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Un éventail de techniques pour la pose ou la réhabilitation sans gêne des réseaux enterrés

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Un éventail de techniques pour la pose ou la réhabilitation sans gêne des réseaux enterrés

Patrice Dupont est président de la FSTT, ou France sans tranchée technologies (anciennement Comité français pour les travaux sans tranchée), installée à Fontenay-sous-Bois (94).

La FSTT, ou France sans tranchée technologies (anciennement Comité français pour les travaux sans tranchée), installée à Fontenay-sous-Bois (94) est une association de professionnels – maîtres d’œuvre, d’ouvrage, entrepreneurs, fournisseurs de matériels ou de matériaux, collectivités locales, universitaires – créée en 1990, à caractère scientifique et technique. C’est un lieu pour partager les expériences, mais aussi pour étudier et chercher, informer et apprendre. La FSTT est aujourd’hui présente sur l’ensemble de l’Hexagone grâce à ses délégués régionaux. Elle est membre de l’ISTT, ou International Society for Trenchless Technology, qui réunit les associations analogues dans plus de 20 pays de tous les continents.

Quand sont apparues les techniques de travaux sans tranchée ?

Pa.D.: Dans l’Hexagone, les premiers chantiers de travaux sans tranchée sont apparus autour des années 1985, avec l’avènement de la technologie des microtunneliers. Mais les premières applications ont été très confidentielles, le département du Val-de-Marne étant, en l’occurrence, un des pionniers en la matière. La France détient un savoir-faire historique et reconnu en matière de travaux souterrains avec, notamment, les expériences du métro parisien, des grands ouvrages hydrauliques ou des tunnels autoroutiers sous les Alpes. Mais il s’agit, avec les microtunneliers, d’ouvrages différents dont le diamètre est inférieur à 1,20 m. Une section limite en dessous de laquelle il est très compliqué d’évoluer et de faire intervenir des hommes et des machines. Dans la pratique, une tête orientable, opérant à partir d’un puits vertical préalablement exécuté, permet le creusement, le concassage et l’évacuation des matériaux. La machine non-habitée étant entièrement pilotée, avec une précision presque millimétrique – caractéristique qui rend la technologie particulièrement adaptée aux réseaux gravitaires – depuis la surface. La machine progresse dans le terrain par l’action conjuguée du creusement et du poussage des tubes de revêtements divers : PRV, grès, béton ou acier. Cette solution est compatible avec tous les types de canalisations et avec la plupart des horizons géologiques, y compris avec la présence de nappes phréatiques, l’utilisation de boucliers à front fermé permettant une mise en pression contrôlée de la chambre d’abattage. Des interventions qui ne nécessitent aucuns travaux susceptibles d’induire des tassements en surface.

Quels sont les domaines d’application de ces solutions ?

Pa.D.: Les techniques sans tranchée permettent la mise en œuvre ou la réhabilitation de tous les types de réseaux enterrés classiques – électricité, gaz, assainissement ou adduction d’eau potable et pose de fibres optiques. Ce sont plus d’une vingtaine de techniques différentes que l’on peut classer en deux catégories de travaux distincts : la pose ou la réhabilitation. Dans la première on peut mentionner, en allant par ordre de sophistication décroissante, le forage par microtunnelier, précédemment évoqué, le forage horizontal dirigé, le fonçage de tube ouvert et ses différentes variantes, le forage à la tarière et les fusées pneumatiques. Concernant les opérations de réhabilitation, on distingue deux sous-catégories : conservation de la conduite existante, avec introduction de la nouvelle dans l’ancienne, ou remplacement pur et simple. Dans ce dernier cas, on utilise un éclateur, tiré ou poussé monté en tête de la nouvelle conduite, celui-ci pouvant être éventuellement précédé d’un outil de coupe, adapté au matériau de l’existant. Le dispositif provoque l’éclatement, puis le refoulement latéral de l’ancienne canalisation à laquelle vient progressivement se substituer la nouvelle de diamètre supérieur. Dans les techniques par tubage, il y a réduction plus ou moins importante du diamètre existant ou sa quasi-conservation, en fonction des solutions mises en œuvre : pose de tuyau continu ou d’éléments courts avec maintien d’un espace annulaire ; injection d’un coulis de ciment structurant dans l’espace annulaire d’un coffrage plastique interne, ou chemisage par projection, par enroulement hélicoïdal d’une bande profilée ou via un voile souple, imprégné d’une résine thermodurcissable.

Vingt ans après les premières appli­cations, quel bilan dressez-vous ?

Pa.D.: Il a fallu convaincre les différents acteurs et vaincre les conservatismes ambiants. Soulignons le rôle moteur joué par certains maîtres d’ouvrage courageux qui n’ont pas hésité, à l’époque, à prendre des risques en balayant certaines frilosités face à l’innovation technologique et la force des habitudes. Même s’il est difficile d’avancer un pourcentage exact, on peut estimer que vingt ans après, 20 % des travaux réalisés sont effectués par le biais de solutions sans tranchée. Aujourd’hui, ces techniques sont parfaitement connues par l’ensemble des acteurs, donneurs d’ordre, entreprises et bureaux d’études. La FSTT ayant beaucoup œuvré afin de les promouvoir à travers les congrès, colloques, actions de formation et de communication, dont le salon « Ville sans tranchées » qui se déroule tous les deux ans.

La diminution des nuisances constitue-t-elle la raison principale de ce succès ?

Pa.D.: Pas seulement. Il est indiscutable que la réduction de toutes les nuisances engendrées par un chantier en tranchée classique – pollution des matériels et des engins, que ce soit en termes de bruit, d’échappement ou d’émission de poussières, difficultés de circulation pour les riverains, perte de visibilité pour les commerçants, embouteillages – a été et reste un des avantages majeurs de ces techniques. Cependant, il ne faut pas oublier l’aspect sécurité, la diminution des hommes et des machines présents sur le site, limitant d’autant les risques d’accidents. Mais toutes les considérations tournant autour de la notion de préservation des ressources contribuent aussi fortement, aujourd’hui, au développement de ces techniques qui permettent d’extraire uniquement le volume nécessaire, afin de poser ou réhabiliter la conduite.

Plus l’ouvrage est profond, plus l’impact du chantier est réduit, contrairement à une solution classique impliquant des volumes de terrassements croissants avec la profondeur du projet. Les avantages écologiques sont donc nombreux. On réduit tout d’abord les mouvements de camions nécessaires à l’évacuation des déblais, et donc par conséquent la production de gaz à effet de serre, ceux-ci devant fréquemment être mis en décharge, afin d’être dépollués, mais aussi la consommation en matériaux nobles employés pour remblayer la fouille. La prise en compte de tous ces paramètres environnementaux conduit à une baisse globale des coûts.

Ces techniques désormais bien rodées progressent-elles?

Pa.D.: Elles évoluent constamment. Les techniques de lubrification, qui permettent une meilleure pénétration des engins de forage dans le terrain ont, par exemple, énormément évolué ces dernières années. De nombreux progrès ont également été réalisés en termes de fiabilité et de conduite des machines, mais aussi sur les techniques de repérage d’obstacles potentiels ou de réseaux existants.

La nouvelle réglementation DT/DICT ne constituera-t-elle pas un frein à la poursuite du développement des techniques sans tranchée ?

Pa.D.: Bien au contraire. Rappelons que la nouvelle réglementation, qui sera effective en juillet prochain, obligera la maîtrise d’ouvrage à connaître la cartographie précise des réseaux existants avant l’appel d’offres, et à communiquer en parallèle ces informations aux entreprises dans le cadre de la procédure. Celles qui répondront donc avec une technique sans tranchée vont ainsi pouvoir, dans le cadre d’un chantier de pose tout au moins, proposer la solution techniquement la mieux adaptée au terrain et, bien entendu, ajuster leur prix au plus près. L’entreprise qui répond aujourd’hui en technique sans tranchée est en effet pénalisée, la méconnaissance du sous-sol et de son environnement la conduisant à prendre des risques financiers pour assumer cette part d’inconnu si elle veut rester concurrente en regard de solutions traditionnelles.

Une meilleure information sur l’état du sous-sol permettra donc de faire, au final, de meilleurs choix techniques à des prix plus proches de la réalité.

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