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Un mobilier qui participe à l’organisation mouvante des espaces

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Un mobilier qui participe à l’organisation mouvante des espaces

L’escalier est un bel exemple du travail de métallerie effectué sur mesure dans toute la maison. Posée au sol, la structure est encastrée dans un revêtement en Placoplâtre. Les lames de métal en suspension seront ensuite habillées de linoléum.

Dans cette maison-atelier de Saint-Ouen, meubles en métal sur roulettes et « murs » souples et lumineux créent des pièces à vivre ou des espaces de travail.

Située à proximité du marché aux puces de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), le domicile (et bureau) de l’architecte Nathalie Wolberg fait partie des neuf ateliers d’artistes inscrits dans la réhabilitation d’une imprimerie construite dans les années 1950. Acheté sur plan (hors d’eau, hors d’air), le volume brut de 180 m2 a été restructuré pour devenir un « laboratoire » où la jeune femme partage sa conception de « la maison objet de plaisir, de désir ». Son postulat : « Le mobilier crée l’architecture d’un lieu et le corps définit les formes de l’espace. »

Après dix-huit mois de travaux, dont six consacrés aux finitions, le bâtiment se répartit sur trois niveaux très différents : un vaste plateau de 85 m2 – sans poteau intermédiaire – qui se prolonge par une mini-chambre suspendue ; une « fosse », sorte de sous-sol expérimental en duplex et un bureau à l’étage donnant accès à la toiture-terrasse (80 m2).

L’ouvrage est un modèle d’astuces mobilières, de subtils jeux de couleurs, de lumières et de matière. Dissimulés dans tous les meubles, les parois, le faux plafond, pas moins de 150 tubes fluorescents éclairent la maison.

Des « pièces mobilier » qui génèrent des espaces d’intimité

Accessible par l’escalier extérieur, le grand plateau de 100 m2 à l’origine a été décloisonné pour se transformer en un loft modulable habillé de blanc et réchauffé de tons bleu canard, rose et jaune vert – deux couleurs que l’on retrouve en écho sur les trois niveaux. Dessiné par la retombée importante de trois poutres en béton de plus 7 m de longueur, l’espace est organisé par travées conçues selon un principe identique dans toute la maison.

« Je voulais un lieu très pur à la fois pour vivre et pour travailler. Mon idée, créer des meubles sur roulettes pour pouvoir les pousser et faire disparaître toutes les fonctions de la maison : rangements, cuisine, salle de bains… », explique l’architecte. Un astucieux mobilier sur mesure (voir encadré) rythme l’espace : placard de rangement ou pièce à habiter, lorsqu’elle est fermée ou vue de l’extérieur, la pièce mobilier recrée les murs. Ouverte ou perçue de l’intérieur, elle révèle les différentes fonctions de la maison et génère des espaces d’intimité (bibliothèques, ­lavabos...) et/ou d’isolement. Le système de portes métalliques inclinées qui s’additionnent le long des parois fonctionne comme un ruban. Empêchant le son de rebondir, il forme d’un côté des espaces ouverts, de l’autre des espaces plus confinés.

L’architecte a également profité de la retombée des poutres pour créer trois « murs » souples, lumineux et amovibles. Il s’agit d’un système toujours astucieux, fixé de chaque côté des porteurs (poutres) et constitué de deux toiles à rétro-projection translucides actionnées par un interrupteur mural. Remontées, elles rythment l’espace global et dessinent des bandeaux de lumière. Une fois descendues, l’espace du repas devient très intime. Éclairant ces « murs », des tubes fluos roses sont dissimulés dans le faux plafond en Placoplâtre. Celui-ci équilibre le volume en rabaissant la hauteur du plateau de 30 cm (H. 2,50 m).

« Pour réaliser cette maison, j’ai analysé tous mes traits de caractère et les postures de ma vie quotidienne », souligne Nathalie Wolberg. Une démarche qui s’exprime dès l’entrée où toute la travée fait office de filtre, de rideau pour l’habitation, grâce à un store qui masque les baies vitrées et à l’un des murs amovibles.

Elle accueille un canapé original (6 m2) recouvert de feutre. Vient ensuite la cuisine qui s’adapte aux repas en solo ou entre amis. Ici, c’est la lumière qui va moduler l’ambiance à travers la table, en intensités variables par le plafond tendu. La bibliothèque, enfin, est une pièce mobilier qui dévoile ou dissimule à volonté les livres et les objets déco.

Dans la continuité du plateau, un grand filet blanc en Nylon, sorte de hamac géant, est dédié à « la décompression ». Scellé aux poutres du plancher par des chevilles chimiques (une partie du sol a été déposée pour l’installer), il est suspendu au-dessus du vide.

La salle de bains comporte une pièce qui intègre baignoire, douche à l’italienne, W-C et deux « pièces-mobilier lavabos » : « On peut s’isoler pour se préparer, se maquiller, se raser… » Un regret : le revêtement qui habille la pièce, (couleur bleu canard, identique à celle des portes), est inexploitable : toutes les traces de calcaire sont visibles. « D’autre part, une douche fermée aurait été plus pratique dans ce petit espace vite inondé », admet l’architecte.

Sept tubes éclairant la fosse en sous-sol

Suspension encore, pour la petite chambre (5 m2) qui prolonge le plateau. Elle se compose d’une structure en médium entièrement doublée de Placoplâtre, boulonnée à deux poutres en bois installées pour l’occasion. On y accède par trois marches et une petite porte coulissante. La façade en verre transparent peut être occultée par un écran amovible. Deux tubes fluos sont dissimulés sur les côtés et deux autres dans le ciel de lit en mousse et toile perforée qui laisse filtrer des points de lumière. Le coffrage du dessous, recouvert d’une toile à retroprojection, abrite sept tubes qui éclairent la fosse en sous-sol. « La chambre est ouverte pour ne pas perturber la profondeur que donnent les fenêtres sur l’extérieur. Quand on n’y dort pas, elle sert de grand lampadaire. Et lorsqu’on est malade, on n’est pas isolé au fond de l’appartement ! »

On accède au niveau inférieur situé sous le filet par un escalier volant en béton. C’est l’appartement des invités. Il est éclairé par une verrière située 6,50 m plus haut, sur la toiture-terrasse. L’espace de 40 m2, long, plat et très profond, pourrait être un nouveau concept de logement adapté au lieu, une sorte de duplex avec une surface à partager au-dessus et des micro-espaces en dessous. Des bandes de feutre en pente douce forment des alcôves où « on peut se lover, s’isoler pour lire, escalader les pentes, converser avec ceux suspendus dans le filet. On est à la fois protégé, enfermé et complètement ouvert dans l’espace. » Ces formes ondulées, qui jouent avec le corps, sont issues d’un projet (non sélectionné), initié pour la Cité des enfants à La Villette, à Paris. Elles dissimulent sur toute la longueur un tiroir de rangement très pratique. À noter que Nathalie Wolberg collabore avec l’Atelier national d’arts textiles (Anat, 75). Parmi ses projets, la création d’« espaces à vendre ayant une forte dimension textile ».

Une seconde volée d’escaliers en métal permet d’accéder à l’étage qui abrite une pièce très basse de plafond (30 m2). Là aussi, des parois mobiles intègrent les espaces de bureaux (imprimante, dossiers…). Des marches en béton invitent à s’asseoir, lire, méditer face à la toiture-terrasse (80 m2) où deux larges verrières éclairent le plateau.

Tous les réseaux (électricité, ventilation, chauffage au sol) sont invisibles. Le sol est revêtu d’un linoléum industriel beige posé sur la chape en béton, et entretenu à l’aide d’une lustreuse une fois par an. « Très agréable et chaleureux, ce revêtement se salit vite, regrette l’architecte. Des roulettes plus coûteuses et sophistiquées auraient évité les traces. » Pour autant, il complète en douceur l’étonnant spectacle architectural qui se déroule dans l’espace.

vous lisez un article des Cahiers Techniques du Bâtiment N°286

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