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Un béton d’argile naturel aux propriétés remarquables

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Reconnu pour ses qualités thermiques, hygrothermiques et environnementales, le pisé offre une alternative intéressante aux maçonneries plus classiques. Les diverses évolutions et modernisations qu’il a connues récemment en font un procédé constructif pertinent et adapté aux nouveaux enjeux de la construction.

Le pisé est une des multiples techniques de construction en terre crue existant dans le monde. Apparu autour du bassin méditerranéen il y a 3 000 ans, puis en France au viie siècle, il a été supplanté au Moyen Âge par le torchis sur lattis et pans de bois, technique plus économique et rapide à mettre en œuvre.

Il attendra le xviiie siècle pour renaître en France, sous l’impulsion de l’architecte François Cointeraux (1740-1830). Ce dernier voulut relancer le pisé pour les qualités incontestables que présentait le matériau. D’une part pour son incombustibilité – une solution idéale pour enrayer les incendies dévastateurs de l’époque – d’autre part, pour son inertie thermique et sa faculté à réguler l’humidité, garantissant un confort intérieur été comme hiver. Ses travaux, ainsi qu’une trentaine de ses ouvrages, traduits et diffusés dans le monde, ont alors assuré la promotion du pisé en Europe, en Australie et aux États-Unis.

Technique constructive répandue en France

François Cointeraux définissait la technique ainsi : « Le pisé est un procédé d’après lequel on construit les maisons avec de la terre, sans la soutenir par aucune pièce de bois, et sans la mélanger de paille, ni de bourre. Il consiste à battre, lit par lit, entre des planches, à l’épaisseur des murs ordinaires, de la terre préparée à cet effet. Ainsi battue, elle se lie, prend de la consistance et forme un mélange homogène qui peut être élevé à toutes les hauteurs données pour les habitations ». Aux xviiie et xixe siècles, la construction en pisé s’est répandue en France, notamment dans la région Rhône-Alpes – la composition de la terre se prêtant à sa réalisation – où elle est devenue la technique dominante, marquant fortement le paysage. Aujourd’hui encore, 40 % du patrimoine rural de la région est construit en pisé et la proportion atteint 90 % dans le Nord-Isère.

Concurrencée par le béton et les techniques de construction industrialisées au début du xxe siècle, le pisé a disparu au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. C’est dans les années 80 que la terre crue en construction fait de nouveau parler d’elle, grâce notamment au travail de Craterre, association d’architectes, ingénieurs et ethnologues militant pour la sauvegarde du patrimoine, autant que pour la reconnaissance et le renouveau de ce savoir-faire aux multiples qualités. Dans la région Rhône-Alpes, les sols, constitués de dépôts d’origine glaciaire, affichent une gamme étendue de grains de tailles diverses, de la particule d’argile aux grosses pierres. Cette terre graveleuse convient parfaitement au pisé, qui est mis en œuvre en forte épaisseur dans de grands coffrages, et pour lequel elle passe quasi directement de l’état de sol à l’état de mur… Elle n’est, en revanche, pas appropriée aux techniques où le matériau est mis en forme à la main (adobe, bauge, torchis) ou dans de petits moules.

Un matériau inépuisable et prêt à l’emploi

Le pisé présente une proportion équilibrée des cinq types de grains constituant la terre (voir encadré). Composée de cailloux (jusqu’à 10 cm), graviers, sables, silts et argiles, c’est la seule technique qui autorise l’utilisation de terres contenant des cailloux et gros graviers. Une fois extraite de la sous-couche du sol, la terre à pisé se met en œuvre dans son état hydrique naturel (état « humide »). Il est simplement nécessaire d’ôter les très gros cailloux et de la triturer avant de la mettre en œuvre. Les proportions équilibrées des composants de la terre à pisé permettent un agencement granulaire optimal, les plus petits grains comblant les vides entre les plus gros. Cela produit un véritable béton naturel, dur et résistant, doté de suffisamment de gros grains pour que le matériau soit rigide et ne fissure pas, et de suffisamment d’argile pour bénéficier d’un maximum de cohésion.

L’argile, un ciment naturel

Le « béton », terme générique désignant un matériau constructif composé de granulats agglomérés par un liant, s’applique parfaitement au pisé, qui n’est en réalité rien d’autre qu’un « béton d’argile ». Les gros grains forment la structure (ou squelette), tandis que l’argile joue le rôle de liant entre les grains (à l’instar du ciment pour le béton). Des terres plus fines peuvent être utilisées pour le pisé à condition de ne pas contenir trop d’argile, qui, en se gonflant et se rétractant, peut provoquer des fissures dans les murs.

Désagrégée et friable, la terre à pisé est humide au toucher, mais ne peut être façonnée à la main par manque de plasticité. Un test de chantier pratiqué pour estimer la teneur en eau et identifier l’état humide consiste à former une boule en comprimant fortement la terre, puis à la lâcher à un mètre de hauteur sur le sol. Si la boule se brise en trois ou quatre morceaux, elle possède la teneur en humidité adéquate pour fabriquer du pisé, si elle s’éparpille complètement, elle est trop sèche et si elle reste agglomérée en un seul[…]

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