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Une conception dictée par la spécificité de l’eau

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Une conception dictée par la spécificité de l’eau

Un concept, une localisation pour se différencier et un dimensionnement adapté au contexte économique sont les mots clés de la démarche de Marc Pépi, gérant de Thermes Experts (1) et fort d’une expérience de 30 ans dans le secteur du thermalisme et du tourisme de santé.

Les Cahiers techniques du bâtiment :Thalassothérapie et thermalisme, comment distinguer ces deux domaines ?

Marc Pépi : Aujourd’hui, il n’y a plus guère de différences entre ces établissements, ce n’est plus qu’une interprétation des pratiques de soins et des activités. Seules subsistent deux différences d’ordre économique et commercial. La thalassothérapie n’est jamais prise en charge par les assurances sociales, la durée des séjours varie et le lieu de captage de l’eau s’effectue en mer. Alors que l’eau thermale provient du sous-sol. En matière de préconisations, il convient de considérer la teneur en minéraux de ces eaux, dont la courbe peut osciller de moins de 0,5 à 300 g/litre. Sachant que la minéralisation de l’eau de mer se situe à 35/37 g/litre. Autres paramètres jouant sur la durabilité des matériaux en contact et sur la sensibilité de l’eau à la contamination : la température et la composition chimique. C’est le cas des eaux sulfatées calciques ou ferrugineuses à des températures de 30/40°C. Les eaux peuvent également se révéler plus ou moins incrustantes ou corrosives.

En outre, une eau de source, captée à 70°C présentant peu de risques, est susceptible de générer des problèmes au poste d’usage, une fois refroidie.

CTB : À quels aspects réglementaires, les programmistes et les BET fluides sont-ils confrontés ?

M. P. : Les pratiques du thermalisme s’appuient sur une accumulation de textes réglementaires – dont certains datent de Napoléon – qui traitent à la fois de l’homologation de l’eau et de son utilisation. Hormis la déferrisation et le réchauffage/refroidissement, tous les traitements sont a priori interdits. Ces textes concernent aussi la surveillance bactériologique à partir de prélèvements effectués par des laboratoires agréés, avec une fréquence de 1 à 3 par mois, du forage au point d’usage en passant par les différents niveaux du circuit de distribution (circulaire du 19 juin 2000). C’est pourquoi l’ensemble des professionnels s’est regroupé au sein de la Cneth (2) et a établi une charte de qualité. On peut aussi citer le Guide des bonnes pratiques thermales édité par le ministère de la Santé. En revanche et compte-tenu de l’absence de prise en charge de cette activité par la sécurité sociale, la réglementation de la thalassothérapie s’avère quasi inexistante. Seule une circulaire de 1951 en définit les principes, (du reste complétée par les Directions des Affaires sanitaires et sociales (DASS) conduites à surveiller la qualité de l’eau) ainsi que la certification Qualicert mise en place en 1997. Il est clair qu’aujourd’hui, les professionnels adoptent une méthodologie commune à tous les établissements, qu’ils soient dans un cadre thermal ou thermoludique orienté vers le bien-être. À ceci près qu’une analyse de l’eau est nécessaire pour obtenir davantage de précisions sur les contraintes et précautions à prendre.

CTB : Quels sont les éléments du cahier des charges ?

M. P.  : Au départ, des études économiques et marketing sont nécessaires pour déterminer la taille optimale de l’établissement, exprimée en clients/jour. En découle la prévision du nombre de postes de soins ou d’activités, de cabines. Le fonctionnement tient compte du nombre d’heures d’ouverture (7 h-12 h 30, voire l’après-midi), lié aux habitudes de consommation du produit. Pour assurer une certaine commodité, y compris pour l’entretien, la détermination du circuit du curiste (ou du client) repose sur le principe des cabines de déshabillage traversantes, favorisant la séparation pied chaussé ville et pied nu ou sandale. Autre disposition, la marche en avant pour la circulation des personnes. Soit, successivement l’accueil, les vestiaires et la zone de soins collectifs ou individuels. Les superficies sont calculées en fonction d’un espace minimal par personne, du nombre de clients attendu à un instant « t » et à la durée de leur présence. Bien entendu, elles varient en fonction de la catégorie standard ou luxe de l’établissement. Un bon programme doit être suivi d’une recherche architecturale adaptée à l’environnement, afin de réaliser aussi un lieu de plaisir et de dépaysement.

CTB : Quelles sont les préconisations en ­matière d’hygiène ?

M. P. : Avant tout, il convient de maîtriser l’approvisionnement de l’eau qui dépend du site, de la qualité de la ressource et du captage. L’implantation d’un établissement de thalassothérapie implique une étude préalable de l’eau de mer, des courants et vents dominants, des fonds marins et de l’appréciation des risques potentiels. En thermalisme, cette implantation plus simple est déterminée par l’existence d’une eau homologuée ou autorisée, préalablement mise en évidence par les études hydrogéologiques. Il en va de même pour la qualité du captage qui doit être à l’abri de toute pollution superficielle et situé dans un périmètre de protection à trois niveaux (sanitaire, rapproché, éloigné) d’un point de vue juridique et physique. S’agissant du circuit de distribution de l’eau, des robinets spéciaux sont à prévoir pour permettre les prélèvements avant et après le stockage, avant les zones de soins. Le réseau devra être facilement visitable et décontaminable par élévation de la température ou par injection. Afin de vérifier l’entartrage éventuel, les canalisations doivent comporter des parties transparentes ou éprouvettes. Chaque cabine de soins intègre un poste de désinfection individuel ou une douchette reliée à un système décentralisé. S’ajoutent des procédures de surveillance et d’auto-contrôle. Pour les eaux thermales, le suivi de la qualité passe par la mesure du débit et du niveau d’eau dans le forage, à la fois pour des aspects de sécurité technique et de connaissance du degré de prélèvement possible dans le gisement. Autres paramètres de la stabilité de l’eau thermale à surveiller : la température et la conductivité électrique (ou la résistivité).

CTB : Qu’en est-il de la sécurité et de la ­maintenance ?

M. P. : Ces deux secteurs sont astreints aux mêmes règles que les établissements recevant du public. Se greffent des contraintes de glissance des sols, d’accessibilité et de sécurité dans les déplacements (possibilité de se tenir à des rampes). Pour faciliter l’entretien, la présence permanente de l’eau induit des pentes minimales, des évacuations adaptées, des points de puisage… Dans les lieux de soins sont bannis les revêtements de type moquette ou tapisserie, au profit des carrelages, peintures, lambris PVC, qui doivent résister à la fois à la corrosivité et à l’agressivité, avec le degré de glissance adapté. Si nécessaire, la mise en œuvre s’effectue avec des joints de résine. Les gorges et tout ce qui peut constituer un point d’ancrage des bactéries sont à éviter. En fait, les préconisations s’apparentent à celles des cuisines, hôpitaux et piscines publiques. Quant au fonctionnement, il est garanti par des protocoles travaillés avec les fournisseurs de produits. L’acier courant même galvanisé est proscrit. D’où le choix du PVC pression qualité alimentaire, du polyuréthanne, de l’acier inoxydable (316 L minimum). Ces réserves sur les matériaux valent également pour les pompes. Même le bronze « marine » résiste difficilement à une eau de mer chauffée à 40°C. Les durées de vie vont de 5 ans pour les pompes, à 12 ou 15 ans pour les tuyauteries, et de 20 à 30 ans pour les forages, également tubés avec les matériaux adaptés.

CTB : Quelle problématique se pose en ­matière de confort ?

M. P. : L’éclairage indirect avec variateur d’intensité est préconisé dans les cabines. Les postes de soins comportant des douches au jet ou des massages sous l’eau s’avèrent très bruyants. Il est nécessaire de les isoler afin que cette pollution acoustique n’atteigne pas les autres cabines. Certaines zones doivent être sonorisées ou dotées de systèmes d’alerte. Quant à la chromothérapie ou aux parfums utilisés, il s’agit de respecter des couleurs et des senteurs correspondant aux activités, avec un effet plus ou moins tonique, dynamisant ou relaxant. Vu les temps de retour sur investissement particulièrement longs dans ce secteur, mieux vaut offrir un concept unique et se différencier. Aussi est-il préconisé de retenir un thème lié à l’environnement culturel ou à la nature, pour garantir une décoration intérieure et paysagère particulière.

vous lisez un article des Cahiers Techniques du Bâtiment N°243

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