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Interview

Spécificités constructives et outils réglementaires

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Spécificités constructives et outils réglementaires

SEBASTIEN DELMAS

est responsable technique de l’association Effinergie. Il a participé à l’élaboration du nouveau label Bepos-Effinergie sur la base d’une analyse réalisée en 2012 sur une soixantaine de projets expérimentaux.

Beaucoup de travail reste encore à faire pour motiver et former l’ensemble des professionnels du Bâtiment, identifier les blocages techniques et les lever. L’ensemble de la filière doit être impliqué : depuis les industriels jusqu’aux entreprises qui mettent en œuvre les produits. Sans oublier les utilisateurs, car ces constructions impliquent de nouvelles façons d’habiter.

C’est avec cet objectif que l’association Effinergie a créé le label Effinergie , et depuis peu, le label Bepos-Effinergie. Ce dernier préfigure ce que devrait être un bâtiment à énergie positive avant l’échéance de 2020.

CERTIFICATION

Quelles sont les grandes lignes du label Bepos-Effinergie ?

Pour savoir si un bâtiment est à énergie positive, il suffit de réaliser un bilan en énergie primaire et de comparer l’ensemble des consommations du bâtiment, c’est-à-dire toute l’énergie qui entre, à toute l’énergie qui en ressort.
La petite subtilité sur laquelle nous avons beaucoup travaillé pour établir le label Bepos-Effinergie consiste à introduire une valeur différenciée en fonction du bâtiment et de son emplacement principalement. Afin que l’effort soit équitablement réparti entre tous les projets et par exemple, que ceux du Nord de la France, qui ont un potentiel photovoltaïque plus faible que ceux du Sud, ne soient pas pénalisés. Cette différenciation tient également compte de l’implantation en milieu urbain dense, sachant qu’un bâtiment qui a beaucoup d’étages possède moins de surface de toiture utilisable pour capter l’énergie solaire qu’un bâtiment de plain-pied.
Pour créer ce label, nous avons procédé en 2012 à une collecte d’informations auprès de porteurs de projets volontaires qui travaillaient sur des bâtiments dits « à énergie positive ». Nous avons répertorié plus d’une soixantaine de bâtiments. L’objectif étant de dimensionner au mieux le label et faire en sorte qu’il soit à la fois ambitieux et réaliste.
Dans le cadre de cette expérimentation, nous avons constaté que chaque porteur de projet avait souvent sa propre définition du bâtiment à énergie positive, une définition qu’il avait parfois adaptée en fonction des difficultés rencontrées. Soit en ne prenant en compte que les usages réglementaires, soit en raisonnant en énergie finale...
L’objectif de ce label est donc de proposer une définition qui soit la plus partagée possible et qui permette à tout type de projet de profiter de cette mise en valeur. Il s’agit pour l’heure d’identifier les bonnes pratiques pour les mettre en avant.

GARANTIE

Un suivi des constructions est-il envisageable ?

Le label Bepos-Effinergie est un label de conception, qui valide que le bâtiment tel qu’il a été conçu est bien à énergie positive ou, en tout cas, qu’il correspond aux critères qui pourront être envisagés pour la prochaine Réglementation thermique. Pour autant, on s’aperçoit qu’il y a souvent des écarts assez importants entre le prévisionnel et les consommations réelles. Et pas uniquement à cause des comportements, mais aussi des réglages et de la maintenance qui ne sont pas toujours bien réalisés.
C’est une réflexion que nous menons en parallèle, afin de mieux suivre les bâtiments après leur réception et de mieux gérer l’interface au moment de la réception entre ceux qui ont conçu et fabriqué le bâtiment et ceux qui vont l’utiliser et l’exploiter. Nous rédigeons actuellement un guide d’usage des bâtiments BBC, afin d’expliquer aux utilisateurs en quoi le bâtiment est un peu différent des ouvrages classiques et la façon la plus économe de l’utiliser.
Au-delà, nous réfléchissons à la possibilité de revenir éventuellement deux ou trois ans après la réception, afin d’étudier précisément le fonctionnement du bâtiment, sans prendre en compte le comportement des usagers.
À l’image de ce qui se passe dans l’automobile, peut-être allons-nous vers un contrôle technique obligatoire des bâtiments, destiné à vérifier que les installations se comportent comme elles devraient le faire.

ÉNERGIE GRISE

L’énergie grise et l’écomobilité seront-elles à terme prises en compte ?

Dans le cadre du nouveau label Bepos-Effinergie, celles-ci doivent faire l’objet d’une évaluation par les porteurs de projet. Un bâtiment ne se limite pas aux cinq usages réglementés par le Code de la construction. Et la logique de notre travail est bien d’élargir la prise en compte de la consommation d’énergie à toutes les consommations énergétiques qui sont liées à l’utilisation du bâtiment : à l’énergie grise, notamment, et à l’énergie liée aux déplacements. Cependant, il ne s’agit pas de demander au bâtiment de compenser ces consommations par de la production d’énergie. Pour cela, il faudra prendre en compte des problématiques beaucoup plus larges incluant, notamment, les questions d’urbanisme.

ÉQUIPEMENTS

Plusieurs expériences ont été menées avec différents systèmes constructifs. Quel premier bilan en tirez-vous ?

La majorité des projets étudiés utilisent des équipements et des systèmes constructifs connus, qui relèvent bien souvent des meilleures technologies disponibles. Peu font appel à des solutions totalement innovantes ou exorbitantes.
Cela montre qu’il n’est pas nécessaire de faire la révolution pour construire un bâtiment à énergie positive. La majorité des expérimentations que nous avons référencées s’appuient sur des panneaux solaires photovoltaïques. Mais l’on voit également apparaître des technologies relativement nouvelles utilisant le bois, la cogénération, qu’elle fonctionne avec du gaz, du bois, ou de l’huile végétale, voire le micro-éolien.

vous lisez un article des Cahiers Techniques du Bâtiment N°327

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