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Travaux sur existant Réhabilitation : l’isolation acoustique des bruits venant de l’intérieur

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La réhabilitation d’un bâtiment est un tout. Il convient donc d’en étudier chaque aspect. Réhabiliter thermi­quement un bâtiment est une chance pour l’acoustique, à condition de respecter certains principes de base.

Nous avons vu, le mois précédent que l’augmentation de l’isolation thermique entraîne le plus souvent le renforcement de l’isolation acoustique vis-à-vis de l’extérieur. Et peut, de ce fait, faire apparaître des bruits intérieurs (bruits aériens, bruits de choc ou d’équipement), jusqu’alors masqués par les bruits extérieurs nouvellement éliminés. La gêne vis-à-vis des bruits inté-­rieurs risque d’être importante, car ils proviennent de plusieurs sources différentes : des occupants eux-mêmes et des équipements de chauffage ou de ventilation.

1. Parties communes : une isolation indispensable

En matière de réhabilitation thermique, il est quelquefois nécessaire d’augmenter les performances entre les appartements et les parties communes telles que les escaliers des immeubles. La solution consiste alors le plus souvent à mettre en œuvre des doublages thermiques de faible épaisseur. Or, ces doublages de faible épaisseur présentent l’inconvénient d’augmenter fortement les transmissions directes et latérales du bruit quand les isolants sont en mousse rigide (schéma 1). Si l’isolation rapportée correspond à un couloir ou à une entrée, l’incidence est minime. En revanche, lorsque la paroi renforcée thermiquement est mitoyenne de pièces principales, la diminution des performances acoustiques peut être préjudiciable. Dans ce cas, il est nécessaire de choisir des isolants en laine minérale ou en mousse élastifiée, dits « thermoacoustiques ». Ces isolants seront également employés pour isoler un appartement de garages sous-jacents.

Dans le collectif, les portes palières sont le plus souvent changées, afin d’améliorer la sécurité contre l’incendie et contre l’effraction. Ces portes améliorent également les performances thermiques, en assurant une étanchéité à l’air importante et l’isolation acoustique entre palier et appartements.

2. Ventilation mécanique : une limitation des bruits

Avant que la réhabilitation ne soit entreprise, la ventilation naturelle est le plus souvent assurée, au niveau de l’entrée d’air, par des grilles de ventilation basse dans les cuisines. Elles sont généralement bouchées par les occupants. Le manque d’étanchéité entre les ouvrants et les dormants assure un renouvellement d’air minimal.

Afin d’assurer le renouvellement d’air nécessaire et de diminuer les risques de condensation, la pose de fenêtres étanches demande le plus souvent d’étudier la mise en place d’une ventilation mécanique : thermiquement, cela va dans le sens des économies d’énergie mais, acoustiquement, cela risque d’apporter des nuisances sonores supplémentaires. Les autres bruits dus à l’installation peuvent provenir de différentes sources (schéma 2) :

– du ventilateur : ce sont les bruits transmis vers le voisinage par voie aérienne et ceux transmis dans les locaux, par l’intermédiaire de l’air dans les conduits, ou par les vibrations de la paroi sur laquelle est fixé le ventilateur ;

– de la circulation de l’air dans les conduits (frottement, turbulences aux changements de direction, etc.) ;

– du passage de l’air dans les bouches d’extraction ;

– de l’altération de l’isolement entre locaux : le bruit peut franchir la bouche du local d’émission, passer dans le conduit collectif puis dans la bouche du local de réception ; il peut également être transmis par les parois de la gaine ;

– de l’altération de l’isolement entre locaux, par l’intermédiaire des bouches raccordées au même réseau, notamment quand elles sont trop proches l’une de l’autre.

Tout part de la qualité acoustique du ventilateur qui doit être choisi en conséquence. Pour cela, il ne faut jamais les surdimensionner. Les ventilateurs sont caractérisés par leur niveau de puissance acoustique Lw, exprimé en dB(A) pour le niveau global pondéré ou en dB par bande de fréquences (octave ou tiers d’octave). Connaître le niveau de puissance acoustique par bande de fréquences, c’est-à-dire connaître le spectre du bruit produit par le ventilateur, permet de déterminer les moyens susceptibles de protéger le voisinage :

– pour les installations collectives des bâtiments d’habitation, limiter à 60 dB(A) au plus le niveau de puissance acoustique Lw du ventilateur au départ du conduit et limiter à 250 Pa la perte de charge totale (sauf dans les cas exceptionnels de double flux) ;

– éloigner le ventilateur des locaux sensibles au bruit et veiller à bien orienter les ouïes de refoulement ;

– poser le ventilateur sur un sol lourd en utilisant des plots antivibratiles ; pour les installations individuelles, suspendre le motoventilateur extracteur à la charpente par l’intermédiaire de suspensions élastiques ;

– relier les conduits au ventilateur, par l’intermédiaire de manchettes souples.

3. Chaudière : une source importante d’émissions

Lors d’une réhabilitation, il est fréquent de changer le producteur de chaleur pour diverses raisons. La plus fréquente concerne l’âge de la chaudière et l’arrivée en fin de vie de ses équipements associés tels que les pompes. Un changement de combustible est aussi de plus en plus fréquent. Mais la raison qui va progressivement s’imposer concerne la diminution de la puissance installée à la suite d’importants travaux d’isolation thermique. Théoriquement, la diminution de la puissance thermique entraîne la diminution du niveau sonore de la chaudière. Or, ce n’est pas toujours le cas. De plus, la diminution du niveau sonore dans une chaufferie n’est pas toujours ressentie comme telle par les occupants de l’immeuble. En effet, la nature spectrale du bruit ayant été modifiée, l’oreille, qui s’était habituée à l’ancien bruit, est attirée par la présence de ce nouveau bruit. De plus, un bruit jusqu’alors toléré n’est plus accepté après l’exécution de travaux de modernisation, même si son niveau sonore est bien inférieur au précédent.

Ces bruits sont de deux types (schéma 3) :

– les bruits transmis par voie aérienne, dits « bruits aériens », dont on se protège en choisissant les appareils les moins bruyants possibles (couple chaudière-brûleur, chaudière individuelle) et en prévoyant, entre la chaufferie et les pièces d’habitation, des parois séparatives ayant un indice d’affaiblissement acoustique suffisant ;

– les bruits transmis par voie solide, dits « bruits solidiens » : ce sont des vibrations qui peuvent être limitées en choisissant les appareils émettant le moins de vibrations possibles (chaudières, brûleurs, pompes, etc.) et en désolidarisant les appareils et les canalisations de la structure du bâtiment.

D’où l’importance du choix d’un émetteur peu bruyant, surtout en matière de chaudières individuelles. Leur niveau de puissance acoustique doit être au plus égal à 37 dB(A) dans les cuisines ouvertes sur le séjour et à 47 dB(A) dans les autres cas. Cela suppose, pour les cuisines ouvertes dans le séjour, de disposer les chaudières dans un placard.

Les chaudières individuelles sont fixées de préférence sur des parois lourdes ou, éventuellement, sur des cloisons légères, à condition, toutefois, de limiter la propagation des vibrations. Il est nécessaire alors de monter la chaudière sur des plots antivibratiles et de désolidariser les tuyauteries de leur support.

4. Pompes et brûleurs : quelques suggestions

Les chaudières collectives doivent être posées sur un massif en béton monté sur des plots antivibratiles, de telle sorte que la fréquence propre f0 de l’ensemble soit inférieure à 7 Hz. Ces plots peuvent être réalisés à base de caoutchouc, d’élastomère, de ressorts métalliques, etc. Des manchettes antivibratiles, se présentant souvent sous la forme d’un tube ondulé élastique entre deux brides de raccordement, sont posées sur les conduites de départ et de retour d’eau chaude et sur la canalisation d’arrivée du combustible. Un manchon antivibratile est également mis en place sur le carneau. Il faut, si possible, employer des brûleurs dont la vitesse de rotation ne dépasse pas 1 500 tours/min.

Les pompes et leur moteur sont montés sur des socles flottants en béton, désolidarisés du plancher support au moyen de plots antivibratiles ou de matériaux résilients dont la masse est égale à cinq fois au moins la masse totale des machines. Des manchettes anti-vibratiles sont posées en amont et en aval de la pompe. Les moteurs dont la vitesse de rotation est supérieure à 1 500 tours/min sont à éviter.

Enfin, le remplacement ou le déplacement des émetteurs de chaleur, rendus nécessaires en cas de doublage thermique des murs, ne doivent pas entraîner la dégradation de l’isolation entre logements par leur intermédiaire et par celui des canalisations. Les émetteurs de chaleur sont fixés, de préférence, sur des murs lourds. Des précautions similaires doivent être prises pour le choix des convecteurs qui pourraient produire des bruits causés par la dilatation. Le choix d’appareils portant un label NF ou bénéficiant d’une certification permet d’éviter ce risque.

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