Nous suivre Les Cahiers Techniques du bâtiment

RT 2012 : premier guide sur les rupteurs de ponts thermiques

Sujets relatifs :

RT 2012 : premier guide sur les rupteurs de ponts thermiques

Dans le cadre du programme d’aide aux professionnels Rage, un des premiers documents techniques édités fait le point sur les rupteurs de ponts thermiques.

Le « Guide de mise en œuvre des rupteurs de ponts thermiques sous Avis techniques » pour les travaux neufs est publié dans le cadre du programme Rage « Règles de l’art Grenelle environnement 2012 ». Publié en février 2013, il fait partie des premiers documents de ce programme d’accompagnement des professionnels dans la maîtrise des nouvelles règles de la construction. Jean-Marie Paillé, ingénieur spécialiste des structures en béton à la direction des Techniques et des méthodes de Socotec livre ses réflexions sur ce document.

CTB : Quel est le champ d’étude du Guide ?

J-M.P. : Il concerne les rupteurs de ponts thermiques bénéficiant d’un Avis technique. Ces dispositifs prévus pour être placés entre les planchers en béton et les murs porteurs extérieurs présentent des formes diverses : rupteurs continus où l’isolant thermique est filant, rupteurs discontinus où l’isolant est interrompu par des liaisons ponctuelles en béton.

CTB : Qu’apporte ce Guide par rapport aux Avis techniques ?

J-M.P. : Le fonctionnement des rupteurs doit être connu pour savoir dans quelle situation il est possible de les utiliser et surtout comment les utiliser. Pour chaque produit, l’Avis technique sert de référence au domaine d’emploi, aux justifications à produire et aux spécificités de mise en œuvre. Cette dernière, notamment, exige des précautions et un soin particulier définis dans chaque Avis technique et dans les plans de pose des entreprises.
Le Guide décrit les solutions communes à tous les rupteurs facilitant la communication sur ces ouvrages innovants. On y trouve, ainsi, des schémas très explicites particulièrement utiles aux professionnels.

CTB : Quelles sont les contraintes résultant de l’utilisation des rupteurs de ponts thermiques ?

J-M.P. :Les rupteurs permettent d’améliorer sensiblement les performances thermiques des parois en limitant le passage de flux de chaleur à quelques points singuliers. En métropole, leur performance thermique est optimale en cas d’isolation intérieure. Toutefois, le principe même des rupteurs, créant une faiblesse dans la structure du bâtiment, nécessite l’étude des conséquences sur l’acoustique, l’étanchéité, la sécurité incendie, ou encore la résistance aux séismes.
Le Guide rappelle de quelle manière ces fonctions sont impactées par la présence des rupteurs et comment y remédier. Pour l’acoustique, la faiblesse vis-à-vis de l’isolement au bruit aérien entre logements et l’augmentation des transmissions latérales seront limitées par la constitution même du rupteur, et son masquage obligatoire par un doublage thermo-acoustique intérieur. Pour certains rupteurs entraînant une augmentation de la transmission des bruits de choc, le choix d’un revêtement de sol plus performant sera nécessaire.
De même pour la sécurité incendie, la difficulté est résolue par l’ajout de plaques en matière minérale en sous-face du rupteur. Enfin, la conception des étanchéités des pièces d’eau devra tenir compte du fait que le plancher ne pourra jouer un rôle de retardateur en cas de fuite.

CTB : Et pour la résistance aux phénomènes sismiques ?

J-M.P. : C’est sans doute dans ce domaine que l’usage des rupteurs de ponts thermiques est le plus délicat, ce que rappelle le Guide. Tant que les efforts sont statiques, on peut assez bien imaginer leur comportement. Cela devient beaucoup plus délicat dans le cas des efforts dynamiques, tout spécialement avec les formes de certains bâtiments contemporains d’une grande complexité. Par ailleurs, la carte sismique de la France a récemment évolué et le nombre de zones concernées a sensiblement augmenté.
Dans les zones où les rupteurs sont les plus intéressants, du point de vue thermique, ils sont également soumis aux obligations parasismiques (Pyrénées, Alpes, Alsace, etc.).

CTB : À quoi doit répondre la prise en compte des rupteurs en zone sismique ?

J-M.P. : Pour ce qui est des dispositions en zone sismique, il faut tout d’abord s’assurer que le domaine d’emploi, défini dans l’Avis technique du rupteur, vise les zones sismiques. Ensuite, les AT de rupteurs visant les zones sismiques (zones de sismicité 3 à 5 pour la plupart des bâtiments à usage d’habitation) imposent deux conditions :
• que le bâtiment soit régulier au sens des normes parasismiques (PS92 ou Eurocode 8) ;
• que la justification du dimensionnement du bâtiment intègre l’affaiblissement de la liaison entre le plancher et la façade porteuse.
Par expérience, le nombre de bâtiments répondant aux critères de régularité en plan et en élévation, tels que définis précédemment étant faible, cette condition élimine, de fait, un grand nombre de bâtiments.
Enfin, pour ces bâtiments réguliers, il est nécessaire qu’un bureau d’études effectue des justifications selon une méthodologie qu’il est impossible actuellement d’appliquer avec des logiciels courants.
Le Guide rappelle en particulier que l’utilisation en zone sismique de rupteurs continus est exclue du domaine d’application des Avis techniques. Pour les autres types, il y a encore débat entre les experts sur leur influence dans le comportement sismique des bâtiments.

CTB : Quel usage peut-on réserver aux rupteurs de ponts thermiques ?

J-M.P. : Pour les bâtiments non-concernés par la réglementation parasismique (soit du fait de leur implantation, soit par leur usage), les solutions du Guide décrivent les principes généraux présents dans les AT, facilitant leur appropriation par les professionnels.
Dans les cas où la réglementation parasismique est applicable et à l’appui des Avis techniques, l’utilisation de rupteurs de ponts thermiques est quasiment exclue, soit de fait, lorsque le bâtiment n’est pas régulier, soit indirectement, car la méthodologie de justification ne peut être appliquée. Cette situation est très regrettable, surtout avec la récente mise en application de la RT 2012. Les différents acteurs espèrent que des études permettront rapidement d’élargir le domaine d’application et de faciliter la production des justifications.

N°324

vous lisez un article des Cahiers Techniques du Bâtiment N°324

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2013 des Cahiers Techniques du Bâtiment

Nous vous recommandons

Un label Effinergie patrimoine pour 2019

Un label Effinergie patrimoine pour 2019

Difficile de proposer une rénovation énergétique des bâtiments du patrimoine sans braquer des architectes. Raison pour laquelle le collectif Effinergie, soucieux des enjeux de rénovation liés au[…]

Cinov : « Avec la loi ESSOC, les TPME de l’ingénierie indépendantes (re)deviennent les maîtres de l’œuvre ! »

Cinov : « Avec la loi ESSOC, les TPME de l’ingénierie indépendantes (re)deviennent les maîtres de l’œuvre ! »

Permis d'innover pour 8 lauréats

Permis d'innover pour 8 lauréats

Loi Essoc : vers "un choc sans précédent dans la simplification des normes de construction"

Loi Essoc : vers "un choc sans précédent dans la simplification des normes de construction"

Plus d'articles