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Sols : refonte des règles de pose des revêtements scellés

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Sols : refonte des règles de pose des revêtements scellés

© (Doc. D. Chatelain.)

Fissurations, décollements, bris des carrelages ou des pierres naturelles… les désordres affectant les revêtements scellés sont nombreux, surtout dans les locaux à fortes sollicitations. Afin de tenir compte de ces lacunes, la NF P 61-202 (DTU 52.1) a été entièrement refondue en décembre 2003. Explications et commentaires de Jean-Paul Balcon, ingénieur à la direction des techniques et des méthodes de Socotec.

Ce nouveau texte comporte beaucoup de précisions de détails. Il s’agit en effet d’une refonte normative de la NF P 61-202 (DTU 52.1). Les modifications essentielles portent sur les aspects suivants :

1/ Le format des pierres naturelles. Dans la mesure où les normes relatives aux pierres naturelles ne précisent pas, par type de local, ni les performances mécaniques requises, ni les formats correspondants, cette nouvelle mouture précise trois critères de choix pour ces ­matériaux :

– les sollicitations caractéristiques du local ; les sollicitations minimum étant celles des pièces d’habitation et les sollicitations maximum étant rencontrées pour les mails, halls publics d’aéroport ou de gare où circulent des transpalettes ;

– la résistance en flexion de la pierre, critère plus pertinent que celui de la résistance en compression précédemment retenu ;

– l’épaisseur, la longueur et surtout l’élancement (c’est-à-dire le rapport longueur sur largeur) qui est un paramètre essentiel.

2/ Le mortier de scellement.

Le principe de base est d’adapter la performance mécanique du mortier aux sollicitations du local et au revêtement.

Les deux cas extrêmes sont les suivants :

– pierre épaisse (2 cm mini) dans un local d’habitation : un simple mortier de chaux hydraulique suffit, plaçant d’ailleurs en sécurité vis-à-vis de la fissuration ;

– carrelage dans un hypermarché : un mortier à performances mécaniques élevées est une ­exigence fondamentale. Le mortier ne peut donc être réalisé qu’en mortier de ciment (mortier bâtard exclu) et avec un dosage élevé.

En termes de choix du liant et de son dosage, la norme ne fait que se calquer sur la pratique courante des chantiers où la voie est souvent étroite entre les deux exigences contradictoires que sont une résistance suffisante pour l’ouvrage et un retrait limité.

3/ Le mode de pose.

Les principes de la précédente édition sont réaffirmés : le revêtement ne doit pas être mis en compression par fluage et retrait du support et le mortier de pose doit être appliqué en épaisseur continue et homogène. En dehors du cas particulier de la pose sur dallage, la pose désolidarisée du support s’impose donc car il faudrait observer un temps d’attente de plus de 6 mois entre exécution du plancher et la pose du revêtement, ce qui est généralement incompatible avec les délais de construction actuels.

Pour les pierres naturelles, le seul mode de pose admis est celui sur film de polyéthylène. Deux raisons à cela : tout d’abord, cela évite de tacher les pierres par transfert d’humidité du support béton vers la pierre. L’absence de taches sur les pierres, dues notamment au couple alcalis du ciment et de l’humidité, relève donc désormais de l’unique responsabilité du carreleur (choix du liant du mortier de pose et de la barbotine, recul de l’expérience, essais). D’autre part, cette technique donne au carreleur un minimum de liberté pour le positionnement des joints de fractionnement.

Par ailleurs, il appartient au ­concepteur de ne pas sous-estimer le cumul des hauteurs des réservations nécessaires pour réaliser le revêtement scellé. Dans le cas le plus défavorable, on trouve en effet :

– l’épaisseur du ravoirage (pose de canalisations sur le support, par exemple) ;

– l’épaisseur de l’isolant thermique ;

– l’épaisseur de la forme ;

– l’épaisseur du mortier de pose ;

– et enfin l’épaisseur du revêtement.

4/ Caractérisation des sous-couches isolantes.

La norme NF P 61-203 de décembre 2003 intitulée « Mise en œuvre de sous-couches isolantes sous chapes ou dalles flottantes et sous carrelage » est une partie commune au DTU 26.2 et au DTU 52.1. L’annexe A décrit à la fois les modalités d’essai et les valeurs limites admises pour toutes les sous-couches minces ou épaisses. Pour les propriétés mécaniques et pour les performances d’isolement aux bruits d’impact, ces essais ont intégré le fluage sous charge.

Les principes de classement des sous-couches sont les suivants :

– on distingue deux classes de performances mécaniques : SC1 et SC2, la première étant moins compressible que la ­seconde ;

– pour chacune des classes SC1 ou SC2, l’utilisation est possible soit dans locaux à faible charge d’exploitation, tels que l’habitation, soit dans des locaux à usage de bureau. En revanche, l’utilisation des isolants sous chape ou mortier de pose dans les locaux type mail n’est pas visée par les DTU 26.2 et DTU 52.1;

– les sous-couches peuvent avoir ou non une fonction acoustique.

Ce changement est profond car il définit des systèmes particuliers. Ainsi, une sous-couche classée SC2 b3 A se compose :

– d’un isolant de la classe la plus compressible (SC2) ;

– d’un système utilisable en locaux d’habitation uniquement (b3) – l’indice 3 correspondant au niveau de réduction d’épaisseur après l’essai de fluage. Ces indices qui varient de 1 à 4 ne sont utilisés qu’en cas de superposition d’isolant. Cas typique : sous-couche thermique d’indice a1 sur une sous-couche acoustique d’indice b3 ;

– d’une sous couche ayant une fonction acoustique (A).

5/ Étanchéité des planchers ­intermédiaires.

Le chapitre complet sur l’étanchéité des sols intérieurs a été supprimé car un DTU de carrelage n’a pas à traiter d’étanchéité. Dans la pratique, il faut se reporter aux « Règles professionnelles concernant les travaux d’étanchéité à l’eau, réalisés par application de systèmes d’étanchéité liquide sur planchers intermédiaires intérieurs » (Apsel, octobre 2002).

7/ Pose en sols extérieurs.

Ce domaine d’emploi est assez limité. Pour l’essentiel, on trouve les terrasses à usage piétonnier, les balcons, les voies exclusivement à usage piétonnier sur dallage. Pour les pierres, à l’extérieur des bâtiments, il faut, par exemple, se reporter à la norme NF EN 1341 « Dalles de pierre naturelle pour le pavage extérieur » de juillet 2000 qui traite tous les cas pour le matériau (depuis le seul usage piétonnier jusqu’à la route) et à la norme NF P 98-335 « Mise en œuvre des pavés et dalles en béton, des pavés en terre cuite et des pavés et dalles en pierre naturelle » de décembre 1993 pour la mise en œuvre.

Pour la première fois, un document décrit de façon précise la mise en œuvre des revêtements sur des balcons non étanchés. Les règles sont contraignantes :

– support béton de pente 1,5 % éloignant les eaux de la façade ;

– seuil en béton avec décrochement minimum de 5 cm entre sol fini et seuil ;

– drainage sous le mortier de pose (faciliter l’écoulement des eaux traversant le carrelage et le mortier de pose pour limiter le risque de gel et d’efflorescence)

– mortier de pose de 5 cm d’épaisseur et carrelage conforme à la norme de gel NF EN 202 avec des restrictions. Exemple : les carreaux pressés ayant une absorption d’eau supérieure à 3 % ne sont pas admis.

En revanche, la norme reste muette sur les critères qui rendent nécessaire la mise en œuvre étanchéité sous revêtement sur un balcon. Socotec estime qu’elle est d’abord nécessaire si les dispositions constructives ci-dessus ne sont pas respectées (exemple renvoi des eaux vers la façade). Elle est également nécessaire dans les cas d’exposition les plus sévères (balcons du dernier niveau, front de mer).

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