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SUÈDE Huit niveaux en structure bois et sprinkler dans chaque pièce

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SUÈDE Huit niveaux en structure bois et sprinkler dans chaque pièce

Les quatre immeubles de l’opération de Limnologen seront construits sur le même modèle, pour une durée de vie estimée à environ une centaine d’années. En 2007, la ville de Växjö a reçu le prix de l’Énergie durable pour l’Europe par la Commission européenne.

L’opération de Limnologen à Växjö – quatre immeubles de huit étages construits selon le même modèle – préfigure l’un des types de construction économique et respectueuse de l’environnement dont le gouvernement suédois entend encourager le développement.

Avec leurs huit étages, les Limnologen sont les quatre plus hauts immeubles en bois de Suède. Plutôt qu’un prototype de logement social, il faudrait parler ici d’un prototype du logement pour tous, concept local qui résume la philosophie de l’habitat dans ce pays. En Suède, le secteur du logement social est banalisé : les habitants reçoivent une subvention qui leur permet de s’installer dans des immeubles normaux. Le logement privé s’aligne sur les tarifs de location pratiqués dans les véritables immeubles sociaux – une petite partie du patrimoine bâti – gérés par les municipalités. Ces dernières tendent par ailleurs de se désengager du secteur et mettent progressivement leur parc en vente. L’opération de 194 logements construite à Växjö a ainsi été réalisée par un opérateur privé. Néanmoins, la mairie, propriétaire des terrains, a été fortement impliquée dans le développement de cet aménagement, qui a également mobilisé le département de travaux publics et d’architecture structurelle de l’université locale : le système constructif et les ressources employées ont vocation à être utilisées sur une plus grande échelle dans d’autres programmes du pays.

Un engagement environnemental

La mobilisation est à la hauteur de l’enjeu : il s’agit ici de réaliser dans le cadre d’un programme national, portant sur la réduction des gaz à effet de serre (GES) dans la construction (le programme Vinnova), un immeuble peu émissif en carbone pouvant faire la démonstration de l’emploi d’une ressource locale abondante – le bois – sur des programmes de grande échelle. Qu’il soit construit à Växjö, commune de 55 000 habitants du sud de la Suède, n’est pas le fait du hasard. En effet, cette ville est une cité de pointe pour le traitement des questions environnementales depuis les années soixante-dix, époque où la prise de conscience des ravages de la pollution industrielle sur les trois lacs bordant la ville a déclenché avant l’heure un engagement dans le développement durable. Outre les programmes de logements collectifs – comme Limnologen – la commune suit de près des opérations de maisons individuelles utilisant des procédés innovants de construction bois. Elle a conduit diverses initiatives pilotes sur le plan énergétique : à l’horizon 2020, toutes les centrales électriques devraient utiliser comme combustible un biocarburant dérivé des déchets de bois. Une centrale thermique collective chauffe déjà les quatre barres de logements de l’ensemble Limnologen. Un seul des quatre immeubles est pour l’instant terminé, mais tous seront construits sur le même modèle. Hormis le rez-de-chaussée et les fondations réalisés en béton, les planchers et les murs de refend des étages sont entièrement constitués de panneaux en bois massifs formés de plusieurs couches de pin croisées et collées. Les cages d’ascenseurs, souvent réalisées en béton armé pour améliorer la stabilité du bâtiment, ont également été construites en bois. Le système constructif utilisé est très semblable aux panneaux KLH développés ces dernières années en Autriche. S’il apporte la rapidité de montage propre à la filière sèche, il impose aussi des contraintes qui se répercutent sur les phases d’études, plus longues que sur des projets de logements utilisant des méthodes dites traditionnelles. Il est nécessaire de déterminer précisément les besoins en logements car le principe structurel repose sur des panneaux de refends placés selon des intervalles réguliers qu’il n’est pas possible de modifier une fois posés. Pas question de déplacer les cloisons de BA13 pour transformer le F3 en F5, ni même de percer une porte dans la paroi. Il faut donc évaluer le nombre de lots réservés au primo-accédants, aux foyers plus aisés disposant de moyens leur permettant l’occupation de surfaces plus grandes. Comme dans toute la Suède, les logements sont livrés complètement équipés : les meubles de cuisine sont entièrement en place, de même que la salle de bains et la décoration intérieure. Les murs sont recouverts de plaques de plâtre peintes et les sols en parquet. La façade étant enduite, la construction ne laisse pas transparaître son matériau constitutif principal. La présence de sprinklers dans toutes les pièces rappelle la nature combustible de la structure de l’immeuble.

Observée à la loupe, une construction encore perfectible

La construction dans son ensemble fait l’objet de plusieurs programmes d’études menés en collaboration avec le département d’architecture et de construction de l’université de Växjö. Les champs d’investigation sont très larges et très ouverts, puisqu’une partie des études porte sur la perception de ce type de programme par le public. Il s’agit de comprendre si les aspects environnementaux de ces immeubles les rendent plus attractifs et plus désirables, et de s’assurer de leur succès auprès de futurs habitants. Un autre programme très complexe va tenter d’évaluer l’impact réel de la construction sur la réduction des émissions de GES, en examinant l’ensemble du cycle de vie du bâtiment. Les programmes restants entrent dans des cadres plus habituels de la construction : des campagnes portent sur la mesure des déformations de la structure, sur la transmission des bruits et l’isolation acoustique des logements, sur le contrôle de l’humidité et la prévention des moisissures des voiles et planchers bois. Des instruments spéciaux ont été développés pour mesurer l’hygrométrie à l’intérieur et à l’extérieur du bâtiment, où la température de référence donnée par les DTU locaux peut varier entre 36 °C l’été et –32 °C l’hiver, soit une amplitude thermique de 68 °C dans les cas les plus défavorables (hiver très rigoureux suivi d’un été caniculaire). Les appareils contrôlant l’hygrométrie sont intégrés dans le bâtiment et resteront à demeure durant toute la vie du bâtiment, tandis que les campagnes de mesures du bruit, des vibrations et des structures devraient durer entre un et deux ans. Les premiers résultats seront publiés dès le mois d’octobre prochain. Mais d’ores et déjà, des premiers constats ont été tirés des études en cours, en particulier pour tout ce qui relève des méthodes de préfabrication. Elles paraissent perfectibles sur plusieurs points. Le premier concerne l’emplacement des usines de production. La firme Martinson, qui fabrique l’ensemble des panneaux de construction de l’opération Limnologen, est située à 1 200 kilomètres au nord de Växjö. Le transport en camion sur de telles distances grève bien entendu le bilan carbone de la construction, mais pose aussi des problèmes de logistique pure : « Que faire si le véhicule est pris dans un accident qui détruit tout ou partie de ses panneaux ? », interroge Erik Serrano, coordinateur des études de suivi de chantier pour l’université de Växjö. « De plus, pour améliorer le rendement lors du transport, un nombre de panneaux maximal est monté sur le camion, ce qui rendrait l’accident encore plus dommageable pour le déroulement du chantier. Les refends, dont chacun a sa spécificité au niveau préfabrication (place des réservations pour les portes, etc.) sont mis en œuvre selon un ordre précis qui ne peut pas être modifié, en partant d’un côté à l’autre du bâtiment et étage après étage. Il serait donc impossible d’avancer le chantier tant que l’on n’aurait pas fabriqué à nouveau les panneaux qui ont été détruits ». Ce scénario catastrophe pousse à l’implantation d’usines plus proches des sites de constructions. D’autres remarques portent sur l’optimisation de la préfabrication, qui pourrait être plus poussée et intégrer dès le départ les différents réseaux : eau, électricité, communication, etc. Pour ce chantier utilisant des techniques inhabituelles, l’entreprise générale chargée de la réalisation a préféré limiter les aléas. Seuls les réseaux de chauffage par le sol ont été engravés dans les planchers bas des appartements, les autres étant posés après la mise en place des éléments structurels. Les renforts d’isolation nécessaires pourraient eux aussi être posés en usine. « Des compléments ont été installés après la pose en partie haute des plancher, obligeant les ouvriers à travailler dans des positions pas idéales du point de vue de l’ergonomie ou de l’efficacité. Le tout se traduisant par un ralentissement du chantier », remarque Erik Serrano. Le gain de temps est une priorité dans ces constructions ayant recours à la filière sèche, car ils signifient aussi une moindre immobilisation du matériel de chantier et de la main d’œuvre, et conséquemment du coût. Partis à la recherche du temps perdu, les doctorants de l’université qui suivent le projet imaginent des méthodes qui permettraient d’accélérer le mouvement.

Des pistes pour améliorer la qualité constructive

Ainsi, lors du chantier, l’ensemble de l’immeuble est recouvert d’une tente qui protège les éléments bois des intempéries. Montée sur des piliers métalliques, elle est hissée d’étage en étage, au fur et à mesure de l’avancement des travaux. Erik Serrano résume le déroulé des opérations : « Pour l’instant, il faut deux jours pour effectuer chaque nouvelle mise en place, car les montants en acier verticaux qui soutiennent cette couverture textile sont fixés aux étages inférieurs pour des questions de stabilité. Ce délai convient au chantier où l’on peut réaliser un nouvel étage chaque semaine : durant 5 jours on réalise la construction, et le week-end, on monte les protections. Mais dès que l’on dépasse ce timing, les problèmes de gestion du chantier apparaissent. Nous travaillons sur un système de montants autostables qui n’auraient pas besoin de s’appuyer sur la construction, munis de crémaillères permettant de déplacer la couverture de protection d’un étage en quelques dizaines de minutes ». On voit que les réflexions en cours visent à rendre ce système parfaitement performant et compétitif. Les immeubles de plusieurs étages en structures bois pourraient se banaliser en Suède, et ce bien au-delà des huit niveaux du Limnologen. « Nous avons choisi cette limite parce qu’elle nous paraissait la plus cohérente du point de vue de l’urbanisme et des besoins de logements dans notre commune, mais rien n’empêche d’utiliser ces systèmes constructifs pour des projets ayant un nombre d’étages supérieurs », confie Hans Andrén, qui a suivi le chantier pour la municipalité de Växjö. De fait, des immeubles de bureaux de plus de dix étages seraient en cours d’étude, et une tour de contrôle en bois a déjà été réalisée. S’ils sont favorables à l’environnement, ces projets apportent aussi une amélioration à la qualité constructive, puisqu’ils sont mis en chantier après des phases d’étude minutieuses, le temps perdu lors de cette étape étant ensuite regagné lors des travaux. Enfin, les immeubles en bois sont recyclables : Hans Andrén imagine bien les quatre immeubles de Limnologen recyclés après démembrement dans les chaudières locales. Après une centaine d’années de bons et loyaux services – soit la durée de vie estimée de ces immeubles – ces constructions apporteraient en disparaissant un peu de chaleur à la commune et à ses administrés !

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