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Un dilemme entre compacité et fonctionnalités

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Un dilemme entre compacité et fonctionnalités

Délégué général de la Fédération des ascenseurs, Jean-Pierre Cadeau met l’accent sur les enjeux liés aux déplacements mécanisés dans les bâtiments, et à leurs problématiques souvent contradictoires.

Les Cahiers techniques du bâtiment : Quelles sont les caractéristiques de ce secteur ?

Jean-Pierre Cadeau : Qu’il s’agisse d’ascenseurs simples ou d’ascenseurs de charges ­accessibles aux personnes, d’escaliers mécaniques ou de trottoirs roulants, ces installations doivent d’abord satisfaire une performance de transport – qui se traduit par une capacité de trafic et d’efficience à gérer ce trafic avec tous les paramètres évidents de sécurité, de confort spatial et acoustique requis – et par ailleurs, une notion d’intégration architecturale, synonyme de compacité et de transparence avec des contraintes de dimensionnement et de design. Cette double composante est aussi vraie en construction neuve qu’avec la mise en place d’équipements nouveaux dans des bâtiments existants ou profondément restructurés. D’autant qu’aujourd’hui, s’ajoute la dimension d’accessibilité ! L’autre grand volet du métier concerne le parc existant d’ascenseurs ou d’ascenseurs de charges, et son évolution. En France, ce parc atteint environ 450 000 appareils contre quelque 11 000 installations neuves par an. Quant aux escaliers et trottoirs mécaniques, le parc en compte environ 6 000 pour 250 à 300 nouveaux équipements chaque année.

CTB : Au vu de ces décalages, quelle est la problématique du parc existant ?

J-P. C. : Le parc s’avère vétuste et hétérogène. Près de 60 % des équipements datent de plus de 20 ans et font appel à des technologies très diversifiées en fonction de l’époque de leur installation, notamment en termes de niveaux de sécurité. Ici, le métier carrément différent se partage entre la maintenance et la modernisation, représentant environ 70 % du chiffre d’affaires actuel global du secteur. Exécutée sous forme contractuelle, la maintenance comporte au moins une visite courante préventive toutes les 6 semaines – soit 10 à 11 par an – des dépannages éventuels, le remplacement des pièces d’usure, et surtout depuis la nouvelle réglementation, l’assistance 24 h/24 h aux personnes bloquées. Les actions de modernisation visent à rendre le parc globalement plus homogène en améliorant sa performance, donc à le rajeunir en rapprochant les anciens appareils des ­niveaux de sécurité des machines neuves. Elles consistent à transformer ou à ajouter certains composants, soit par étapes, soit d’une traite, sans pour autant remplacer totalement l’ascenseur. C’est l’objet des textes d’application de la loi du 2 juillet 2003 qui recensent 17 risques majeurs et fixent 3 phases – 2008, 2013 et 2018 – pour la mise en sécurité. Étalé sur 15 ans pour des questions de financement et de capacité de faire par les entreprises, ce programme de travaux va impacter profondément le marché. D’où la notion de diagnostic, de personnalisation, de programmation et de respect des dates prévues par la législation. À noter que la loi fixe un rythme minimum, qui peut être anticipé au vu de bénéfices complémentaires comme une amélioration plus complète et immédiate de sécurité, de confort, d’économie d’énergie ou de valorisation globale de patrimoine.

CTB : Qu’en est-il des évolutions réglementaires propres à ces équipements ?

J-P. C. : Les premières normes relatives aux ascenseurs interviennent dans les années 50. Après un début d’harmonisation des exigences au niveau européen dans les années 80, la fin des années 90 voit apparaître les directives européennes telles que la directive ascenseurs (95/16/CE) de 1996 pour les installations nouvelles. Transposée en droit français en 2000, cette directive, dite nouvelle approche, fixe des exigences de sécurité davantage en termes de résultats que de moyens. Autrement dit, il suffit de respecter les normes pour qu’une installation soit conforme. Mais on peut aussi démontrer le respect de la directive par le biais de l’exigence de résultat (analyse de risque et dossier validé par un organisme notifié). Cette démarche a permis l’innovation et l’émergence forte des appareils sans local de machines (80 à 90 % des installations actuelles), allant dans le sens de la compacité et de la facilité d’intégration. À noter que l’ensemble du parc existant n’est pas impacté par l’élévation de ces exigences de sécurité. Tant qu’il n’est pas transformé, un ascenseur doit être maintenu au moins conforme au règlement en vigueur à l’époque de son installation. Cependant, la France – qui en 1986 a déjà imposé la mise en place d’une porte de cabine sur les ascenseurs existants – a repris à son compte dans sa législation de 2003, certaines des dispositions en vigueur sur les installations modernes. Ainsi, sans toucher aux rails et à la structure métallique de l’appareil, on peut améliorer la précision d’arrêt à ± 2 mm, en interfaçant par exemple un système d’entraînement avec régulation à variation de fréquence.

CTB : Dans le contexte plus global de bâtiment, quelles sont les autres réglementations à satisfaire ?

J-P. C. : L’ascenseur est impacté par tout ce qui concerne l’accessibilité et l’incendie. Sur ce point, la gaine d’ascenseur constitue une cheminée entre les étages. En particulier dans les immeubles de grande hauteur (IGH) et les établissements recevant du public (ERP), la démarche consiste à retarder la propagation du feu au moyen de portes palières de résistance au feu définie, à positionner les installations dans le noyau central avec un principe de compartimentage, à prévoir une ventilation et un désenfumage des gaines et locaux techniques, ainsi que des séquences de fonctionnement adaptées. Pour l’accessibilité, sont prises en compte les caractéristiques de l’ascenseur en termes de dimensions, passage libre de porte, précision d’arrêt, positionnement des commandes et signalisation. La déficience visuelle et auditive, voire cognitive, est résolue par des équipements et dispositions normalisés (dimensionnement, effets de contrastes, gravures en relief, acquittement visuel et auditif). Si l’ascenseur joue un rôle, il n’est qu’un maillon de la chaîne ! D’autres textes spécifiques précisent comment améliorer l’accessibilité sur tout l’environnement du bâtiment.

CTB : En termes de technologies, quelles sont les tendances ?

J-P. C. : Les progrès sont sous-tendus par les possibilités de la réglementation. Historiquement, la plupart des ascenseurs étaient électriques et à contrepoids. Dans les années 80, des solutions hydrauliques plus compactes ont été mises au point pour répondre aux besoins des immeubles de peu de niveaux (accessibilité, fortes charges, etc.), donc avec des ascenseurs à vitesse limitée. Mais leur puissance installée plus importante offre un moindre intérêt à l’heure actuelle, avec la fabrication d’ascenseurs électriques compacts, sans local de machine. En effet, les treuils ont été remplacés par des technologies ­Gearless sans réducteur et sans huile, donc plus compactes et plus propres, et des armoires avec électronique et microprocesseurs requérant moins d’accès, puisque la maintenance et les dépannages s’effectuent via des outils de diagnostic. De l’ordre de 1 m/s dans les immeubles d’habitation, la vitesse nominale des appareils atteint 1,60 m au-delà d’une dizaine de niveaux et jusqu’à 7 m/s voire plus dans les IGH. Ici, l’intelligence du trafic passe par des batteries d’ascenseurs, un bâtiment découpé en tronçons, de la gestion informatisée et plus sophistiquée de destination, des analyses de trafic paramétrables ou auto-adaptables, des affectations de zones ou de tranches horaires, etc. L’installation de télésurveillance et de téléalarme, en liaison bi-directionnelle avec un centre d’appels 24 h/24 h, permet de communiquer, de rassurer, et de gagner en disponibilité et en rapidité pour le dépannage. L’ascenseur peut aussi jouer un rôle dans le contrôle d’accès, moyennant des technologies de contact à clés, de codes ou de badges intégrées dans le système de commande de l’ascenseur. D’où une autre problématique contradictoire : une sécurisation plus élaborée et la nécessité pour les techniciens d’accéder au quotidien à l’ascenseur pour les opérations d’urgence !

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