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Une architecture lourde de contraintes

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Une architecture lourde de contraintes

A Dijon, entre le centre-ville et le nouveau quartier de la Toison d’or, l’ancienne caserne Junot avait une emprise au sol de 9,3 hectares. Sur l’ensemble des édifices implantés, seul le bâtiment des « Grenadiers » a été conservé. La restructuration a été confiée au cabinet Aeria Architecture et abrite désormais 50 logements sur 4 niveaux.

© Doc. Grand Dijon

Contrairement aux biens militaires, les anciens hôpitaux ne font l’objet d’aucune aide de l’État en vue de leur conversion. Or la plupart possèdent des éléments classés, ce qui constitue un véritable casse-tête et une charge élevée pour les communes.

Généralement situés dans l’enceinte des villes, les casernes et les hôpitaux laissés en friche constituent de précieux hectares. Leur transformation s’avère toutefois complexe.

Le patrimoine militaire français représente 0,5 % du territoire, soit une surface de 260 000 hectares et 75 000 bâtiments, dont 170 bénéficient du titre de monument historique. Depuis la réforme des armées en 1996 et la fin du service militaire obligatoire, les casernes ont été désertées, libérant des hectares de terrain en plein cœur de ville. Les édifices, lorsqu’ils ne comportent aucun intérêt patrimonial sont le plus souvent détruits pour laisser place à de nouveaux quartiers d’habitation. Dans le cas contraire, c’est-à-dire lorsque le bâtiment fait partie de l’histoire de la ville ou est inscrit au titre des monuments historiques, la commune doit envisager une réaffectation du bâti et engager les financements en conséquence.
Les casernes sont habituellement des enceintes fermées à l’intérieur de la ville ; leurs bâtiments sont disposés en U ou en parallèle autour d’une cour d’honneur destinée aux manœuvres. Un pavillon d’entrée présente une esthétique plus soignée. Dans la plupart des reconversions, l’objectif est d’intégrer ces édifices au tissu urbain et de procéder à des ouvertures sur la ville sans en dénaturer l’architecture. Si l’enveloppe est conservée, l’intérieur fait l’objet d’une profonde restructuration pour accueillir de nouvelles fonctions, selon les besoins des communes. Dans le Jura, le fort des Rousses a ainsi été transformé en cave d’affinage de comté ; et la base sous-marine de Saint-Nazaire, elle, en musée de la Mer.
Dans la plupart des cas, ces édifices deviennent des logements ou des bâtiments publics. Pour certaines communes, l’abandon des casernes impacte fortement l’économie locale. Ainsi, en Lorraine, près de 1 500 hectares sur lesquels une cinquantaine de casernes étaient édifiées ont été libérés.

Soutien de l’État

Sur la base de ce constat, l’Etat s’est engagé à faire aboutir des projets de reconversion, avec la signature de contrats de redynamisation de site de défense (CRSD) ; en outre, il a affecté une enveloppe de 320 millions d’euros aux territoires touchés. Un protocole d’accord signé le 5 septembre 2008 entre les ministères de la Défense et de l’Enseignement supérieur vise à transformer les bâtiments militaires situés à proximité des zones universitaires, des gares ou facilement desservies par les transports en commun en logements étudiants. Quinze villes ont été identifiées, dont Arras (Pas-de-Calais), Limoges (Haute-Vienne), Versailles (Yvelines) et Tours (Indre-et-Loire), qui accueillent désormais des étudiants dans leur ancienne caserne.

Casse-tête

Mais la réhabilitation de ces sites militaires cédés par le ministère de la Défense doit préalablement faire l’objet d’une dépollution systématique, après une étude menée par le Service d’infrastructure de la Défense (SID). Parmi celles-ci : l’extraction du plomb, de l’amiante ou d’hydrocarbures, mais également les opérations de dépollution pyrotechnique (déminage, désobusage).
Si l’État investit dans la reconversion des biens militaires, il n’en est rien pour les anciens hôpitaux, dont les locaux, les équipements et les infrastructures sont jugés vétustes et ne répondent plus aux pratiques médicales actuelles. Ces établissements sont eux aussi généralement situés en centre-ville et bénéficient d’une emprise au sol très étendue. La plupart possèdent des éléments classés (façades, toiture, escaliers monumentaux), ce qui constitue un véritable casse-tête et une charge élevée pour les communes. « Avant de démolir, il faut penser à ce que l’on pourra utiliser, aujourd’hui ou à plus long terme, explique Frédéric Didier, architecte en chef des monuments historiques à l’agence 2BDM. Les usages évoluent rapidement. Il est important d’essayer de conserver les éléments d’origine. Lorsque cela est possible, on met en place des aménagements dits “réversibles”. C’est le cas des cloisons qui encapsulent des éléments d’intérêt patrimonial. Le meilleur destin pour un hôpital est de ne pas redevenir un hôpital. La plupart sont transformés en musées, c’est le cas des hôtels-Dieu de Bourgogne. De nombreux hôpitaux sont devenus des maisons de long séjour, de manière à profiter de leur situation en centre-ville. »
Si la reconversion en musée est une solution classique, l’hôtel-Dieu de Marseille, en activité depuis 1753 et abandonné en 2006, est devenu un hôtel de luxe ; et l’hôpital Laennec, à Paris, accueille désormais des bureaux. La difficulté réside dans la valorisation de la structure initiale du bâtiment et son adaptation au niveau de confort actuel, dans le respect des normes en vigueur. « Il faut savoir faire des choix », résume Frédéric Didier.
Pour comprendre la conception initiale du bâtiment, ses volumes et faciliter ainsi la prise de décision, le curetage constitue un passage obligé. Problème principal : le plomb, omniprésent dans les peintures ou les canalisations notamment. « On nous oblige à tout enlever, et il est très difficile de mettre au point des protocoles, constate Frédéric Didier. Ces contraintes renchérissent les coûts et le déplombage peut dégrader les édifices ».

N°336

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