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Un agent passif protégeant activement du feu

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Un agent passif protégeant activement du feu

Projeté ou en plaques, le plâtre protège les bâtiments contre le démarrage et la propagation du feu. Il est à même de répondre à toutes les exigences de la ­réglementation incendie applicable à chacun d’entre eux.

Depuis des millénaires, le plâtre a été utilisé pour prémunir les habitations du feu. En France et dès 1607, sous le règne d’Henri iv, son usage a été rendu obligatoire pour protéger du feu les maisons à pans de bois de la capitale. Une borne historique de la rue François Miron, à deux pas de l’hôtel de ville de ­Paris, en atteste. Au nombre de ses ­qualités, le plâtre présente en effet celle d’être incombustible. Au contact du feu, il ne dégage que de la vapeur d’eau et il est capable d’absorber une partie importante des calories dégagées par les flammes, retardant ainsi l’élévation de température. Lors d’un incendie, cette eau s’évapore peu à peu, tout en protégeant la ­paroi. Durant toute la déshydratation du plâtre, la température de celle-ci sera stabilisée autour de 100°C. Les plâtres traditionnels de construction sont classés A1 dans le cadre des euroclasses (voir encadré). Dans la protection de cloisons enduites, le niveau de protection dépend de l’épaisseur du plâtre et de la nature du support. Par exemple, sur une brique de 10 cm, le CF est de 3 h avec 1,5 cm de plâtre de construction sur une face et passe à 4 h si cette enduction est faite sur les 2 faces. Autre exemple : une cloison séparative composée de 1 cm de plâtre, d’une brique de 8 cm, de 45 mm de laine minérale, de 8 cm de brique et de 1 cm de plâtre, le coupe-feu CF est de 6 h…

Plâtre à projeter et protection après désamiantage

Afin de faciliter la mise en œuvre du plâtre en protection incendie, les deux fabricants français de ces produits en poudre, BPB Placo et Lafarge Plâtres, ont développé ces dernières années des plâtres techniques projetables à la machine soit sur treillis métallique, (type Nergalto) soit directement sur le support. Ces produits, qui font partie des produits dits pâteux et ont l’avantage de ne pas contenir de fibres, s’adaptent à tous les types de locaux et épousent toutes les formes architecturales y compris celles de recoins difficilement accessibles. Sur une dalle en béton, une équipe de 2 hommes peut aisément recouvrir une surface de 350 à 400 m2 en une journée. L’application doit être réalisée en une seule couche ou éventuellement, pour les fortes épaisseurs, en deux consécutives, à une dizaine de minutes d’intervalle au maximum. Ils sont capables de répondre à toutes les exigences de la réglementation de protection incendie et d’obtenir des degrés de classement coupe-feu ou de stabilité au feu allant jusqu’à 4 h. Ils peuvent être laissés brut de projection ou faire l’objet d’une finition coupée ou dressée, voire lissée. Certains d’entre eux (les Lutèce feu, de couleur coquille, par exemple) peuvent être colorés par pulvérisation d’une fine couche d’un produit proposé en 8 coloris. Ces plâtres sont recommandés pour tous les bâtiments exigeant une haute protection incendie tels que les IGH ou les ERP, et sont régulièrement prescrits pour remplacer les flocages à l’amiante, comme à la faculté de Jussieu, après désamiantage. Ils sont mis en œuvre après utilisation de surfactant de type acrylique fixant les dernières fibres d’amiante restant sur le support : structures en acier, béton ou planchers béton à bac acier. Faisant le plus souvent l’objet de procès-verbaux du Cticm, ces plâtres techniques sont projetés conformément aux prescriptions de la norme NF P 15.2031 (DTU 27.2). Récent et s’ajoutant à la gamme Lutèce de BPB Placo, le Lutèce feu 400 ­associe les qualités naturelles du plâtre et celles de la vermiculite. À sa très haute isolation en protection incendie, s’ajoutent des performances thermiques et acoustiques intéressantes. Son poids réduit – densité sèche de 400 kg/m3 – le rend particulièrement compétitif pour l’isolation des charpentes métalliques. Lafarge Plâtres a également développé des plâtres à projeter, pour assurer la protection au feu des structures métalliques porteuses et des ouvrages en béton armé. Pour assurer une stabilité au feu de 1 à 6 h, le PF 600 s’applique en projection directe (sans l’intermédiaire de treillis métallique) en épaisseur de 10 à 23 mm. Permettant d’obtenir un parement lissé, le PF 200, appliqué en projection de 10 à 35 mm d’épaisseur, permet une stabilité au feu de 1 à 3 h. Ces deux fournisseurs proposent des outils permettant de déterminer l’épaisseur de plâtre à projeter en fonction de la nature du support et du degré de protection incendie exigé. Ces outils d’aide sont conçus pour les structures métalliques et pour les ouvrages béton (voir le chapitre 7 des règles de calcul DTU feu-béton).

Des plaques techniques M0 aux systèmes complets

Si Knauf est absent des produits en poudre, il est, en revanche, bien présent dans celui des plaques. Comme ses deux concurrents, il a développé des plaques M0 qui suivant leur épaisseur, leur nombre, leur type de montage peuvent assurer les niveaux de protection requis par la réglementation. Outre sa plaque M0, il propose la Fireboard spécial M0, une plaque armée dans la masse de fibres de verre et parementée par un voile en fibres de verre, à très haute résistance au feu et dont les principales applications vont aux cloisons, plafonds, habillages de poutres et poteaux métalliques, conduits de désenfumage et amenées d’air, protection des chemins de câbles. Dans une technologie proche, la plaque Pregyfeu M0 de Lafarge Plâtres contient un cœur en plâtre compris entre 2 parements en voile de verre enduit. De son côté, BPB Placo propose des plaques techniques de résistance au feu M0, telles que Lisaplac M0, Lisaflam et Stucal M0. ­Elles sont toutes le plus souvent vissées sur des agrafes spéciales pour les habillages de poteaux et poutres, sur les ossatures métalliques pour les habillages et les encloisonnements de poteaux. L’épaisseur de protection à mettre en œuvre dépend du type de plaque utilisé, du facteur de massivité des fers pour les structures acier ainsi que de la température de ruine de la structure. On peut noter certains systèmes existants :

– chez BPB Placo : des solutions pour la protection par plaques des structures acier, la réalisation de conduits/gaines de ventilation et de désenfumage ­horizontaux ;

– chez Lafarge Plâtres : des systèmes de conduits horizontaux et verticaux pour le désenfumage et la ventilation et des encoffrements de protection au feu des structures métalliques porteuses (poteaux et poutres) ;

– chez Knauf : des gaines techniques d’habitation, des gaines d’ERP, des conduits de désenfumage horizontaux simple peau, d’amenée d’air simple peau, des systèmes de protection ­poteaux poutres par agrafage et/ou clipsage, et des protections de chemins de câbles électriques. Pour terminer cette revue des solutions actuelles disponibles, on notera aussi que les deux fabricants français de plâtre en poudre proposent chacun des protections au feu des conduits verticaux mettant en œuvre des carreaux de plâtre.

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