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Un « coffre à bébés » qui défie le temps

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Un « coffre à bébés » qui défie le temps

Ouverte voilà 22 ans, la crèche parisienne de Christian Hauvette surprend encore par son radicalisme tout en satisfaisant aux besoins du personnel qui y travaille. Deux points noirs subsistent, toutefois, du fait de sa conception : une mauvaise répartition du chauffage et le nettoyage des multiples recoins de façade.

1 PROGRAMME Un « sas » entre deux mondes

Côté rue, orienté au sud, c’est un bouclier de béton. Côté jardin, au nord, c’est une façade vitrée ouverte au monde. Une audace architecturale qui, dès la construction de cette crèche parisienne en 1990, interpelle les habitants du quartier, rue Saint-Maur (x e arrond.).
L’idée de Christian Hauvette est d’apporter aux enfants une protection vis-à-vis du monde extérieur, avec un haut niveau de confort intérieur. La façade courbe en béton brut, percée de « lanières lumineuses » oblongues, de perforations triangulaires et d’une trouée de fenêtres, fait le lien avec les deux mitoyens de la rue, sans les toucher. Cette forme rattrape la différence d’alignement de la rue. Le béton est brut, gris. Il garde ses trous de décoffrage comme élément décoratif. Même la porte d’entrée coulissante est défensive. Aux plus imaginatifs, l’ensemble suggère une armure ou un coffre-fort, « un coffre à bébés » disent-ils. Aux autres, cela fait penser aux rondeurs féminines, à la protection du ventre de la mère.
Cette peau est structurellement séparée du bâti de la crèche. C’est un « sas » entre deux mondes qui abrite les escaliers intérieurs et quelques salles humides. À l’arrière, le bâtiment s’ouvre sur les espaces intérieurs répartis en cinq niveaux. Le contraste est saisissant. Ici, règne la transparence dès le rez-de-chaussée avec le bureau de la directrice et une grande salle de récréation, ouverts sur un grand jardin aménagé. À l’origine, le premier niveau abritait un appartement de fonction, avec un mini-vestiaire, un local d’archives, une zone de stockage, une lingerie et une petite salle pour le personnel.
Dans les étages réservés aux enfants, les trois plateaux sont identiques. Toutes les sections d’âges sont mélangées et un « poste de change » central sert de point de ralliement. L’été, une extension est ouverte sur le balcon, avec un garde-fou vitré à l’oblique en surplomb direct sur le jardin. Dernière particularité, les plafonds ont tous une forme convexe voulue par l’architecte. Les poutres horizontales sont doublées, celle du bas étant courbe, ce qui bombe le plafond, comme dans un bateau ancien.

2 ÉTAT DES LIEUX Restructurée sur deux niveaux en 2005

Vingt-deux ans après son inauguration, la crèche est toujours en activité. À l’usage, les occupants en sont très satisfaits. D’autant qu’une restructuration intérieure a été réalisée en 2005.
Les plans d’origine n’étaient pas pratiques, et il manquait des surfaces aux équipements collectifs. La cuisine d’origine, par exemple, confinée dans 12 m² peu lumineux au rez-de-chaussée, était peu pratique pour préparer les repas sur place, comme le font les agents techniques de la petite enfance de la Mairie de Paris.
Conduits par Christian Hauvette, les travaux ont remodelé les deux premiers niveaux. Au premier étage, l’appartement de fonction est supprimé et les espaces recomposés. C’est possible grâce à la structure faite de huit poteaux à base cylindrique, sans murs porteurs intérieurs.
Plusieurs nouveaux espaces sont créés. Une grande cuisine d’une quarantaine de mètres carrés d’abord, en forme de U qui respecte la règle de la « marche en avant », pratique pour séparer les zones de préparation, de froid, de chaud et de vaisselle. Une vraie réserve ensuite, ainsi qu’un local sec qui sert de ludothèque pour stocker les jeux. La lingerie, les locaux du personnel, le vestiaire, enfin, sont agrandis et une salle de douche est créée. À l’occasion, tout le réseau d’alimentation en eau d’origine, en acier galvanisé, est changé pour des canalisations en cuivre. Ce métal est préféré aux nouveaux raccords en PVC pour ses propriétés antibactériennes.

Une impression de « courants d’air »

Les éléments du plafond chauffant électrique, dont plusieurs sont tombés en panne rapidement, sont remplacés pour un équipement de meilleure qualité. Mais c’est insuffisant. L’isolation des vitres n’est pas assez performante et la répartition de la chaleur est inégale, puisque la paroi de verre représente une grande surface froide et déperditive. Dans ces conditions, il est difficile de maintenir une vingtaine de degrés de façon homogène, ce qui donne l’impression aux puéricultrices d’être souvent « dans des courants d’air frais ». Des différences de température sont aussi sensibles selon les étages. Sans qu’on explique pourquoi, il fait plus chaud au quatrième et au troisième, plus froid au second. Le premier niveau étant équipé de convecteurs, la force du chauffage y est réglée selon les besoins exacts des utilisateurs.
Dans l’opération, l’éclairage par tubes néon direct commandé par un va-et-vient dans chaque salle a été modifié. Désormais, ce sont des éléments indirects qui procurent une lumière plus douce. Surtout, ils sont commandés par zones depuis un variateur qui assure une mise au point adaptée à la demande.
Enfin, les meubles d’origine, créés à l’époque par l’architecte, ne correspondaient plus aux besoins des puéricultrices, ni aux normes des crèches de la Ville de Paris. Trop lourds, volumineux, leur manipulation était difficile. Ils sont remplacés par un mobilier plus adapté. De même, l’espace jeux d’origine en forme de bateau, installé dans la grande salle du rez-de-chaussée, a été démonté et remplacé par des structures ludiques, plus légères et plus souples.

3 BILAN Des recoins souvent inaccessibles

« Dans ce bâtiment, le parti pris architectural n’a pas pris le dessus sur l’usage », observe Daniel Verrecchia. À ses yeux, Christian Hauvette a signé un bon compromis, car le bâtiment est très agréable à vivre. Et la directrice de la crèche de se rappeler : « Pendant la restructuration, il est souvent venu s’informer sur nos besoins et proposer des solutions très pratiques. Et a pensé à des détails utiles, comme l’installation de miroirs de grande taille ou de nouveaux espaces de rangement ». Le résultat est là : les nouveaux locaux sont bien agencés, leur usage est apprécié du personnel, des parents et des enfants. Même si la plupart critiquent l’aspect extérieur du bâtiment sur rue.
Cette façade béton, dont l’inconvénient majeur est aussi son nombre important de formes, découpes et recoins inaccessibles. « Ce sont autant d’espaces qui attirent la poussière, les particules et la suie urbaine dégagée par la circulation automobile », confirme Emmanuel Romand, ingénieur des services techniques de la Mairie de Paris. La saleté s’accumule aussi sur les vitres de la courette sur rue - la plupart sont fixes - inatteignables de l’extérieur sans équipement spécial. Impossible d’aller nettoyer partout, sauf en recourant à des cordistes, dont l’intervention reste trop coûteuse.
A contrario, le béton vieillit bien mieux qu’une façade en pierre de taille, généralement rapidement attaquée par la pollution. Mieux encore, la façade attire les touristes et les étudiants en architecture ; des livres en japonais, en américain et en français lui sont consacrés.
Enfin, et ce n’est pas seulement une anecdote, la crèche n’a jamais été cambriolée. Les voleurs seraient-ils découragés par cet aspect de bâtiment sécurisé, « comme une antenne des renseignements généraux ou un parking », concède avec humour un parent ?

vous lisez un article des Cahiers Techniques du Bâtiment N°321

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