleurer » le pignon est de la villa. Son emprise au sol s’aligne sur la clôture du jardin.
L’architecte Bernard Desmoulin avait comme défi d’imaginer un signal fort, exprimant la nouvelle identité du lieu, à l’aide d’un bâtiment de taille modeste. Sa réponse relève d’une démarche sculpturale, prenant la forme d’un étroit monolithe d’acier patinable. Les proportions de cette extension sont pour le moins atypiques avec un volume principal rectangulaire large de seulement 3 m, alors que sa longueur atteint 23 m et que sa hauteur culmine environ 10 m au-dessus du trottoir.
Vu depuis la rue, le pignon du corps principal marque une « distanciation respectueuse » par une inclinaison de son sommet vers une rue latérale à l’est, suivant la pente du terrasson de la toiture existante. Ce pignon évoque une statue de l’Ile de Pâques, ou plus prosaïquement un périscope urbain. L’entrée et la liaison entre l’existant et le neuf sont éclairées par d’étroits vitrages verticaux, l’un au ras de la villa, l’autre découpé dans le vantail le plus large de la porte. Côté nord au contraire, le pignon est percé d’une grande baie, quand la porte réservée aux œuvres de grande taille est opaque.

Manteau d’acier patinable

À l’intérieur, la largeur utile dans les ailes les plus étroites n’excède pas 2,10 m, mais la hauteur sous plafond s’élève à 7 m. Outre ses dimensions et sa forme singulière, cet espace entièrement blanc se distingue par son ambiance lumineuse. Si la grande baie au nord est classique dans un atelier d’artiste traditionnel, la lumière naturelle provient, ici, également de deux fenêtres en bandeau découpées dans les parois est et ouest du sommet incliné du bâtiment. La plus vaste est orientée vers le bas à l’est, la seconde plus étroite « regarde » vers le toit de la villa à l’ouest. Le plafond en plâtre se déploie dans un mouvement en Z aplati, intégrant une bande d’inox noir « poli miroir », qui dirige la lumière vers le sol et reflète en l’inversant l’image de la rue latérale. Ainsi, l’animation du quartier pénètre indirectement dans le centre. Cette partie supérieure de l’édifice rassemble plusieurs des points singuliers techniques caractéristiques de ce bâtiment.
Enfin, l’impact visuel de cette extension ne serait pas aussi marquant si les façades n’étaient pas habillées d’un manteau d’acier patinable. Bernard Desmoulin n’hésite pas à évoquer l’association d’une « maison, française de souche » et d’un « bâtiment burka » érigé comme une sculpture dans un jardin public. L’art contemporain est ici abordé comme un questionnement toujours renouvelé sur la notion du beau et sur « le sens des choses ». De même, l’acier patinable dont l’aspect va évoluer au fil des saisons, est censé capter et inscrire dans l’acier « l’air du temps » montreuillois.

N°331

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