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SÉCURITÉ Protection feu par brouillard d’eau en IGH

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SÉCURITÉ Protection feu par brouillard d’eau en IGH

© (Doc. Radio France/Abramowitz.)

Mise en œuvre souple, encombrement, débit d’eau et dégâts réduits… autant d’avantages qui ont fait choisir la technique d’extinction automatique par brumisation pour protéger de l’incendie les archives de la Maison de la radio. Une première en France dans un IGH recevant du public.

Dans la perspective de la rénovation lourde de la Maison de la ­radio (mai 2006-juillet 2012) (1), la préfecture de police a imposé une remise aux normes de sécurité prioritaire des 22 ­niveaux de la tour centrale et des 5 niveaux de la petite couronne. Deux corps de bâtiment IGH ou ERP (2) de 22 000 m2 en structure métallique sans amiante et stable au feu 20 min (permis de construire de 1954), dans lesquels se trouvent toutes les archives sonores de Radio France. Soit avec plus de 15 km linéaires de partitions et livres originaux, 2 500 m de disques vinyles et 460 000 CD audio, l’obligation de déménager le plus important fonds documentaire au monde ! Si une partie a pu être transférée à l’Institut national de l’audiovisuel (INA), les archives sensibles (dites vivantes) doivent rester sur le site. Vu leur caractère hautement inflammable, ces dernières ont été stockées dans les bunkers des sous-sols réhabilités à cet effet.

Abris anti-atomiques convertis en lieux de stockage

Avec des parois de 0,50 m d’épaisseur (CF 6 h), les bunkers construits en pleine guerre froide (1963) au niveau –1 et –2, s’avèrent difficiles d’accès. Dans des locaux à risques, le potentiel calorifique admissible passe, en outre, de 400 mégajoules/m2 pour un IGH normal, à 1 200 et 1 500 mégajoules/m2, et implique une installation d’extinction automatique. « Avec un sprinklage traditionnel, il aurait fallu créer des réserves d’eau de 200 à 300 m3, ou demander à la Ville de doubler les conduites d’alimentation pour passer de 100 à 200 mm de diamètre, explique Daniel Fossier, délégué à la sécurité préventive chez Radio France. De même, les abris répartis sur 350 m auraient nécessité des canalisations de 200 mm en sortie de sprinklage. » On sait aussi que ce type de système requiert des conduites de 70 à 80 mm en partie courante. Or, les circulations déjà encombrées par les tuyauteries de climatisation eau chaude, eau glacée, eaux usées… laissent peu de passage, compte tenu de la faible hauteur sous plafond. « L’eau crée souvent plus de dégâts que le feu, poursuit Daniel Fossier. Et nous ne voulions pas que ces archives sensibles soient noyées par un système de protection traditionnel. » Enfin, le sol en béton armé est dépourvu de siphons pour récupérer les eaux d’extinction. Quant au déménagement, il doit s’effectuer en moins de 3 mois !

« Le système par brumisation s’est avéré intéressant à la fois sur le plan financier, et pour la mise en œuvre plus souple, extensible au fur et à mesure des évolutions du bâtiment, commente Gérard Delacroix, directeur général adjoint de Radio France. De plus, les petites sections de tuyaux alimentant les têtes peuvent se faufiler entre les réseaux. » Si cette solution innovante est utilisée à l’étranger depuis 5 ans et quasi généralisée dans les navires, elle n’est pas reconnue en France. Les motifs ? Un doute sur la dispersion des molécules d’eau et sur la dégradation du mélange hydrogène/oxygène contenu dans l’eau, et surtout sur l’efficacité en cas d’incendie dans un bâtiment tertiaire. Bâtiment dont l’environnement diffère des espaces confinés aux températures d’exploitation moindres que sont celles des bateaux ! En l’absence de règles d’installation et d’implantation des équipements, il a donc été décidé d’effectuer des tests en grandeur nature au Cnpp pour convaincre la commission de sécurité de la préfecture de police. Objectif : apporter la preuve de la fiabilité du système et de la non-dangerosité pour les ­pompiers. Le protocole fixe à 15 min le temps minimum de brumi­sation pour contenir le feu jusqu’à l’arrivée des pompiers et de leurs moyens d’extinction. Les 10 essais réalisés ont confirmé une performance du système Hi-Fog de Marioff supérieure aux résultats attendus (voir encadré). À noter, à l’instar du sprinklage, le brouillard d’eau déstratifie les fumées qui se répandent dans tout le local. Ici, le désenfumage est assuré au coup par coup par des extracteurs.

Trois mécanismes complémentaires

La technologie du brouillard d’eau haute pression éteint le feu par trois mécanismes complémentaires : le refroidissement et l’appauvrissement en oxygène liés à l’évaporation de l’eau, et le blocage de la chaleur qui dépend surtout de la quantité et de la taille des gouttelettes. Ici, le brouillard est composé de fines gouttelettes d’eau (50 à 120 microns) diffusées via des buses par des pressions jusqu’à 140 bars : cette association ­garantit une pénétration efficace et un refroidissement rapide des gaz. La brumisation absorbe et fait écran au rayonnement thermique émis par le foyer et chasse l’oxygène de la zone de combustion. D’où une faible quantité d’eau consommée, et donc des dégâts, un temps et un coût de nettoyage minimisés contrairement à l’arrosage des systèmes d’extinction traditionnels. En outre, l’eau délivrée est propre et le circuit pérenne, puisque l’acier inoxydable (316L) des tuyauteries évite la corrosion due à la stagnation de l’eau.

Comme tout procédé d’extinction à eau, l’installation des systèmes de pompe a été dimensionnée pour répondre à la totalité des locaux à risque de Radio France (110 000 m2) et alimenter jusqu’à 10 000 têtes réparties entre chaque rayonnage. Mais elle est calculée et équilibrée pour contrôler une surface impliquée de l’ordre de 200 à 220 m2, soit de 400 à 500 têtes pour 500 m3.

Dans ce cadre, une seule buse ouverte délivre une pression de 140 bars, contre 70 bars si toutes les buses sont actionnées. Toutes les 3 semaines, les services internes à Radio France pratiquent un essai réel de mise en route des pompes (pression constante à 25 bars pour des aspects d’étanchéité). Quant à la maintenance technique de l’installation, elle est assurée deux fois par an par le constructeur, conformément à la normalisation européenne sur le sprinklage (NF EN 12845), excepté pour la pression du débit. Pour ce lot couvrant 1500 m2, le coût des travaux d’installation du système Hi-Fog s’élève à 180 000 € HT.

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