Un stockage d’énergie verte domestiqué… ou presque

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Dernier-né de la R&D d’Areva, le stockage Greenergy Box associe un électrolyseur, deux citernes de stockage de gaz (H2 et 02) et une pile à combustible. Curieusement, il n’intègre pas de système de pilotage.

La pile à hydrogène sort des laboratoires pour devenir une offre crédible de stockage d’énergie verte. Mais si la Greenergy Box fonctionne, la réglementation et ses modalités de mise en œuvre semblent grever son coût. Ce qui retarde une expérimentation domestique en vraie grandeur.

Théoriquement, la recherche sur le stockage d’énergie par hydrogène est aboutie. Le principe est simple : par électrolyse, l’électricité convertit de l’eau en dihydrogène (H2) et dioxygène (02) pour être stockés ; le dihydrogène est ensuite brûlé à la demande, dans une pile à combustible, afin de produire de l’électricité ou de la chaleur. À l’échelle industrielle, le procédé fonctionne depuis l’été 2012 à Ajaccio (Corse du Sud), où Areva a installé une plateforme qui stocke puis réinjecte dans le réseau électrique près de 150 kW d’énergie, renforçant ainsi la qualité et la fiabilité du réseau local.

Restait à développer une offre domestique simple, à l’usage des gestionnaires de petits bâtiments collectifs pour stocker l’énergie verte produite par les panneaux photovoltaïques. C’est chose faite avec la Greenergy Box, un système intégré novateur mis au point dès 2013 par Areva et commercialisé expérimentalement par Schneider Electric pour de petites unités de 20 à 100 kW. Problème : le seul client qui avait signé pour une première mise en œuvre vient de jeter l’éponge. Le risque technologique - pourtant annoncé comme aussi faible que pour le gaz - et financier semble rebuter les gestionnaires et les citoyens. D’autant que les réglementations et les normes ne semblent pas adaptées.
Le contrat avait été annoncé en fanfare à la mi-2013 : la Greenergy Box devait équiper le nouveau pôle enfance de La Croix-Valmer (Var), pour stocker le surplus d’électricité produit par 180 m² de panneaux photovoltaïques (35 kWc) installés en toiture et servir de secours en cas de coupure du réseau. La chaleur générée par la pile allait également alimenter en continu le bâtiment en eau chaude. Le modèle idéal. Édifié en 2012 sur des plans respectueux de l’environnement par l’architecte François Vieillecroze, le pôle abrite une crèche (60 places), un centre de loisirs, un centre maternel (70 places), un centre primaire (70 places), un service jeunesse et une salle polyvalente de 200 m² sur un parking souterrain.

Une garantie trop peu incitative

Mais en mars 2014, la municipalité fraîchement élue renonce. « Même si le projet est intéressant, voire séduisant, il est trop expérimental et coûteux pour notre commune surendettée », déclare David Castello, adjoint au maire chargé de l’urbanisme, des travaux, de la voirie et des espaces publics. Les griefs de ce dernier tendent également à montrer que le marché conclu avec Areva n’est guère incitatif : « La garantie matériel est limitée à un an ou 500 heures de fonctionnement, soit même pas deux mois à 10 h/jour. Une disposition moins bien que pour de l’électroménager de base. » Au prix d’achat de 1,2 M€ TTC (dont 0,79 M€ de subventions) s’ajoutent des frais non budgétés initialement : la maintenance de la pile (40 000 €/an pièces incluses) ; la réalisation d’un logiciel de pilotage (80 000 €) ; l’embauche et la formation de personnel. En outre, les parents s’inquiétaient car la commission nationale de sécurité (les commissions locales et départementales s’étant déclarées incompétentes) exige la présence effective d’un agent spécialisé en période de fonctionnement. « À leurs yeux, cela signifie qu’il existe un risque potentiel pour leurs enfants », ajoute David Castello.
Après négociations, la pénalité de rupture a été réduite à 490 000 euros ; et le bâtiment revu en matière d’équilibre énergétique. Aujourd’hui, seul un tiers des panneaux photovoltaïques prévus est installé sur le toit du pôle. L’électricité produite n’est ni stockée ni autoconsommée ; elle est simplement revendue à EDF.

N°342

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