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Une « cinquième façade » multifonctionnelle

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Une « cinquième façade » multifonctionnelle

Partie intégrante de l’enveloppe, la couverture doit répondre à l’ensemble des exigences réglementaires en termes d’isolations thermiqueet phonique, d’étanchéité à l’air et à l’eau, de résistance et de sécurité.

Françoise-Hélène JOURDA, intègre dès ses débuts la notion de développement durable dans son travail d’architecteet d’enseignante.Se partageant entre l’Allemagne et la France, elle construit actuellement à Saint-Denis le premier immeuble français à énergie positive.

Dans le cadre des économies de moyens et de ressources qu’il faut aujourd’hui mettre en œuvre pour répondre aux enjeux de la construction BBC, Bepos et plus largement du développement durable, il est évident qu’une couverture ne servant qu’à assurer l’étanchéité d’une construction ne répond pas à la question.

Une toiture doit être utile et cumuler pour cela d’autres fonctions que celle de l’étanchéité. Elle peut ainsi être conçue pour être, soit accessible et offrir dans ce cas des espaces extérieurs, soit être plantée de végétaux, en étant accessible ou pas. Et, ainsi, contribuer à l’améliorationdu climat des villes tout en permettant d’absorber les eaux de pluie, ce qui est une bonne chose aujourd’hui dansla plupart des agglomérations.

Une toiture peut également être unsupport d’équipements techniques,tels que des panneaux solaires

thermiques ou des modules photovoltaïques.

CONCEPTION

À quel type de projets cette approche peut-elle convenir ?

Cette manière de concevoir la toitureest aujourd’hui possible pour l’ensemble des constructions, tant dans le domainede l’habitat, du tertiaire, que du commercial...

À cela, il faudrait également ajouter comme règle générale que le dernier niveau d’un bâtiment puisse supporter une extension en hauteur.

C’est là une nouvelle fonction qui concerne non pas uniquement la toiture, mais également la structure du dernier étage.

Géométrie

Cette démarche privilégie-t-elle une forme de toiture ?

La toiture doit d’abord se conformeraux exigences climatiques dans sa pente, son orientation et sa forme.

Elle doit ensuite répondre auxexigences d’usage, aux nouvelles fonctionnalités qui sont donc des supports énergétiques, des lieux de vie,ou des lieux plantés.

Donc forcément avec ces trois fonctions, cela correspond à chaque foisà des géométries différentes.

RéSERVE FONCIERE

Peut-on parler de la couverture comme d’une « cinquième façade » multifonctionnelle ?

Non, je ne dirais pas cela, déjà parce que j’ai horreur du terme de “ cinquième façade ” et en outre, parce que celui-ci ne pose qu’un problème esthétique. Or, les problèmes esthétiques, les catégories du beau reconnues sont souvent en contradiction avec un développement durable de la construction et il convient de s’en garder aujourd’hui.

Aussi, je dirais simplement que la couverture fait partie de l’enveloppe globale du bâtiment et qu’elle doit à ce titre, dans le cadre d’une bonne gestion des ressources et de la nécessaire flexibilité et adaptabilité du bâti, répondre aux besoins des générations futures, être totalement en phase avec les conditions du moment, être le plus rentable possible par rapport à l’habitacle et faire que ses surfaces servent à quelque chose, tout en laissant ouvert le champ du possible pour de futuresmodifications.

Quand nous serons en 2020 sous l’obligation d’appliquer la réglementation des bâtiments à énergie positive, que l’on aura changé de génération de panneaux photovoltaïques et que l’on sera face à une vraie crise énergétique, il faudra bien que les toitures puissent accueillir l’ensemble de ces dispositifs.

VÉGÉTALISATION

Que dire de l’offre actuelle des systèmes et solutions techniques ?

Je pense que l’on a dans l’ensemble tous les produits et solutions techniques à notre disposition pour répondre aux nouveaux usages de la toiture. Il y a, toutefois, des progrès à faire en termes de toitures plantées...

Dans ce domaine, l’offre actuelle est peu importante et les systèmes présents sur le marché sont encore très pauvres en matière de végétalisation, donc d’introduction de la biodiversité.

La biodiversité étant une questionbien évidemment essentielle, pouvant se développer sur les toitures et ne concerne pas seulement le végétal, mais aussi l’animal, avec tout ce que cela veut dire. Pour échapper à ce problème, la solution consiste à ne pas travailler avec les systèmes existants, mais à rapporter de la terre sur les toitures et du coup, à planter ce que l’on veut. Mais cela génère des surcharges importantes.

Au-delà de l’offre de solutions techniques, je dirais que c’est plutôt au niveau de l’architecture proprement dite que se pose la question de mettre en place cette nouvelle approche sur la toiture et sur le dernier niveau des bâtiments.

Ceci étant, comme toutes les approches en terme de développement durable de la construction, les choses avancent petit à petit et la pensée des architectes se transforme : doucement mais sûrement car on ne reviendra pas en arrière.

Toutes les solutions ont leur place et cela qu’il s’agisse de solaire, d’éolien,de toitures-terrasses, de toitures végétalisées, de récupération des eaux de pluie...

FREINS

Quels sont les principaux pointsqui limitent la libertéde conception des toitures ?

Un certain nombre de mesures, de DTU, portant par exemple sur les pentesdes toitures plantées qu’il faudrait à mon avis revoir, limitent l’émancipationdes toits.

Il y a ensuite toutes les règles d’inscription architecturale dans le paysage urbain.

C’est notamment le cas pour les toits parisiens en zinc. Cependant, les choses évoluent et, la mairie de Paris, les architectes des Bâtiments de France sont bien conscients qu’il faut intégrer d’autres types de toiture.

La question se pose beaucoup plus dans le cadre de la rénovation des bâtiments. Comment arriver à les transformer ? Mais là aussi, les solutions techniques existent. C’est une révolution des pensées qu’il faut faire et puis un apprentissage de la part des architectes sur ces questions d’intégration, qui ont été très peu abordées jusqu’à présent. Dans les écoles d’architecture, il est important d’inscrire le développement durable et la maîtrise des ressources, que ce soit en termes de construction que d’énergie, dans tous les projets d’architecture. Ceci, afin que ces questions ne soient pas traitées de manière isolée et qu’il n’y ait plus de projets spécialisés HQE ou développement durable.

ÉCONOMIE

Qu’en est-il du surcoût que représentent ces nouvelles fonctions ?

Forcément, il y a un surcoût quand on plante une terrasse qui était simplement gravillonnée, ou lorsqu’on la recouvre de platelage bois pour en faire une terrasse accessible, ou encore de panneaux solaires... Mais que veut dire cette notion de surcoût ? Il faut là aussi raisonner en terme de coût global, en étant par ailleurs dans la prévision par rapport à ce qu’il va se passer dans le futur. Un promoteur, qui aurait construit au début du xxe siècle en imaginant que son bâtiment puisse facilement accueillir un niveau de plus, se frotterait les mains aujourd’hui.

Ce serait d’un bénéfice considérable : dans Paris, un étage de plus !

Le problème actuel vient donc d’une absence de vision à long terme et d’un marché immobilier sous le joug des marchés financiers et des investissements à très court terme : vingt à vingt-cinq ans pour un bâtiment qui va durer deux siècles... n’est-ce pas une durée d’amortissement ridicule ?

vous lisez un article des Cahiers Techniques du Bâtiment N°305

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