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Sols scellés : un changement dans la continuité

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Sols scellés : un changement dans la continuité

Jean-Paul Balcon, direction technique de Socotec

Si la nouvelle version ne bouleverse pas la précédente, elle introduit quelques changements importants sur le choix des matériaux et certains usages, telle la pose scellée dans les hypermarchés qui sort du DTU.

La nouvelle version du DTU 52-1 consacrée aux revêtements de sols scellés remplace celle de décembre 2003. Si la structure et les grands principes du document ont été conservés - telle l’obligation d’une pose désolidarisée ou flottante sur plancher pour éviter la mise en compression des carreaux - ce texte comporte des modifications importantes que Jean-Paul Balcon, à la direction technique de Socotec, décline ici.

CTB : comment se présente cette version ?

Jean-Paul Balcon : Sa structure, classique et commune à l’ensemble des DTU, comporte une partie appelée CGM (Critères généraux de choix des matériaux), un CCT (Cahier des clauses techniques) et un CCS (Cahier des clauses spéciales). Les grandes règles qui régissent la pose des revêtements de sols scellés sont restées inchangées mais, on relève des nouveautés importantes qui concernent les matériaux eux-mêmes (carreaux céramiques, pierre naturelle et les mortiers de scellement et de jointoiement).
D’autres changements portent sur la mise en œuvre et sont inscrits au CCT. Enfin, la nouvelle version du CCS appelle quelques remarques.

CTB : Pour ce qui est du CGM, quelles sont les évolutions sur les matériaux ?

J.-P. B. : Elles concernent les carreaux de céramique, les pierres naturelles, les mortiers de scellement et les mortiers de jointoiement. Pour les carreaux de céramique, l’avancée est importante puisque le DTU intègre totalement tous les éléments nécessaires à la constitution d’un dossier technique complet par un fabricant. Autrement dit, le DTU se suffit à lui-même, le classement Upec n’étant pas un intermédiaire obligé. Pour autant, les matériaux qui bénéficient d’un classement Upec sont parfaitement identifiés, leurs performances certifiées et il est possible de les choisir aisément en fonction de leur destination. Mais, pour les carreaux non-certifiés, le DTU donne les éléments de positionnement en se fondant, d’une part, sur la norme NF EN 14411, d’autre part, sur les résultats à des essais complémentaires qui sont, en réalité, ceux utilisés pour le classement Upec. Mais, pour la première fois, ces essais sont inscrits au DTU.

CTB : de quels essais s’agit-il ?

J.-P. B. : Ils sont au nombre de trois. Le premier est un essai de choc léger pour les carreaux émaillés. Le deuxième est un essai de roulage et concerne les matériaux posés dans les locaux à sollicitation modérée (mail d’hypermarché, galerie commerçante). Enfin, le troisième est un essai de choc lourd qui s’applique, en combinaison avec l’essai de roulage, aux carreaux destinés à une forte sollicitation (hypermarchés).

CTB : et les autres matériaux ?

J.-P. B. : Pour la pierre naturelle, l’essai le plus significatif est l’essai de flexion conforme à la norme européenne. Cet essai est plus sévère que celui qui était pris en compte auparavant dans la réglementation française. Le DTU présente une série de tableaux très faciles d’usage qui donnent l’adéquation entre les caractéristiques physiques des matériaux et les locaux auxquels ils sont destinés (type de local, résistance en flexion, épaisseur, longueur et élancement).
En ce qui concerne les mortiers de scellement, il s’agit essentiellement de gérer le risque de fissuration causée par un retrait différentiel entre les faces supérieure et inférieure en pose désolidarisée ou flottante. Ce cas a été rencontré avec des carreaux céramiques dans des locaux à faible sollicitation. Le dispositif prévoit un abaissement du dosage de ciment (réduisant le retrait). Même si l’utilisation d’un mortier bâtard est contraignante, elle apporte une sécurité au regard du risque de bombement.
Enfin, dans les locaux où la contrainte chimique ou bactériologique est importante (plages de piscine, balnéothérapie, thalassothérapie...) le mortier de jointoiement doit être à base de résine réactive. C’est aussi un dispositif sécurisant, même si la contrainte devient beaucoup plus forte dans la phase de nettoyage des carreaux à la fin du chantier. L’objectif est donc de nettoyer les carreaux sans creuser les joints au cours de cette opération ce qui rendrait l’ouvrage impropre à sa destination.

CTB : qu’apporte de nouveau le Cahier des clauses techniques ?

J.-P. B. : La modification majeure est rapportée dans l’avant-propos particulier : la pose scellée en hypermarché n’est plus considérée comme une technique traditionnelle relevant d’un DTU. Deux raisons ont commandé cette décision, la difficulté de mise en œuvre pour de tels ouvrages nécessitant le savoir-faire d’une équipe (et non d’une entreprise). Par ailleurs, de tels sols scellés impliquent une très longue immobilisation de l’ouvrage (quinze jours) difficilement compatible avec les exigences d’exploitation.
On s’oriente, de fait, vers des techniques de collage sur dallage armé et grenaillé à l’aide d’un mortier-colle à durcissement rapide. C’est sans aucun doute la solution la plus sécurisante.
Par ailleurs, en sol intérieur, tant pour les carreaux pressés que pour les pierres naturelles, le joint minimum est le joint réduit de 2 mm. Mais alors, le DTU impose des exigences strictes sur les caractéristiques dimensionnelles, courbures, angularité… exigences qui vont au-delà de celles exprimées dans la norme NF EN 14411 pour les carreaux de céramique et NF EN 12058 pour les pierres naturelles. Il appartient donc au fabricant de s’engager sur ces caractéristiques plus contraignantes. Il est à noter que la seule mention « carreau rectifié » est insuffisante.

CTB : le CCS a-t-il connu des évolutions ?

J.-P. B. : Le CCS rappelle le guide à construire dans les Documents particuliers du marché (DPM). Ce guide est dans l’ensemble très complet. À juste titre, il insiste par exemple sur la hauteur des réservations. En effet, en cas de forme de pente, de ravoirage ou d’application sur sous-couche SC2 (la plus compressible), les hauteurs de réservation nécessaires explosent. La réservation est donc une nécessité absolue que les DPM doivent impérativement prendre en compte.
On peut regretter quelques imprécisions, voire des manques. Sur les joints, il est essentiel qu’en cas de choix de joints réduits, les DPM soient plus explicites, car tous les revêtements ne sont pas adaptés à ce type de joint. Tout comme ce document devrait préciser dans quel cas un ponçage est demandé (la pierre pouvant être poncée in situ), plutôt que d’indiquer sommairement « le ponçage de la pierre naturelle ne fait pas partie du marché du carreleur ». Enfin, ce CCS n’est pas assez précis au sujet des cuisines collectives dont le sol est industriel, avec toutes les contraintes qui s’y rattachent. Sans être exhaustif : compatibilité du plancher avec les défoncés pour siphons et caniveaux, choix de la pente avec plan de pente et indication de l’épaisseur minimale, position des socles, siphons, caniveaux, cloisons avec croquis de raccordement…

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