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Solaire photovoltaïque : il est urgent de préparer 2015

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Solaire photovoltaïque : il est urgent de préparer 2015

Thierry Lepercq, consultant, chef de projet Photovoltaïque chez Poweo.

© (Doc. R. Bourguet.)

Le boom du solaire photo­voltaïque dans le monde est le secret le mieux gardé en France, dans le débat agité sur l’énergie auquel nous assistons. En dix ans, on est passé d’une activité artisa­nale, destinée à pourvoir en électricité certains sites isolés (relais de télécommunications, refuges de haute montagne, puits en région désertique…) à une industrie majeure, dédiée aux installations connectées au réseau (équipement de toitures, fermes solaires…).

Selon les analystes de Clsa (1), la filière photovoltaïque mondiale a produit l’an dernier 1,5 GWc, soit 30 fois plus qu’en 1995, représentant un plus de 11 MM$. Dès 1996, le Japon a, le premier, décidé de subventionner les installations photovoltaïques pour conforter les débouchés de son industrie des semi-conducteurs. En 1998, l’Allemagne a suivi pour répondre à la volonté de la nouvelle coalition rouge/verte de sortir du nucléaire. Les initiatives de ces deux pays – subventions directes pour l’un, tarif de rachat spécifique de l’électricité photo­voltaïque pour l’autre – ont permis d’enclencher une spirale vertueuse d’augmentation des volumes et de baisse des coûts, alimentée par les progrès technologiques et les effets d’échelle industriels. Ainsi, le surcoût de l’électricité photovoltaïque est passé en 10 ans d’un facteur 20 à un facteur 6 ou 8, selon la référence prise (tarif de pointe ou de base). Le coût encore élevé de l’électricité photovoltaïque – 40 c/kWh hors subvention, contre 8 c/kWh pour l’éolien – conduit certains, en France, à douter de son intérêt.

Pourtant, depuis 2004, plusieurs pays ont à leur tour adopté des schémas incitatifs de grande ampleur : l’Espagne, l’Italie, la ­Chine, les Etats-Unis ­(Californie) et, dans une moindre mesure, la France, par le doublement du tarif de rachat à 30,5 c/kWh pour les installations collectives (annoncé le 14/11/2005). L’argent privé afflue, et les introductions en Bourse de sociétés de la filière se sont multipliées en 2005. La dernière en date des sociétés ­introduites, Suntech Power (Chine), a vu son cours doubler en quelques semaines et capitalise plus de 5 MM$ !

Cet emballement montre que la filière a changé d’échelle, et la visibilité sur les perspectives des coûts s’est beaucoup améliorée. Les évolutions en cours ou prévues dans les prochaines années laissent prévoir que le facteur de surcoût devrait passer de 6 à 3 en 2009 par une réduction de trois quarts des coûts du silicium de qualité photovoltaïque, la diminution de l’épaisseur des « wafers » (plaquettes de silicium), l’augmentation du rendement énergétique de 15 à plus de 20 % (contacts à l’arrière), par des progrès dans les process (lami­nage) et les équipements électriques…

La poursuite des progrès technologiques et industriels (et les perspectives de technologies prometteuses telles que les concentrateurs, les rubans, les tuiles photovoltaïques…) conduisent les experts de la Commission européenne (PV-TRAC) à prévoir la parité en 2015 entre le coût de l’électricité photovoltaïque et celui de l’électricité produite à partir de combustibles fossiles.

Cela signifie que dans moins de 10 ans, selon toute probabilité, nous aurons à disposition, sans besoin de dispositif incitatif, une source d’énergie renouvelable sans limite (mille fois les besoins de la planète), très largement distribuée, fiable, silencieuse. En terme d’échelle, il suffira de doter 40 % des toitures (ou 2 % des terres cultivables) pour couvrir l’ensemble des besoins en électricité de la France.Comme le gouvernement allemand l’avait prévu dès 2000, le photovoltaïque se positionne pour devenir à long terme la première source d’énergie, dans le cadre d’un bouquet énergétique qui sera nécessairement plus diversifié qu’aujourd’hui.

L’impact d’une production d’énergie largement décentralisée sera considérable sur l’urbanisme et sur la construction : elle deviendra une part intégrante de l’architecture. Et ce avec le principe de bâtiment à énergie positive, tandis que l’électricité devrait s’affirmer comme le vecteur énergétique le plus efficace et écologique, au détriment du gaz notamment.

Mais cette évolution, loin d’être spontanée, suppose un engagement fort de tous les acteurs concernés : industriels, pouvoirs publics, collectivités, établissements financiers… et partenaires de l’acte de construire.

2015, c’est demain : il faut que les professionnels de la construction et la filière photovoltaïque s’y préparent ensemble, maintenant.

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