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Un déficit d’équipement et de maintenance

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Un déficit d’équipement et de maintenance

© (Doc. Oqai.)

Les salles de classe dans leur grande majorité ne sont pas équipées de systèmes de renouvellement d’air. Pourtant, les pollutions sont potentiellement nombreuses. La première étant le CO2 généré par les élèves eux-mêmes. État des lieux.

La qualité de l’air intérieur est une préoccupation récente dans les établissements scolaires. L’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (Oqai), créé en 2001 et qui s’intéresse de près au sujet, a dressé un état des lieux peu reluisant du renouvellement de l’air dans les classes.

Ainsi, « 85 % des écoles maternelles et primaires sont équipées de ventilation naturelle ou sont aérées par ouverture des fenêtres ». En comparaison, 49 % des crèches, bâtiments de construction plus récente disposent de VMC. « L’aération des salles de classes des établissements scolaires repose pour la majorité sur l’ouverture des fenêtres, constate Corinne Mandin, responsable de la division Expologie (science des expositions, NDLR) de l’Oqai. Au quotidien, beaucoup d’enseignants n’en ressentent pas le besoin. Dans les collèges et les lycées, c’est pire, car il n’y a pas d’appropriation de la classe, puisque les élèves et les professeurs changent de lieu régulièrement. » Une étude de cas du Cstb a pu constater que l’indice de confinement, basé sur une mesure de la concentration en CO2, y était notablement plus élevé (cf. schéma).

Un bilan aux causes multiples

L’ancienneté du parc des bâtiments scolaires est une des causes du confinement. L’Oqai note, d’ailleurs, que les crèches, construites plus récemment, sont mieux pourvues.
Autre cause : les débits réglementaires de renouvellement d’air, établis dans l’article 64.1 du Règlement sanitaire départemental type (RSDT) n’ont pas bougé depuis trente ans, à l’égal de la réglementation Ventilation pour le logement. En parallèle, se sont succédé quelque quatre Réglementations thermiques. Avec la RT 2012 et son test d’étanchéité à l’air, le renouvellement d’air devient un problème majeur.
Anne-Marie Bernard, ingénieur spécialiste en aéraulique (bureau d’études Allie’Air) note que « le débit de renouvellement d’air de 15 m3/h et par enfant (RSDT) dans les écoles et collèges est reconnu au niveau international comme particulièrement bas. On a même parfois le droit à des réflexions désagréables de nos collègues étrangers… ».
Corollaire à cette réglementation défaillante, les décideurs institutionnels sont très peu sensibilisés au sujet. « Leur manque de connaissance des systèmes est patent, souligne Anne-Marie Bernard. Les maires sont prêts à investir pour la santé des enfants, mais ils ignorent tout du problème et, encore plus, des systèmes. » Les personnels techniques ne semblent guère plus aguerris. « Sur le terrain, on constate qu’il y a beaucoup de problèmes avec des installations existantes qui ne sont pas entretenues, confirme Pierre Barles, ingénieur conseil en aéraulique (société PBC). Le Code du travail impose le changement des filtres, mais dans les faits, personne n’y pense. »

Des sources diverses et variées de pollution intérieure

Si elles ne constituent pas le seul type de local dans un établissement scolaire, les salles de classe en sont les plus sensibles du point de vue de la qualité de l’air. La densité du mobilier, les outils (colles, peintures), ou encore le nettoyage quotidien des salles favorisent la pollution de l’air et son inhalation par les élèves. Notez que leur présence nombreuse et prolongée constitue en elle-même une source majeure de pollution (CO2, vapeur d’eau et au- tres charges microbiennes), inévitable celle-là.
Pour le CO2, la limite de concentration couramment admise est de 1 000 ppm. Au-delà, commence la perte d’attention et à des taux élevés, le CO2 peut générer migraines, sensations d’étouffements ou nausées. Des symptômes qui donnent alors envie de « prendre l’air ». Or, un taux de 5 000 ppm dans une classe non-ventilée n’a rien d’exceptionnel.
Autre critère : l’humidité. Un air trop sec agresse les muqueuses, un air trop humide amène des moisissures. L’humidité de l’air doit, elle, se situer entre 30 et 70 %.
Ensuite, quoique non-spécifique aux salles de classe, les matériaux utilisés pour la construction du bâtiment peuvent être des sources de pollution en Composés organiques volatils (COV), dont le formaldéhyde et le benzène, tous deux cancérogènes avérés et semi-volatils (COSV), dont les phtalates, utilisés comme plastifiants, et reconnus comme perturbateurs du système hormonal. Citons quelques produits à risque : revêtements de sol et de mur, isolants, peintures, vernis, joints, bois agglomérés, moquettes.
L’étiquetage relatif à l’émission de COV des produits de construction, des revêtements de mur ou de sol, des peintures et des vernis sera obligatoire pour tous les produits au 1er septembre 2013 (décret n° 2011-321 du 23 mars 2011), mais reste déclaratif.
Enfin, le mobilier, les consommables utilisés par les élèves (colles, peintures) et le nettoyage quotidien des salles amènent eux aussi leurs lots de polluants : essentiellement des COV.
Aussi, en écho à une préoccupation grandissante, la loi Grenelle 2 a imposé un suivi (modeste) de la concentration de deux COV (formaldéhyde et benzène) et du CO2 (cf. encadré page ci-contre).

COV et CO2 sous contrôle

Pour les concepteurs, la prise en compte de la qualité de l’air passe par deux actions : choisir des matériaux et du mobilier peu émissifs en COV, maîtriser le renouvellement d’air. « On ne peut pas considérer l’ouverture des fenêtres comme une solution, insiste Alain Ginestet, chargé d’études au Cetiat (Centre technique des industries aérauliques et thermiques). Elle pose, entre autres, des problèmes de bruit, de sécurité, de pollution externe et on ne contrôle en rien le renouvellement. Il n’y a qu’une ventilation mécanique qui puisse faire le travail. »
En neuf, l’installation de ventilation double flux apparaît comme la solution la plus pertinente pour assurer les débits nécessaires, sans inconfort et sans pertes énergétiques.
En rénovation, deux produits ont été mis en avant par le groupe de travail Ecol’Air qui a travaillé spécifiquement sur le sujet : le Salubra d’Anjos et le ScolAir d’Helios. Ces systèmes sont des ventilations doubles flux ponctuels (ou monozone) et peuvent donc s’installer dans une salle sans nécessité de raccordement à un réseau centralisé.
En neuf comme en rénovation, il restera à bien entretenir ces systèmes mécaniques, gage d’une efficacité prolongée.

N°322

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