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Triplex environnemental fortement domotisé

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Triplex environnemental fortement domotisé

Créée par le plasticien Tony Selgi, une bouche émerge du mur et devrait faire office d’aquarium. Dans son prolongement, un bar en métal au-dessus duquel le spa transparent permet d’apercevoir l’« Origine du monde », un montage photographique réalisé par Lionel Bret. Niché sur le haut du versant sud de la Butte Montmartre, le triplex bénéficie d’une vue panoramique exceptionnelle sur la capitale de 180° sur trois étages côté sud et de 360° sur la terrasse. Le dernier étage accueille la « chambre royale » avec sa cheminée en métal et son vaste lit suspendus. Une simple cloison fait office de séparation avec la salle de bains équipée d’un spa. (Docs. J.-P. Lubliner.)

Situé en plein cœur d’un quartier historique parisien, ce triplex entièrement réhabilité associe écologie, technologie et art contemporain. Truffé d’innovations, le projet fait la part belle au verre et à l’acier.

« Je l’appelle la Formule 1 du bâtiment. C’est une espèce de laboratoire qui m’a permis de réaliser toutes mes folies ! » Ainsi s’exprime l’architecte et art concepteur Jean-Paul Lubliner, qui a conçu un luxueux triplex de 180 m 2 avec vue panoramique sur Paris, dans un ancien hôtel meublé situé sur la Butte-Montmartre (xviii e arrondissement).

Un bâtiment qu’il a acheté, réhabilité et dont il a revendu une partie pour financer son projet.
« Je voulais concevoir ma propre maison, puis créer une œuvre artistique qui me corresponde et intègre toutes les technologies pour la rendre la plus proche possible d’une démarche haute qualité environnementale », explique-t-il. Associé au lancement de Radio Nova en 1985, fondateur de la revue Sans Nom en 1992 devenue Citizen K, photographe et auteur (1) , J.-P. Lubliner a mené à bien ce nouveau challenge avec son cabinet parisien, l’Atelier 18 Architecture. Un projet hors normes, qui associe écologie, technologie et art contemporain.

Un volume « en lévitation » grâce à 30 m2 de baies vitrées

Baptisé « Starway to heaven » (« Escalier vers le paradis »), s’inspirant d’une célèbre chanson du groupe rock britannique Led Zeppelin, le triplex traversant nord/sud avec toit-terrasse est situé dans un immeuble 1900 de sept niveaux (R-2 à R 5). Les travaux ont concerné la surélévation d’un étage et la rénovation des R 3 et R 4. Après deux ans d’études et l’accord administratif des Bâtiments de France, le chantier a duré cinq ans au total - dont trois pour le seul logement. « Ce type de projet de réhabilitation est très compliqué à réaliser en plein cœur des Abbesses, à cause des grandes carrières de gypse en sous-sol », souligne l’architecte. Les nouvelles charges à reprendre (issues de la surélévation) ont ainsi nécessité le renforcement des fondations de l’immeuble par micropieux.
L’accès au triplex se fait directement par un ascenseur privé. Il s’ouvre au R 3 sur un « vestiaire à chaussures » à la décoration soignée : le mur est habillé d’un panneau de fines lamelles de bois collées, entre lesquelles sont insérées des fibres optiques (« Luminoso » de Litwork). L’étage de 55 m 2 accueille un salon avec cuisine ouverte et une petite chambre d’invité avec salle de bains. Le corian rouge ou blanc est omniprésent. Le volume semble flotter au-dessus de la ville, grâce à une verrière qui offre une vue panoramique à 180° sur la capitale, et s’élève sur les trois niveaux du logement. À chaque étage, les châssis coulissants en aluminium à rupture de pont thermique mesurent 2,50 m de haut et 4,50 m de large. Équipés de doubles vitrages à lame argon, ils « dissimulent » un garde-corps invisible en verre trempé feuilleté de 20 mm d’épaisseur (H. 1,02 m) ancré aux murs et au sol.

Des marches qui… donnent l’heure !

Au cœur de l’espace, le véritable maître des lieux, c’est l’« escalier du Temps » en hélice, imaginé par l’architecte. En verre et acier brossé verni, cette œuvre monumentale de 9 m de haut déroule son axe oblique « comme la tour de Pise » à travers les trois étages jusqu’au toit-terrasse. Elle forme la colonne vertébrale autour de laquelle s’articulent les différents espaces de vie. « C’est le premier escalier au monde qui est une horloge solaire contemporaine. Je voulais qu’il soit éclairé, totalement transparent et forme un cône de verre », souligne Jean-Paul Lubliner. Un véritable défi technique dont la scénographie lumineuse a donné du fil à retordre aux entreprises et exigé de multiples ajustements.
Transporté par grue à travers le toit, le fût renferme plus de 300 conducteurs électriques. Il repose sur une poutre béton qui soutient le plancher habillé de corian. « La grande difficulté a été de dessiner les trémies décalées - ce sont des ellipses - sans repères : sans l’escalier, qui n’avait jamais été fabriqué et qui part en diagonale, et sans le toit, pour arriver pile au niveau du skydôme… qui n’existait pas non plus ! », explique l’architecte.
Le squelette en acier a été réalisé par Terrainconnue (aujourd’hui Fusion Design), jeune société basée à Montpellier (34). « La construction des supports fut un enfer d’acier fusionnant et de délais rallongés, mais notre amitié se forgea d’autant que la structure s’élevait », raconte Lionel Bigiaoui, son dirigeant (2) .
L’escalier comprend 40 marches vissées sur des supports soudés à l’arbre central. Chacune est composée de trois dalles de verre trempé, collées (3 x 10 mm). Conçues à partir de gabarits en bois par les techniverriers de la Miroiterie moderne, à Levallois-Perret (92) et fabriquées par la société Macocco à Bagnolet (93), toutes les marches sont différentes (c’est également le cas des supports acier).
Sur la face en contact avec le pied du marcheur, des bandes de verre sablé dépoli antidérapantes permettent de diffuser une ligne lumineuse produite par une led, qui est collée sur la tranche du vitrage, côté axe. Cette lumière se déclenche sous le poids des pas grâce à des contacteurs de pression extraplats posés sur chaque support de marche. Le plus surprenant, c’est que l’escalier donne les minutes. Toutes les 4 minutes, une marche s’allume tandis que l’heure s’affiche dans la résine de sol du niveau bas et dessine un sillon lumineux dont l’axe pointe vers la Tour Eiffel. Alimenté par des capteurs photovoltaïques installés en toiture, ce système est piloté par un logiciel de programmation, tandis qu’un récepteur radiopiloté intégré... relaie aux marches le scintillement de la tour Eiffel (5 min/heure).

Des planchers partiellement vitrés

Au niveau supérieur (R 4), une dalle autoporteuse évite tout poteau. Conçu comme « un espace de réflexion pop-art », le large plateau traversant bénéficie d’un panorama exceptionnel sur le Sacré-Cœur côté nord, à travers une verrière mansardée (l. 7 x H. 5 m) ; de l’autre sur Paris, grâce la vaste baie vitrée qui s’étend en façade. Sur ce côté sud, une partie du sol et du plafond est vitrée pour permettre de multiples jeux de transparence et de lumière. Les planchers verre (4 x 1 m environ, ép. 30 mm) sont maintenus par une structure acier qui a été reliée aux éléments porteurs lors de la réhabilitation du bâti. « Cette transparence verticale crée une véritable cohésion et un dialogue entre les étages. Elle permet de se sentir en lévitation au-dessus de Paris, entre ciel et terre », souligne l’architecte. Le revêtement de sol est ici inspiré par les œuvres de Jackson Pollock, peintre expressionniste abstrait américain. « Je me suis fait accrocher en spermatozoïde comme dans le film de Woody Allen (3) et j’ai projeté des traces de peinture noire au sol », raconte Jean-Paul Lubliner. Une sorte de performance artistique qui s’est effectuée lors du coulage de la résine autolissante blanche.
Ce vaste salon peut se transformer en home-cinéma : les stores électriques en lin, à lamelles verticales, se ferment et un écran géant se déploie le long de la baie vitrée ; l’ensemble est pilotable par télécommande. Particulièrement soignée, la conception et la réalisation des enceintes viennent de la société Divatech, installée à Nanterre (92). Objectif : « Procurer la sensation intense d’être plongé dans une véritable salle de concerts », souligne le propriétaire.

La qualité de l’air : une priorité

« La qualité de l’air dans l’habitacle dépend de trois facteurs : la température, la vitesse de l’air et le taux d’humidité », explique son concepteur. Trois capteurs installés dans l’appartement calculent l’optimalisation de ces facteurs pour réguler en temps réel un système particulièrement bien pensé et efficace. Celui-ci associe un dispositif d’occultation des parois vitrées grâce aux stores pilotables par télécommande, une VMC double flux couplée à un puits canadien « le premier en urbain en copropriété », des plantes dépolluantes et des humidificateurs. À terme, le système de commande des stores devrait être alimenté par des panneaux photovoltaïques intégrés aux vitrages des garde-corps mis en place sur la toiture-terrasse. Une cuve de 3000 litres installée en sous-sol récupère l’eau de pluie qui est réinjectée dans les plantes grâce à des rigoles intérieures permettant d’humidifier l’air naturellement. Elle alimente également les toilettes.
Dans cette maison « biocommunicante », le système domotique (Legrand) est contrôlable à distance par Internet ou téléphone portable. « Le paramétrage des équipements électriques permet de multiplier et de modifier à l’infini les scenarii de programmation de l’éclairage, d’ouverture ou de fermeture des stores, de gestion audio et vidéo en fonction des modes de vie des occupants. Ceux-ci peuvent être commandés par des écrans de contrôle tactiles (Ipad, télécommande, grâce au réseau wi-fi) ou des interrupteurs », explique Jean-Paul Lubliner.
À noter qu’en cas de panne d’électricité, seul le dispositif lumineux de l’escalier du Temps continue à fonctionner ; l’ensemble de l’équipement domotique de la maison s’arrête…
« Avec un coût de l’opération de 3 000 3/m 2 incluant une démarche de haute qualité environnementale - contre environ 2 000 3/m 2 pour des travaux « classiques » - la valeur d’échange de l’appartement, acheté 6 000 3/m 2 en 2003, peut être estimé entre 25 000 et 30 000 3/m 2 , note le propriétaire. Ainsi, elle augmente au moins de 10 000 3/m 2 , pour un surcoût d’investissement relatif de l’ordre de 1 000 3/m 2 . Un indice de rentabilité relatif de l’ordre de 10 est remarquable. » Précisons que l’espace est actuellement proposé en location (www.starway-to-heaven.com).

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