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Sûreté des installations : priorité à la conception

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Sûreté des installations : priorité à la conception

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Le programme 4 000, conduit par l’Amotmj (1), concerne la réalisation de 6 prisons pour recevoir 4 000 détenus. Dans ce cadre, Jacques Bartnik, directeur de travaux chez Séchaud & Bossuyt Ingénierie et Technologie (2) nous explique le cahier des charges de ce milieu tout-ou-rien dans lequel prime la sûreté.

Les Cahiers techniques du bâtiment :Quelle est la problématique de ce type d’établissement ?

Jacques Bartnik : Les marchés attribués en conception-construction (3) sont effectivement signés sur la base d’un programme technique et fonctionnel détaillé. Comme il est possible de l’imaginer, les priorités ­concernent avant tout la sécurité. Il s’agit d’éviter que les détenus ne puissent s’évader et de garantir un contexte sécuritaire à l’encadrement (surveillant, corps médical, personnel administratif, etc.).

Il convient d’assurer un minimum de ­convivialité pour ne pas créer de conflits sociaux internes, des effets d’émeute, et de donner aux détenus la possibilité de s’améliorer ou de se reconvertir. Aujourd’hui, le secteur pénitentiaire s’humanise avec ses bibliothèques, ses salles de culte, de remise en forme, informatique, ses unités de vie familiales (UVF) qui ­permettent au détenu de recevoir ses proches.

CTB : Comment ces enjeux sont-ils traduits dans le programme ?

J. B. : Une prison représente un quadrilatère de 200 x 200 m, avec un accès unique. Ville dans la ville, elle abrite environ 600 détenus et 250 surveillants et personnels administratifs. Elle est divisée en différents quartiers de travail, de vie, socio-éducatif, administratif, promenade, impliquant quelque 1 200 à 1 300 serrures, grilles et portes différentes qui doivent s’ouvrir et se refermer sitôt le passage du surveillant. D’où une gestion adaptée à la circulation, au local et à la position des surveillants. Il existe trois types d’établissements et de régimes en fonction de la peine. La maison d’arrêt est située à proximité du TGI (4) pour faciliter les allées et venues du prévenu, le centre pénitentiaire associant deux régimes, maison d’arrêt et centre de détention. En maison d’arrêt, les déplacements d’un prévenu sont toujours accompagnés, alors qu’en centre de détention dit à régime ouvert, certaines circulations sont libres.

CTB : Quelles sont les règles fondamentales en matière de conception ?

J. B. : Franchir la porte d’une prison ne signifie pas que l’on est en détention. C’est le cas des surveillants et du personnel administratif, qui, en fonction de leur qualification, évoluent dans des zones autorisées. C’est pourquoi, sauf au parloir, les prisons sont divisées en espaces non accessibles aux détenus et en espaces de détention. Lesquels doivent permettre aux femmes, aux mineurs et aux adultes de vivre sans se rencontrer. Toutes ces frontières immatérielles ont une incidence directe sur la conception. Le principe consiste à gérer les flux dans le temps et dans les espaces afin d’éviter tout regroupement de personnes. Les volumes, comme les cours de promenade, sont contingentés. À l’aspect pénitentiaire prioritaire, s’ajoute le Code du travail, et surtout de sécurité des personnes, les obligations en matière d’hygiène, de thermique, d’affaiblissement acoustique (entre 35 et 65 dB (A)) pour chacun des locaux, les circulations et intercommunications. Il faut donc adapter les matériaux aux espaces en prévoyant les extensions. Une cellule de 11 m2 intègre une table, une armoire, un lit et un coin toilette-douche. L’éclairage concilie la vie intime du détenu et une surveillance permanente depuis la porte. D’où un système de veilleuse et des niveaux d’éclairement normalisés adaptés au local. En outre, il existe un minimum de cellules doubles, un maximum en simple et quelques cellules pour handicapés.

CTB : Quelles sont les dispositions prises au regard des évasions ?

J. B. : D’une manière générale, les réponses sont assez traditionnelles de type grillage renforcé ou grille, concertina, câbles tendus, toit inaccessible aux détenus, matériaux pérennes et indémontables, donc pas de tuiles, formes et dimensions spécifiques des acrotères, etc. En cas d’événement grave, le principe consiste à ralentir la progression du détenu en le freinant par des obstacles, grilles, portes, murs. L’organisation générale de la sécurité, la protection périmétrique, les franchissements et les contrôles sont basés sur la méthode ARI (Alerte Réaction Intervention).

CTB : Concrètement, comment se traduit cette démarche ?

J. B. : On ne retarde pas la progression avec des systèmes électroniques d’alerte, mais avec une augmentation des dispositifs mécaniques judicieusement placés. Cela implique une réflexion sur les circulations, en jouant sur la serrurerie, la qualité des matériaux utilisés pour les sols, murs, plafonds, la manière dont ils sont mis en œuvre et la pérennité des ouvrages. La protection périmétrique comporte un glacis, un mur d’enceinte, des miradors blindés permettant de cerner les fenêtres des cellules d’hébergements et les cours de promenade sans être vu, un chemin de ronde, un second mur d’enceinte avec systèmes d’alerte et de détection, puis un maximum d’obstacles pour freiner la progression. Un concept qui est repris à l’intérieur, dans les circulations. Toute innovation présentant un risque, on trouve des matériaux traditionnels : béton banché en structure, aciers difficilement sciables sous formes de grilles ou barreaudages, portes et vitrages pare-balles, peintures de sols résistant au trafic intense, vitrages thermiques feuilletés, étanchéité A2 E2 V2 pour les menuiseries, PVC renforcé, etc. Pas de matériaux interdits, mais des principes interdits comme l’impossibilité de démonter un ouvrage ! La maintenance et la durée de vie sont toujours inhérentes aux choix techniques.

CTB : Quels sont les équipements et technologies retenus ?

J. B. : Tout ce qui est mis en œuvre doit ­bénéficier au minimum d’un label de qualité. Sachant que l’assemblage ou l’incorporation des produits peut diminuer la capacité globale de l’ouvrage mis en place, on procède à des essais, types destructifs complémentaires (tirs, cycles d’ouverture, tests d’arrachement, d’enfoncement) dans des configurations réelles. Au-delà des normes, sont visées la défaillance technique, l’exception. Les dispositifs de détection incendie respectent l’article 17 du décret du 31-10-73, mais n’intègrent pas de système d’extinction automatique. Basés sur les règles des ERP (5e catégorie – OWXRS) les locaux peuvent être à risques particuliers, importants (archivage), moyens (U) et privilégient des réseaux d’incendie armés, colonnes sèches et systèmes de désenfumage, toujours adaptés aux contraintes pénitentiaires. En règle générale, tout ce qui ne nécessite pas d’entretien est incorporé dans les murs et inaccessible. En revanche, les réseaux communs et tous les organes de commandes requérant un entretien sont verrouillés, doublement sécurisés dans des galeries techniques et inaccessibles, sauf pour le personnel d’exploitation. Imposées pour chaque type de local, les charges d’exploitation définissent les épaisseurs de planchers, de 1 MPa/m2 jusqu’à 4 MPa/m2 pour les cellules. Pour leur chauffage, un appoint complémentaire est prévu par le plancher, tandis que la ventilation s’effectue avec recyclage des calories.

CTB : Et les dispositifs de surveillance et de contrôle ?

J. B. : Un centre pénitencier comporte trois niveaux de postes protégés avec des contrôles spécifiques : le mur d’enceinte avec le poste d’entrée gérant l’ensemble des flux, la partie hors détention avec un franchissement obligatoire par un poste de sécurité centralisé, puis divers postes d’information et de contrôle (PIC) avec un surveillant chargé de gérer la zone qui lui est attribuée. Un dialogue permanent existe entre chacun de ces postes. En effet, la règle veut que tout individu demandant l’ouverture d’une porte soit visualisé et identifié, que le détenu soit toujours positionné dans le déroulement normal de son cheminement. Ce qui suppose un contrôle d’accès, une surveillance visuelle et sur écran, des relais VDI, de la biométrie, de l’interphonie, etc. Dans ce milieu binaire, les choix techniques s’avèrent in fine plus faciles à décider. Quant à la serrurerie mécanique pour le secours manuel, elle est associée à de l’électronique commandée à distance, via des microprocesseurs intégrés dans la clef et le cylindre. Le tout est géré par un logiciel en fonction d’un organigramme. Chaque serrure de sûreté (3 étoiles/20 minutes minimum) joue un rôle particulier en liaison avec l’interphonie.

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