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Un petit collectif à l’épreuve de la qualité environnementale

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Un petit collectif à l’épreuve de la qualité environnementale

En bordure, le talus drainant est réalisé en Betoflor monté à sec. Il filtre les eaux de ruissellement et évite la création de poches humides, préju-diciables à la stabilité de l’ouvrage. Il protège aussi contre l’érosion de surface des matériaux. Sa stabilité est en grande partie assurée par son propre tassement. (Docs. H.d’E.)La terrasse d’accès au bâtiment est conçue avec une légère pente, afin d’éviter la construction de marches. Un système astucieux qui facilite l’accès aussi bien aux personnes valides mais à locomotion difficile, qu’aux handicapés en chaise roulante.

Cet immeuble associant locaux professionnels, logements et garages répond toujours à plusieurs cibles environnementales dix ans après sa construction, sans toutefois adhérer à l’ensemble des impératifs de la certification HQE. C’est ainsi que ses concepteurs l’ont voulu.

1 PROGRAMME Le choix de viser sept cibles

Avant d’être un label, la Haute qualité environnementale (HQE) est une démarche consciente et volontaire. C’est son atout et sa force. Chacun y puise librement les objectifs à atteindre dès la conception d’un bâtiment. Chacun choisit les cibles les mieux adaptées à son projet, sans nécessairement adhérer à l’ensemble des impératifs de la certification.
C’est dans cet esprit que Bernard Arditti a conçu les premières esquisses de cet immeuble de trois niveaux, situé sur un terrain urbain en pente à Forcalquier (04), sous-préfecture des Alpes-de-Haute-Provence : un rez-de-chaussée réservé à des activés médicales, à l’étage quatre logements locatifs, en sous-sol mais en rez-de-jardin côté sud, des parkings transformables en appartements.
Pour cet architecte manosquin d’expérience, la pérennité des matériaux, l’intelligence des espaces, le bien-vivre des occupants, la faible dépense énergétique, d’usage et de gestion, ont un sens. Il vise surtout la qualité, le confort et l’économie. Aussi, sur les quatorze cibles définies dans la démarche HQE, il choisit de n’en traiter complètement que sept : relations avec l’environnement, choix des produits et procédés, gestion de l’énergie, confort hygrothermique, acoustique, visuel, et qualité sanitaire de l’eau. Deux autres - l’impact environnemental du chantier et la gestion de l’entretien/maintenance - seront toutefois couvertes en partie. La qualité est assurée par une construction en briques monomur avec des planchers en terre cuite, des sols carrelés, des parements intérieurs en épicéa dans les halls et escalier et des menuiseries en aluminium laqué à double vitrage. Les bordures des fenêtres sont recouvertes en pierre d’Espeil, matériau très résistant au gel, extrait à Buoux dans le Vaucluse.
Le confort est traité par une enveloppe isolante de forte inertie thermique et phonique, chauffée par des radiateurs classiques au RDC et par planchers chauffants à l’étage.
L’économie est garantie par une réduction des déperditions, une utilisation optimale des apports solaires naturels et une chaudière collective gaz naturel à condensation, raccordée à la canalisation communale qui passe à 5 mètres.

2 ÉTAT DES LIEUX Quand isolation rime avec orientation

Tout est ici conçu avec soin, durabilité et efficacité. L’ossature en monomur de briques assure une isolation optimale, confortée par une orientation très étudiée. Au nord, l’entrée de l’immeuble se fait par une galerie couverte accessible de plain-pied, afin que les fauteuils roulants ou les personnes à mobilité réduite n’aient aucune difficulté d’accès. Le hall commun intérieur, naturellement plus froid est traité comme une zone tampon. Il agit comme un volume de transition et isole thermiquement les zones de travail et de vie par des espaces communs, palier, escalier et couloirs d’accès. Toutes ces parties accessibles à tous sont recouvertes de bois, du mélèze (panneaux Nordpan). « C’est là une manière très économique de faire des portes coupe-feu », note malicieusement l’architecte. Dernier détail : les dormants des fenêtres sont de couleur rouge pour apporter une note chaude à l’ensemble.
Les appartements et le cabinet médical, pièces à vivre et à recevoir, sont tous orientés au sud, ouverts sur de larges balcons peints en bleu par opposition de couleur. Les tuiles en terre cuite, modèle grande romane, couvrent les combles perdus à fermettes bois isolés par de la laine de roche déroulée sur le plancher. Une laine de roche préférée à la laine de chanvre ou de bois, trop onéreuses à l’achat.
Un ensemble de dispositions idéales pour des médecins qui ont demandé que le système de chauffage soit rapide et efficace. Ce sont eux qui règlent directement le thermostat, selon leurs besoins. La montée en température est directe et la facture légère. Ainsi, la consommation énergétique réelle en énergie primaire (chauffage, eau chaude, refroidissement) est seulement de 62 kWhep/m².an (bâtiment de catégorie B), avec une émission en gaz à effet de serre de 14 kgeqCO2/m².an (catégorie C).
Le confort hygrothermique est assuré par une VMC à simple flux qui possède deux régimes d’aspiration, réglés manuellement. Ce procédé a été préféré à la création d’une VMC à double flux et échangeur, sans doute plus efficace en matière thermique, mais qui nécessite davantage d’espace et une maintenance parfois complexe à assurer.
Les hourdis en terre cuite font barrage contre l’humidité et les planchers en béton dotés de talons en céramique ne prennent pas la condensation en sous-face. La ferraille pour les poutres béton qui les supportaient a été calculée spécialement pour tenir compte du risque sismique propre à la région. Le dernier gros tremblement de terre, de magnitude 6,2 sur l’échelle de Richter, s’est produit à Lambesc en 1909.
Le bâtiment est en zone à risque et respecte la réglementation parasismique en vigueur, avant celle instaurée par les Eurocodes 8. Le joint de dilatation de 6 cm, fixé sur un côté, assure le contact entre les deux blocs distincts qui composent le bâtiment. Dernière difficulté résolue, deux sources traversent le terrain et de nombreux ruissellements de pluie s’y concentrent. Lors des travaux, ces écoulements ont été canalisés. Aujourd’hui, le terrain est drainé en permanence, grâce aux Betoflor installés à l’époque.

3 BILAN Un retour aux fondamentaux

Non-labellisé HQE, ce bâtiment répond pourtant à une excellente qualité environnementale. Il n’en a pas le certificat, mais en possède l’esprit. Avec le temps, l’ossature et les finitions n’ont pratiquement pas subi de dégradations. Et ce, malgré les conditions climatiques difficiles (froid, chaleur, pluie) auxquelles est exposée la région. La consommation énergétique est très réduite et son entretien reste peu coûteux. « Je suis très satisfait, confesse Bernard Arditti. Nous avons répondu au cahier des charges du propriétaire et aux besoins des occupants. Tous les objectifs sont atteints. C‘est cela le geste architectural. »
Ce credo se traduit par un retour réussi aux fondamentaux du métier et des matériaux. Il est alors essentiel de choisir ceux qui s’intègrent aux cibles, dans tous les sens du terme. C’est sans doute le meilleur retour d’expérience pour un architecte. Ainsi, le monomur en brique a une excellente tenue dans le temps, une bonne inertie et un rapport qualité-prix optimal. Il est ici composé d’éléments de 37,5 cm d’épaisseur pour un fini à 40 cm. Aujourd’hui, selon les nouvelles normes, ils seraient respectivement de 45 et 48 cm. La terre cuite aussi, ancienne et naturelle, possède un bilan positif : peu polluante à fabriquer et à éliminer en fin de cycle. La pierre d’Espeil, enfin, est un matériau local très performant.
L’ensemble du chantier a eu un très faible impact sur l’environnement. Les deux sources révélées lors de la fouille n’ont pas été bouchées, mais simplement canalisées car « on ne s’oppose pas au passage de l’eau », enseigne Bernard Arditti. À ses yeux, la démarche environnementale est devenue indispensable aujourd’hui. « C’est une démarche consciente qui pose des principes, aide à conduire le projet, et évite les dérives ». À ce titre, maintenir ses objectifs est essentiel.

N°322

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