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Un appartement de vacances dans un meuble en bois

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Un appartement de vacances dans un meuble en bois

Pour réaménager ce petit appartement des Menuires sans modifier ses réseaux techniques, ni sa structure porteuse, les architectes ont inversé la perspective en « faisant entrer » le logement dans un meuble-paroi multifonction. Un projet original et esthétique.

L’agence h2o Architectes installée à Paris a été sollicitée par les propriétaires pour réaménager un appartement de 55 m 2 situé dans la station de sports d’hiver Les Ménuires, en Savoie (73).

Installé au cinquième étage en extrémité d’un immeuble construit dans les années 1965, le logement bénéficie d’une triple orientation sur les pistes de ski et les montagnes, inexploitée par l’organisation d’origine, très cloisonnée, fonctionnelle mais plus au goût du jour.
« La demande singulière visait à résoudre l’impossible : augmenter la surface d’une pièce à vivre sans toucher aux éléments porteurs, ni au réseau d’alimentation de chauffage collectif, proposer deux salles d’eau à la place de l’unique existante, conserver le nombre de couchages, soit huit lits sur 55 m 2 , tout en préservant au maximum des circulations distinctes pour chacun », explique Antoine Santiard, l’un des architectes de l’agence, associé avec Charlotte et Jean-Jaques Hubert.
Les propriétaires souhaitaient également maximiser l’effet panoramique des grandes baies vitrées qui filent tout autour du logement. Ils devaient aussi répondre à un cahier des charges très détaillé, qui entre dans le cadre d’une Opération de réhabilitation de l’immobilier de loisirs (Oril). Mise en place depuis 2003 sur l’ensemble de la vallée savoyarde de Belleville, elle permet aux propriétaires louant leur bien meublé de bénéficier de subventions pour les travaux de rénovation, par le biais d’un contrat de partenariat avec la SEM Rénov’. Les aides sont financées par la mairie de Saint-Martin-de-Belleville et deux sociétés de remontées mécaniques (Sevabel et Setam). Objectif : remettre les hébergements proposés à la location aux normes de confort et de sécurité, en leur apportant un aspect esthétique conforme aux demandes de la clientèle.

Un meuble paroi qui traverse l’espace

Les contraintes de ce projet sont d’autant plus complexes que l’appartement carré est « coupé » en deux par un mur de refend, impossible à abattre. « Pour maximiser l’espace réduit, nous avons décidé d’inverser la perspective et de ne pas essayer de faire rentrer les meubles dans l’appartement, mais plutôt l’appartement dans un vaste et même meuble qui accueille toutes les contraintes ! Aussi rocambolesque que ce point de vue puisse paraître, il a levé instantanément tous les blocages qui se manifestaient à la vue de l’aménagement d’un petit espace », racontent les architectes.
C’est ainsi qu’est née l’idée d’une large courbe traversant la totalité de l’appartement. Elle permet de réunir l’ensemble des fonctions, de dégager une grande pièce à vivre et de l’orienter vers la vue panoramique sur les montagnes. À l’arrière de cette courbe sont logés tous les couchages, les rangements et les salles d’eau.
Cet aménagement au dessin hors du commun se présente sous forme de modules complets de 2,30 m de haut, de largeurs et profondeurs variables selon leur emplacement et parfaitement jointifs. L’agence h2o a confié la réalisation à l’Atelier de menuiserie Quinard, installé à Jouars-Pontchartrain dans les Yvelines.
Assemblés entre eux par collage et vissage, les caissons structurent l’espace, composant d’un même bloc les pièces et le mobilier. Ils sont constitués d’une ossature principale en sapin massif et médium de 22 mm d’épaisseur, habillée par un contreplaqué de noyer américain pour la paroi cintrée (faces vues de l’extérieur), et de contreplaqué de bouleau lumineux pour les zones intérieures, tous deux de 12 à 16 mm d’épaisseur. « On voulait cette lecture plus claire de la matière creusée, précise Antoine Santiard. Ce meuble-paroi intègre dans son épaisseur une diversité d’usages du quotidien imbriqués les uns dans les autres. Des assises sont accolées à des rangements, des couchages se superposent, un coin lecture se greffe à une fenêtre intérieure, la cuisine s’adosse à une salle d’eau. C’est désormais le meuble lui-même qui fabrique l’espace », conclut l’architecte, dont le cabinet a réalisé un important travail de modélisation en 3D pour optimiser les sous-espaces et imbriquer les fonctions.

Un appartement reproduit à l’échelle 1 dans l’atelier

« L’aménagement apparaissant comme un objet un peu sculpté, il fallait que tout soit géré très précisément, les épaisseurs, les montants… On voulait que cela reste abstrait, sans lisibilité de poteaux, ni de plancher. C’est une espèce de gros gruyère… », souligne Antoine Santiard. Un relevé très précis des surfaces a été effectué par l’agence et par les menuisiers.
« On a reproduit l’appartement à l’échelle 1 dans l’atelier. Puis on l’a conçu par modules finis, en tenant compte des contraintes techniques pour le transport », indique l’architecte, dont la société s’est également chargée de coordonner les différents intervenants sur site (plombier, électricien, peintre et carreleur). Le chantier qui s‘est déroulé sur deux années, dépassant les délais prévus, devait obéir à des règles spécifiques en terme de temps : « Nous n’avions pas le droit de faire des travaux lourds et bruyants durant les périodes d’ouverture de la station. Restait donc une fenêtre de deux mois par an pour intervenir dans l’appartement, durant laquelle tous les commerces étaient fermés ! », souligne l’architecte.
Pour le menuisier Vincent Quinard, c’est également la distance (400 km) qui s’est avérée la principale difficulté, notamment pour gérer les équipes choisies in situ - « un choix regrettable », reconnaît-il. « Malgré un relevé précis effectué sur place quelques mois auparavant, on a toujours un doute sur la bonne dimension, la justesse des cotes… Comme on a tout construit dans l’atelier et qu’il était très dur de retoucher sur site, nous n’avions pas le droit à l’erreur. Chaque jonction de module devait être assemblée parfaitement, car exceptée la partie courbée, nous étions sur un produit fini. Mais c’est un challenge très motivant. » Et réussi.

N°326

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