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Toujours prévoir les imprévus

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Pour abriter le chantier des intempéries, le toit de l’immeuble est d’abord recouvert d’un chapiteau qui protège le bâti sur toute la partie haute. La technique est identique à celle employée pour la rénovation d’une toiture. Aussi les travaux peuvent-ils être réalisés à n’importe quelle saison.

© Doc. Malbrand architectures

Aussi précis et complet soit-il, le diagnostic préalable ne suffit pas. Lors du chantier, il faudra se montrer vigilant et s’attendre à effectuer des modifications, une fois les éléments de toiture enlevés. Retour d’expérience sur deux chantiers.

Très souvent, la surélévation est présentée comme un moyen économique de gagner des mètres carrés. Dans la pratique, ce n’est pas toujours vrai. Damien Malbrand, architecte spécialisé, en témoigne : « Il est compliqué de mener à bien des surélévations peu coûteuses, notamment à cause de la complexité et des incertitudes sur le chantier. Dès la phase de conception, de nombreuses inconnues entrent en compte, surtout en site occupé. D’un côté, il faut organiser le chantier, choisir les techniques et les matériaux adéquats. De l’autre, s’attendre à rencontrer de nombreux imprévus, davantage que dans le neuf. »

Témoins

Le diagnostic préalable (structure, matériaux, ingénierie) et le relevé des cotes ne lèvent en effet pas toutes les incertitudes. Lors du chantier, la vigilance est de mise et l’on doit s’attendre à des modifications, une fois les éléments de toiture retirés. Voilà pourquoi un second diagnostic, en cours de chantier, parera à d’éventuelles mauvaises surprises.
Une structure de toiture n’est pas prévue initialement pour supporter une surcharge : une reprise des planchers mis en œuvre à la place des combles d’un bâtiment doit être réalisée. Mais le support existant les acceptera-t-il ? Impossible de le savoir sans avoir désossé la structure haute. Toute erreur de calcul risque alors de mettre l’ouvrage en péril. L’installation de témoins pour mesurer la reprise des charges et les évolutions du bâti (fissuromètre, déformètre, réglettes) sera très utile pour comprendre le fonctionnement physique de la structure. En outre, il limitera le recours de tiers sur la construction, évitera les contentieux sur l’apparition de fissures ou les possibles évolutions de tassements anciens.
Deux réalisations conduites à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) en attestent (voir le tableau page suivante). Dans les deux cas, il s’agit d’un agrandissement sur des immeubles urbains édifiés au début du XXe siècle, en charpente traditionnelle en bois, avec toiture et combles à deux pentes en tuiles. Légères, ces deux surélévations disposent d’une charpente en bois traditionnelle avec une couverture en zinc. Le bois a été préféré au métal : la réalisation par un bon charpentier est souvent plus rapide, donc moins chère.

Sites occupés

Les deux interventions ont été traitées en site occupé. Cela ne constitue pas un handicap : les nuisances sonores ou l’émission de poussières sont identiques à celles observées lors de travaux de rénovation de toiture par exemple. Généralement, les réticences des occupants se cristallisent lorsqu’il faut retirer le toit de l’immeuble. L’opération peut être menée à n’importe quelle saison : l’une l’a été en hiver ; l’autre, en été. Ce travail a lieu après avoir monté des échafaudages et un chapiteau de protection du bâti, qui assure le couvert de toute la partie haute, pour abriter de la pluie, du vent et de l’humidité. Une autorisation classique de la mairie pour la pose d’échafaudage suffit.
Ici, pas de préfabrication, les travaux ont été conduits de façon traditionnelle avec des matériaux classiques (bois, ciment, béton, carreaux de plâtre), pour des raisons économiques. Les entreprises choisies sont habituées à ce type d’intervention, elles sont très réactives et ont contracté une extension de garantie décennale sur l’existant.
Le premier chantier, situé route de la Reine, n’a pas réservé de surprise. L’audit montre que la façade sur rue est en pierre et la partie sur cour, en bois. Après démontage de la toiture, le ceinturage a été réalisé comme prévu : par le haut avec des poteaux en béton armé doublant chaque poutrelle existante afin de poser la sablière en bois sur une surface plane et renforcée.

Réactivité des entreprises

Le second chantier, rue Gambetta, s’est révélé plus complexe, les éléments porteurs ne se trouvant pas là où ils avaient été positionnés lors du diagnostic. Contrairement à ce qui avait été défini, l’immeuble repose sur les murs pignons voisins, alors que les façades avant (sur rue) et arrière (sur cour) ne supportent aucune charge directe. Il a fallu entièrement revoir les plans de charges en cours de chantier. Pour supporter la surélévation, les poteaux porteurs ont été descendus deux niveaux plus bas que prévu. Ils reposent sur une poutre métallique au premier niveau, renforcée pour l’occasion. Sinon, il aurait fallu reprendre la charge jusqu’aux fondations. L’ancien plancher haut a également été entièrement déposé pour couler une dalle en béton allégé. Le surpoids de cet ensemble a ensuite été récupéré en allégeant la surélévation en bois traditionnel, en cours de chantier. Cette reprise de structure a été possible grâce à la réactivité des entreprises. Mais elle a renchéri le projet. Des rattrapages financiers sur les aménagements et les finitions ont permis d’équilibrer le coût final.

96, route de la Reine

49, rue Gambetta

Bâti existant

R+3 avec sous-sol de caves
Charpente traditionnelle en bois, avec toiture et combles à deux pentes en tuiles

R+2 avec sous-sol de caves
Charpente traditionnelle en bois, avec toiture et combles à deux pentes en tuiles

Surélévation

4e niveau (64 m²) : 2 logements (34 m² + 20 m²), locaux communs + terrasse
Charpente en bois traditionnelle avec une couverture en zinc

3e niveau (38 m²) en brisis : studio 26 m² (14,5 m² loi Carrez), terrasse
Charpente en bois traditionnelle avec une couverture en zinc

Durée des travaux

6 mois (septembre 2012 à février 2013)

4 mois (juillet à novembre 2013)

Coût total HT avec le ravalement de la façade

210 000 €

179 000 €

N°346

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