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Un « origami » de verre habille l’immeuble C42 de Citroën

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Un « origami » de verre habille l’immeuble C42 de Citroën

4 & 5. La façade principale en cours de montage affiche certains vitrages colorés en rose, à cause de l’intégration dans leur lame d’air de paille acrylique (Kapipane d’Okalux) qui atténue la couleur rouge de base, le jour et l’accentue, au contraire, la nuit.

La structure primaire et la résille de façade de ce showroom ont été conçues et réalisées entièrement en éléments d’acier préfabriqués. Ces derniers sont montés et assemblés par boulonnage sur site, afin de réduire au maximum leur emprise dans la parcelle exiguë.

«Le pliage en verre de la façade s’apparente à un origami qui exprime la marque Citroën de la manière la plus poétique et la plus inventive possible », résume Manuelle Gautrand, architecte et conceptrice du showroom Citroën.

Depuis 1927, le 42 de l’avenue des Champs-Elysées est l’adresse emblématique de Citroën à Paris. Après trois années de travaux, l’immeuble C 42, considéré comme le centre de communication de la marque, vient de rouvrir ses portes. S’inscrivant dans une « dent creuse » étroite et profonde, le bâtiment de 900 m2 utiles se dresse sur 29 m de hauteur et mesure 11,50 m de largeur par 30 m de longueur.

Il abrite cinq niveaux qui s’organisent autour d’un grand vide central implanté en façade : un sixième niveau, situé au second sous-sol, abrite uniquement des locaux techniques. Au premier sous-sol, est exposé l’un des derniers concept-cars Citroën, avec la diffusion de films voués à l’actualité de la marque, alors que le rez-de-chaussée accueille une boutique de souvenirs et met en scène un autre concept-car. Les quatre autres étages sont occupés par des plateaux de desserte et d’exposition de modèles anciens de véhicules. Ces niveaux sont desservis par un ascenseur panoramique installé en façade, et par deux autres escaliers, doublés d’un ascenseur accessible aux handicapés, implantés en milieu de parcelle, le long d’un des deux murs. Le vaste ­volume est dominé par un « arbre à ­voitures » composé de huit ­plates-formes tournantes superposées, dont la rotation complète dure cinq minutes. Fixées à un grand mât, ces « tournettes » sont équipées de sous-faces à facettes revêtues d’inox poli miroir qui génèrent de multiples reflets, tel un kaléidoscope. Il s’agissait en fait de « donner un volume aérien et généreux, ouvert sur la verticalité », explique l’architecte. Quant à l’enveloppe du bâtiment, « c’est une envolée de chevrons qui se plient au fur et à mesure à la verticale », ajoute-t-elle. Très complexe, cette peau de 650 m2 de surface, modélisée en 3D, a fait l’objet d’une appréciation technique d’expérimentation (Atex).

Cette unique peau qui se ­déroule enrobe entièrement l’ouvrage. Constituée d’une série de ­losanges vitrés assemblés, elle débute au pied de l’avenue, puis se courbe en toiture, se déforme et redescend, pour former la ­façade arrière, ouvrant sur un cœur d’îlot. Sachant que la forme de cette enveloppe épouse parfaitement le gabarit parisien autorisé, très contraint. Côté avenue, la façade comprend des losanges tridimensionnels dotés de verres à quatre facettes. Elle s’organise en dix-neuf pyramides de verre de dimensions variables qui débordent de 50 cm (partie inférieure) à 78 cm (partie supérieure), la limite de la saillie ­réglementaire étant de 1 m. Symbolisant le logo de la marque, les deux premiers chevrons de la façade basse mesurent 11 m de largeur par 3,50 m de hauteur. En revanche, côté cour, la verrière, qui comporte des losanges plus petits et plats, est de forme gauche afin d’épouser le gabarit permis côté cours.

Par ailleurs, si tous les profilés de la résille sont identiques en terme d’équarrissage extérieur, ils sont différents à l’intérieur. En ­effet, afin d’assurer une continuité visuelle entre les éléments de la façade avant et ceux de la façade arrière, il a fallu adapter les profilés de même taille à chaque cas de figure, en fonction des efforts propres à chaque barre. D’où la conception de deux types de profilés triangulaires porteurs du vitrage, de 16 cm de hauteur par 10 cm de largeur à la base et 4 cm au sommet. Ils sont soit creux et constitués d’une simple tôle pliée et cintrée, pour équiper la façade arrière, soit pleins et soudés, assemblés et polis, et prévus pour être plus résistants, notamment pour les profils de la façade avant. Quant à la mise en œuvre globale de la structure primaire du bâtiment, elle s’est déroulée progressivement.

Une structure primaire en éléments boulonnés

Après la démolition de l’édi­fice en place, l’entreprise TMB a procédé à des reprises en sous-œuvre, sous les murs des bâtiments voisins. Puis, l’infra­structure, composée de voiles en béton, s’est mise en place sur les deux niveaux de sous-sol. Ensuite, la superstructure, qui débute au rez-de-chaussée, a été réalisée entièrement en profilés d’acier, fabriqués en atelier par l’entreprise Secim, également chargée de la pose. Ce système métallique s’avérant être le plus performant dans un espace restreint. Ces pièces usinées ont presque toutes été boulonnées, à l’aide de platines et d’équerres. Ainsi, le montage de l’ossature porteuse commence par le positionnement de la cage d’ascenseur située au milieu du bâtiment, à l’aide d’un relevé de géomètre. Cet élément central de contreventement matérialise un axe par rapport à l’avenue et aux murs mitoyens. À partir de ce point, la poutraison transversale du premier étage est posée ainsi que le fût-caisson, support des plateaux tournants. Parallèlement, les poteaux des deux voiles latéraux sont mis en place, selon une hauteur de 12 à 15 m, adaptée à une dimension de transport en camion. Chaque voile mitoyen se compose de deux profils HEM 300 positionnés en façade, puis d’un HEM 300 et d’un HEB 240 en partie centrale et enfin, de deux HEB 240, en fond de parcelle. Puis, à chaque étage, la tournette est assemblée, avec son plancher (ou non) composé de bacs collaborants en acier galvanisé, fixé sur la nappe de poutres. Ces opérations sont répétées une à une, à chaque étage, jusqu’au dernier niveau.

De même, à chaque niveau, sont montés les deux limons en HEA 300, soutenant les volées préfabriquées en béton de l’escalier monumental, créant ainsi des accès. Car, jusqu’alors, l’accès était assuré par un escalier provisoire de chantier implanté à l’arrière. Ensuite, quand l’ensemble de la charpente a été posé, une phase délicate a consisté à mettre en place des lignes d’appuis pour venir y poser la résille.

Contreventement général rationalisé

Constitués de platines de 10 x 25 cm de longueur, percées de quatre larges trous, ces appuis ont fait l’objet d’un réglage précis, point par point, géré par un géomètre, la tolérance admise étant de plus ou moins 5 mm. De type glissant, ces appuis, dotés d’éléments à rouleaux de 15 cm de côté, sont alors fixés en 53 points le long des poutres de rive, autorisant ainsi des déplacements latéraux. En réalité, la résille est uniquement fixée et bloquée en pied de façade et à l’arrière du bâtiment, ce qui la rend librement dilatable sur toute sa hauteur.

Sachant que son ossature à profilés d’acier est rendue rigide par la présence des verres indéformables. Le contreventement est essentiellement assuré par l’épais portique encastré de façade, formé de deux doubles poteaux treillis à profils HEM 300, espacés de 1,10 m. Ils sont liaisonnés entre eux par cinq doubles poutres de 600 mm de hauteur qui supportent les paliers de l’escalier monumental.

La cage d’ascenseur arrière fait aussi partie du contreventement général ainsi que les voiles transversaux alignant des poteaux préfabriqués qui servent à stabiliser l’ensemble.

Entre ces profils, s’intercalent des petites poutres-échelles, suspendues aux deux épaisses poutres-treillis de faîtage. Elles servent à maintenir les plaques de cloisonnement en plâtre recouvrant les deux refends, à intégrer les diverses gaines et à assurer leur protection au feu.

Concernant la sécurité contre l’incendie, cet établissement recevant du public (ERP) est classé en catégorie de type S, relatif aux musées. Un point de réglementation très important pour la conception, sachant que la mise en relation des plateaux entre eux dans le grand vide n’aurait pas pu être réalisable pour une autre affectation.

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