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Sols : nouveau CPT pour les enduits de préparation

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Sols : nouveau CPT pour les enduits de préparation

Publié dans le cahier du Cstb n° 3469, le nouveau CPT (cahier de prescriptions techniques) pour les enduits de préparation sous revêtement de sol insiste sur l’exigence première de l’adhérence. Explications et commentaires de Jean-Paul Balcon, ingénieur à la direction des techniques et des méthodes de Socotec.

Les supports de revêtements de sols à base de liants hydrauliques dallages ou planchers en béton, par exemple, nécessitent le plus souvent une préparation destinée à obtenir un état de surface compatible avec les revêtements prévus. L’une des solutions les plus courantes consiste à appliquer des enduits de lissage ou de ragréage. Cependant, les désordres qui en résultent, notamment avec des revêtements plastiques, sont fréquents et le coût des réparations ou le montant des préjudices causés peuvent être très élevés. À cet égard, le précédent CPT de 1995, devenu obsolète du fait de la non prise en compte du traitement des fissures et de l’application sur supports poreux ou fermés, fait place depuis l’été 2003 à un nouveau document de référence.

Les Cahiers techniques du bâtiment : Pouvez-vous préciser quelle est la problématique des ces enduits par rapport à la tenue des revêtements de sol ?

Jean-Paul Balcon : Il faut d’abord préciser que ces enduits de préparation sont le plus souvent associés à des revêtements collés tels que des sols plastiques, des revêtements textiles ou des parquets. Le décollement d’un enduit de lissage ou de ragréage se produit le plus souvent au droit des accidents du support que sont les joints de retrait ou de fractionnement, les fissures et microfissures. Le décollement fait que l’enduit poudre à la marche ou au roulage : un sol plastique, par exemple, devient alors non adhérent, se détend et cloque.

Les enduits de préparation sont classés en fonction des épaisseurs d’application et du classement Upec des locaux dans lesquels ils sont admis. Ce sont des produits sous Avis technique avec certificat de qualification CstBat. Ainsi, les enduits de lissage ont une épaisseur d’application comprise entre 1 et 3 mm, et conviennent pour des locaux P2, à l’exception des parquets collés et des carrelages collés. Les enduits de ragréage ont une épaisseur d’application comprise entre 3 et 10 mm et conviennent pour des locaux P3 ; voire pour certains P4 et P4S. Enfin, les enduits de dressage conviennent pour les locaux P3, mais peuvent être appliqués jusqu’à 20 mm d’épaisseur ou plus, suivant leur Avis technique. Ce sont tous des enduits à base ciment, avec différents additifs destinés à obtenir les propriétés requises : adhérence, résistance à l’abrasion, aptitude à l’autolissage, non dessiccation, homogénéité de l’absorption d’eau en surface…

CTB : Quelles sont les nouveaux aspects abordés par le CPT ?

J-P. B. : Cette nouvelle version du CPT prend en compte 4 grandes préoccupations :

– le choix du couple enduit-­primaire en fonction de la porosité du support ;

– le traitement des fissures ;

– la prise en compte des locaux à risques particuliers ;

– l’apparition prochaine d’enduits de ragréage sous Avis techniques pour locaux P4 et P4S.

Concernant le premier aspect, les supports sont caractérisés par leur absorption d’eau :

– un support est dit très poreux si une goutte d’eau posée en surface pénètre à l’intérieur en moins d’un minute ;

– un support est dit au contraire « fermé » si la goutte d’eau reste en surface pendant plus de 5 minutes ;

– entre les deux, le support est dit « normalement poreux ».

Chaque fabricant fait le choix d’un couple « primaire-enduit » par type de support et le fait valider dans le cadre de l’Avis technique. Dans chaque Avis technique, on trouve donc un ou deux primaires (exemple : un primaire pour support fermé et un autre pour support normalement poreux ou très poreux). Les primaires les plus courants sont des résines acryliques en dispersion aqueuse (supports normalement poreux ou très poreux), d’autres peuvent être des résines époxy bicomposants également en dispersion (supports fermés).

Pour le traitement des fissures, les mesures à prendre dépendent de leur ouverture :

– jusqu’à 3/10e de mm d’ouverture, les fissures peuvent être recouvertes sans précaution particulière (simple application du primaire) ;

– les fissures d’ouverture supérieure à 3/10e, y compris les joints de dallage, reçoivent un traitement spécifique lourd. L’objectif final est d’avoir un joint rempli, avec en surface des grains de quartz enchâssés dans une résine époxy. L’enduit ne peut adhérer sur un époxy durci d’où la nécessité de la présence de grains en surface.

Dans ce cas, les contraintes sont fortes : exécution le plus tard possible et après préparation du support, ouverture en V des fissures avec dépoussiérage à l’aspirateur industriel, mise en œuvre soignée de résines époxy fluides bicomposants, bande adhésive de part et d’autre de la fissure (pas d’application de primaire sur les grains de quartz), respect de températures d’application contraignantes.

Ces traitements font appel à des techniques qui relèvent davantage du métier d’applicateur de résines que de celui d’applicateur d’enduits base ciment. Même si le CPT décrit très précisément la mise en œuvre des traitements, on peut s’inquiéter du résultat lorsque l’application est réalisée par du personnel non formé à ces techniques.

CTB : Quid des locaux à risques particuliers ?

J-P. B. : Ils sont classés comme tels en fonction de critères de sensibilité vis-à-vis des opérations d’entretien, de maintenance et de réparation des revêtements de sol. Pour les locaux P3 et éventuellement les locaux P2, les pièces du marché doivent définir les locaux à risques particuliers, ce qui a pour but de responsabiliser les maîtres d’ouvrage. Cela signifie que si les locaux ne sont pas classés à risques particuliers, ils pourront être entretenus et réparés sans imposition d’exigences fortes en matière d’émission de poussière, de démontage ou non d’appareils. De même, l’absence de perturbation des activités ne pourra être exigée dans ce cas.

Pour les établissements de santé, le CPT se contente de placer les salles d’opérations en locaux à risques particuliers. Mais pourrait-on, par exemple, sans inconvénient, fermer un service d’urgence ou bloquer pour réparation tout un couloir d’hôpital ?

La notion de locaux à risques particuliers implique une préparation spécifique des supports :

– grenaillage systématique des bétons (projection de microbilles d’acier en circuit fermé, avec aspiration des poussières) ;

– ponçage abrasif et dépoussiérage à l’aspirateur industriel des chapes en mortier.

Cette préparation est systématiquement faite dans les locaux classés P4 et P4S.

Enfin, quatrième point abordé par le nouveau CPT, l’extension de l’utilisation d’enduits de ragréage pour les locaux P4 et P4S. En fait, les critères fixés pour l’obtention d’un Avis technique correspondent à une nouvelle famille de produits qui présente des performances mécaniques et d’adhérence très élevées.

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