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Sauvegarder notre patrimoine à moindre coût : la solution existe

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Sauvegarder notre patrimoine à moindre coût : la solution existe

Gérard Jamain, ingénieur-conseil et économiste du Patrimoine, fondateur du cabinet Héritage, lauréat de l’académie d’Architecture.

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Gérard Jamain, ingénieur-conseil et économiste du Patrimoine, fondateur du cabinet Héritage, lauréat de l’académie d’Architecture.

Les Journées du Patrimoine ont été l’occasion pour un grand quotidien de mettre en exergue ces entrepreneurs spécialisés « monuments historiques » qui, pour crier leur désespoir, ont drapé la cathédrale de Quimper de banderoles vindicatives pour réclamer à l’État 60 Me!

Au même moment, au travers du budget 2005, le ministère de la Culture débloquait un peu moins de la moitié de la somme réclamée pour la restauration des Monuments historiques.

Le ministre de la Culture précisant au journal télévisé, que l’État ne peut pas tout faire.

Le problème est-il seulement budgétaire ? Oui, quand l’on constate que nombre d’églises et de châteaux sont voués à la destruction par faute de crédits et que les entreprises licencient « à tour de bras » des compagnons d’exception !

Toutefois, en tant que praticien enseignant l’économie comparative à l’université (au centre d’études pour la conservation du patrimoine architectural et urbain à l’Université catholique de Louvain/Leuven), je ne peux que m’inquiéter de voir le retard pris par la France en matière de maîtrise des coûts. Ce dysfonctionnement fait d’ailleurs l’objet de rapports récents de la Cour des comptes, de la Commission des finances de l’Assemblée nationale et du Sénat. C’est unanime, le système est mauvais !

Ainsi, le manque de moyens ministériels, loin d’être un handicap, pourrait être le coup d’envoi d’un changement en profondeur. Les méthodes techniques, qualitatives et économiques qui ont fait leurs preuves depuis environ vingt ans, tant en France qu’à l’étranger, pourraient être généralisées. Par une meilleure gestion des travaux, la qualité vendue à juste prix se substituerait enfin à la quantité excessive, porteuse de coûts inutiles.

Ainsi, dans l’ouest, une commune cherche des financements pour restaurer son église. Elle frappe à toutes les « bonnes » portes pour obtenir des subventions… sans savoir qu’elle pourrait certainement économiser le tiers du montant des travaux, (l’équivalent d’1 ME !) avec des études un peu plus poussées.

Ces exemples se multiplient à l’infini. Ces sommes qui pourraient être économisées par la volonté des décideurs seraient injectées sur d’autres chantiers générateurs d’emplois, qui aujourd’hui, faute de subventions, sont bloqués…En attendant l’argent dort et le chômage progresse !

En définitive, les 25 Me complémentaires injectés par le ministère de la Culture dans le budget 2005 sont-ils suffisants ? Oui, si avec la décentralisation, les maires, les présidents de régions et de départements ne sollicitent pas demain des aveugles pour remplacer les borgnes d’aujourd’hui ! C’est pourquoi le cabinet Héritage a décidé de créer un institut de formation à la conservation du patrimoine des collectivités territoriales (1). Le but sera d’apporter aux maîtres d’ouvrage publics des outils de gestion en la matière.

Il est donc urgent que savoir et savoir-faire soient préservés et valorisés grâce à une concurrence loyale basée sur une obligation de résultat et non plus de moyens. En d’autres termes, que le savoir ne soit plus rémunéré en pourcentage par rapport au montant de travaux qu’il prescrit. Et surtout que le décisionnaire pour l’attribution des subventions prenne conscience du fait qu’il joue avec la vie des chefs d’entreprises et le devenir de leurs salariés. De plus, celui qui prend en otage une partie de la population en imposant des contraintes arbitraires engendre des surcoûts inacceptables.

Il est temps que tous deviennent des partenaires constructifs en privilégiant l’intérêt général.

vous lisez un article des Cahiers Techniques du Bâtiment N°247

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