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Stuc et staff élargissent leur champ d’action

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Stuc et staff élargissent leur champ d’action

Cette création d’un nouvel étage, dans un immeuble à usage d’habitation à Paris, a entraîné une réalisation identique aux niveaux inférieurs de panneautages en stuc marbre poli et de moulures périphériques en stuc pierre grésé.

© (Doc. SOE.)

Loin d’une vision stéréotypée limitée à la seule rénovation de monuments, le stuc et le staff se prêtent aussi à une architecture créative et contemporaine, renforcée par de nouvelles techniques.

«J usque dans les années 1850, les métiers du plâtre relevaient de trois spécialités : la plâtrerie, au sens de plâtrerie humide, la gypserie, dédiée à l’ornementation in situ et à la sculpture en plein plâtre et, entre les deux, la technique du stuc, destinée à imiter la pierre ou le marbre », rappelle Alain Borjon, responsable de l’Institut supérieur des métiers du plâtre. « Le staff est apparu dans les années 1850 en Angleterre et en France, comme une simplification de procédés de moulage existant antérieurement et un perfectionnement de systèmes de plus grandes dimensions. » Par opposition aux stucs utilisant de la chaux et qui nous viennent d’Italie (les stucs vénitiens), ceux à base de plâtre à mouler sont les stucs pierre et marbre. Alors que le stuc marbre est surtout utilisé comme revêtement mural, ou pour réaliser des limons d’escalier, colonnes et pilastres moulurées, le stuc pierre étend son application à l’ornementation et constitue souvent un élément d’architecture à part entière (fronton, portique…). D’aspect granité et mat pour le stuc pierre, poli et brillant pour le stuc marbre, tous deux procurent un effet de matière et de profondeur que la peinture ne saurait égaler. Ils relèvent de techniques différentes. La fabrication plus complexe du stuc marbre et son polissage très long (1) induisent un coût au minimum cinq fois plus élevé que celui du stuc pierre.

Le stuc moulé fait baisser les coûts

Son prix varie aussi en fonction de la complexité de l’ouvrage (moulures, par exemple) et de la composition graphique à réaliser. Si, il y a un siècle, le stuc était souvent préféré au marbre pour des questions de coût, les moyens de façonnage de ce dernier étant relativement archaïques et onéreux, les choses ont changé aujourd’hui. « Les grandes carrières de marbre sont dotées de moyens sophistiqués, et cela revient moins cher aujourd’hui de tailler une colonne en marbre qu’une colonne en stuc. Mais cela n’est pas une généralité. Pour des limons d’escaliers, qui nécessitent de suivre très précisément les courbes de ces derniers, ou pour des pièces complexes comportant par exemple des moulures, le façonnage en carrière reste très compliqué, donc cher. Pour autant, le marché du stuc existe bel et bien, pour une grande partie en restauration puisque beaucoup de monuments, de halls d’immeubles ont été conçus en stuc.

La technique de stuc moulé, calquée sur celle du staff, est également utilisée, le principe de reproduction permettant d’abaisser les coûts. D’autre part, le stuc n’est pas seulement une imitation d’une matière naturelle existante. Des designers ou des architectes l’utilisent pour créer des effets décoratifs imaginaires donc inédits (ndlr :voir encadré) », ajoute Alain Borjon.

Le stuc est un mélange de plâtre et de colle de peau (à base d’os et de peaux cuites), qui le durcit tout en retardant sa prise (le plâtre se travaillant à l’état pâteux), et facilite le polissage du stuc marbre. Colorants naturels, poussières de pierre et éventuellement de marbre complètent la composition (2). Suivent une série d’échantillonnages pour trouver le bon dosage. La mise en œuvre du stuc pierre consiste à mélanger à sec en atelier ces ingrédients, puis à rajouter de l’eau sur le chantier pour une application à la taloche. Le support doit être dégrossi à l’aide d’un sous-enduit au plâtre, plâtre et sable ou encore plâtre chaux et sable. Le but étant de rattraper ses irrégularités, pour masquer les traces de support (fantômes) et permettre une application d’épaisseur régulière (dans le cas contraire, des nuances peuvent apparaître au final). Le stuc est taloché sur une épaisseur de 7 jusqu’à 15 mm pour des pièces moulurées qui seront reprofilées une fois durci. Il est dressé à la règle, puis une fois sa prise faite, la surface est soit ravalée au chemin de fer, soit poncée ou polie.

Une machine à projeter du stuc pierre

Le joint étant obligatoirement marqué, la seule façon de ne pas faire de raccord est une mise en œuvre d’un seul tenant, une personne réalisant au maximum 7 à 8 m2 en une gâchée. En stuc pierre et pour des surfaces importantes, une machine à projeter peut être utilisée – il s’agit d’ailleurs d’une solution plus économique – mais tous les stucs ne s’y prêtent pas. S’il s’agit de reconstituer un mur en pierre appareillée (en creusant des joints après application du stuc pour retrouver l’appareillage de la pierre), les raccords sont marqués au niveau des joints horizontaux ou verticaux. Pour le stuc marbre, tout l’art consiste à préparer des pains dans lesquels sont mélangés plâtre et couleurs, de façon à créer les nuances ou les alternances de teintes.

Le staff se prête à toutes les formes

Ces pains sont travaillés différemment selon le résultat voulu : coupe en « cailloux » pour imiter un marbre griotte, association de plusieurs pains de nuances différentes pour obtenir un dégradé, pains plus ou moins liquides selon les veinages souhaités… Posés sur une table de marbre, ces pains sont alors découpés en tranches verticales de 1 cm et ordonnées en fonction du graphisme à reproduire. Elles seront ensuite juxtaposées selon ce séquençage sur un support également dégrossi. Suivent les phases de rebouchage, ponçage et polissage. Autre procédé décoratif à base de plâtre armé de fibres, le staff. Les fibres ou la toile de verre ayant aujourd’hui quasiment remplacé la fibre végétale type filasse ou sisal, car elles ne varient pas dimensionnellement (donc évitent les risques de déformation des pièces) et ne brûlent pas. Le staff offre tout d’abord une finesse de grain et un rendu final extrêmement lisse. Principale différence visuelle avec le stuc, pas de notion d’aspect structuré ou de profondeur de la matière. Le staff est d’ailleurs voué à être recouvert d’une finition (peinture, dorure, patine, cire…) pour masquer les joints. Il permet en outre toutes les formes possibles de par son mode de fabrication, le coulage (soit la projection dans un moule de deux couches de plâtre et d’une couche de fibres intermédiaire). Sur les murs, il est utilisé pour réaliser corniches, moulures, chapiteaux, bas-reliefs ou ornementations. Collé éventuellement à la colle à carreau pour les petites pièces, il est généralement scellé par un ­polochonnage (mélange de ­plâtre et de filasse).

Un raisonnement en coût global

Au plafond, il reconstitue aussi bien des voûtes, des coupoles, des caissons que des formes architecturales très contemporaines. Il est fixé à une dalle béton ou à une charpente métallique par des tiges filetées verticales. Les plaques sont alignées entre elles à l’avancement grâce à un système mécanique rapporté qui est ôté par la suite. Leur jointoiement d’environ 5 mm est alors réalisé au plâtre. Parallèlement, un polochonnage est appliqué sur le dessus des plaques y compris sur le jointoiement, et sur les tiges filetées, rendant solidaires les plaques de staff à la structure métallique. Ce mode de fixation évite quasiment toute fissure ultérieure et permet d’intégrer des éléments rapportés dans le faux plafond ménagé entre les plaques et la structure porteuse, (par exemple, un plénum de ventilation ou des caissons d’éclairage) moyennant des découpes dans les plaques. Ce que permet plus difficilement la plaque de plâtre, sa pose obligatoire sur des rails horizontaux présents à intervalles réguliers laissant beaucoup moins de marge de manœuvre et d’espace pour positionner des éléments, ou nécessitant tout au moins la mise en œuvre de solutions techniques générant des temps de pose supplémentaires. En synthèse, selon le type d’application et les besoins, le staff n’est pas toujours plus cher en coût global qu’une solution plaques de plâtre. Il est ainsi beaucoup utilisé dans les grandes surfaces commerciales, dans l’aménagement des bureaux, dans les bars, restaurants et magasins, où l’éclairage indirect est très prisé (cavités sous plafond ou corniches de style contemporain faisant office de « goulotte lumineuse »).

Le GRG, pour la décoration intérieure de grands volumes

Également dans les chaînes de boutiques avec répétition du décor à l’identique, l’utilisation d’un même moule permet d’abaisser les coûts. Mais aussi dans des lieux qui allient une qualité esthétique et réponse acoustique (rénovation de la salle Pleyel à Paris, salle ­philharmonique de ­Luxembourg…) (voir encadré).

Depuis quelques années, un procédé venu des pays anglo-saxons (Canada, Angleterre…) et couramment utilisé là-bas, est relayé en France par les fabricants de plâtre. Le GRG (Glass Reinforced Gypsum) met en œuvre un plâtre à mouler à très haute dureté et extrêmement fin (donc au rendu très lisse), renforcé par un mat de verre en rouleau. Cette technique est destinée à être mécanisée et emploie des plâtres spécifiques semi-hydrate Alpha, comme le Profilia de ­Lafarge Prestia ou le Crystacal LX de BPB Formula. Elle produit des éléments moins épais, plus légers (50 % par rapport à un staff classique) donc plus grands avec un nombre réduit de pièces.

Prêtes à poser, ces pièces apportent l’avantage d’un chantier propre et une rapidité de mise en œuvre par vissage (voir encadré). Complémentaire du staff traditionnel, le GRG est particulièrement adapté aux marchés de décoration intérieure à grands volumes, comme les centres commerciaux dans lesquels la contrainte poids/structure est primordiale.

Enfin, d’un point de vue purement technique, la plaque de staff est incombustible (classement M0), donc adaptée à la réalisation de conduits de ­ventilation, de désenfumage et de protection de chemins de câbles (voir encadré). Alors que d’autres procédés nécessitent un assemblage de plaques de différentes épaisseurs préalablement à leur pose, ce produit est monolithique, et permet d’obtenir le degré CF directement en fonction de l’épaisseur choisie.

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