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Retrouver la dimension symbolique des couleurs

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Retrouver la dimension symbolique des couleurs

Trop souvent oubliée, la symbolique montre qu’en dehors des modes et de la volonté de « faire beau », la couleur est un langage universel dont les codes continuent à agir dans notre inconscient collectif.

Il n’y a pas une histoire mais des histoires de la couleur, car le symbole est par ­définition un signe de reconnaissance qui varie selon les ethnies, les pays, les civilisations, les religions… Le symbolisme des couleurs concerne le sociologue, le psychologue, l’architecte et le styliste qui vont devoir l’intégrer pour chacune des sept couleurs universellement reconnues (les sept couleurs visibles de l’arc-en-ciel). Classiquement, le noir est l’absence de toute lumière et de toute couleur, le blanc la totalité de la lumière et des couleurs visualisées dans l’arc-en-ciel. Si nous nous basons sur des notions de physique, elles ne sont plus que six. Il existe trois couleurs primaires pigmentaires : le bleu, le rouge et le jaune et trois couleurs complémentaires associant les couleurs primaires entre elles deux à deux et s’opposant à la troisième : le vert, le violet et l’orange. Cette décomposition en huit couleurs ne traite pas du brun/marron, du rose et du gris, qui sont les produits des mélanges deux par deux entre rouge, noir et blanc. Ce qui porte le nombre de couleurs de base à onze. La perception humaine est ainsi capable de distinguer onze catégories de couleurs d’après les termes qui servent à les désigner et que l’on retrouve au sein des langues et des cultures les plus diverses. Lié à la course du soleil, le cycle jour – nuit rythme notre vie depuis les bleutés du soleil levant jusqu’au rougeoiement du soleil couchant avec les teintes qui s’assombrissent et s’estompent le soir.

Le blanc : sagesse et savoir

Confrontés à ce rythme, nos ancêtres voyaient dans la nature des couleurs chatoyantes. Pour transcrire leurs fantasmes sur les parois de leurs grottes, les premiers hommes n’avaient que du charbon noir et peu à peu ils ont découvert les couleurs naturelles (pigments) et les ont utilisées. À partir des Grecs, les alchimistes qui cherchaient « l’or philosophal » à partir du vil plomb, ont associé les métaux et les couleurs. Puis au cours du temps, avec l’expérience, la couleur s’est imposée comme un langage universel. Elle devient un mode de compréhension du monde et des hommes. Son symbolisme doit être appréhendé de manière globale et non analytique, visuelle et non factuelle.

Rappelons que les personnages sur les façades des cathédrales gothiques étaient habillés de couleurs symboliques chatoyantes. En ouvrant le « dictionnaire » des couleurs, il faut commencer par le blanc et le noir que notre culture judéo-chrétienne nous a appris à opposer. Le blanc est la somme de toutes les couleurs, tout en étant leur anéantissement. Il est reconnu comme pur dans toutes les civilisations.

Dans de nombreux textes, le blanc représente le bien, la sagesse, le savoir. C’est un symbole de passage et d’au-delà. Il s’identifie avec la lumière intérieure dans beaucoup de religions. Par opposition, le noir de la nuit fait peur. Il est la couleur de la mort, de l’inconnu… du mal. C’est oublier un peu vite que de ­grandes divinités à la peau sombre (Vierge Noire, Kali…) n’avaient rien de « mauvais » ou de négatif. Pour les alchimistes, le nigredo (l’œuvre au noir) ­représente la mort mais pas la fin. L’inconnu, le mystère, l’occulte sont symbolisés par la couleur noire. Ambivalente par essence, elle amène ce que l’on ignore à la lumière donc à la Connaissance. Dans toutes les religions, il indique la mort, l’obscurité de nos origines, l’obscurité du retour à la terre matricielle. Que nous évoquent maintenant les trois couleurs fondamentales ? Le bleu est la couleur considérée comme étant la plus froide, la plus sombre, la plus immatérielle. Procurant un sentiment de profondeur, le bleu se retrouve aussi bien dans le ciel que dans l’eau de la mer. Cette couleur absorbe les contradictions de l’être et procure une sensation de stabilité. Couleur du ciel, le bleu symbolise la vérité et la sagesse divine. « Le bleu attire l’homme vers l’infini », écrivit Kandinsky. Dans des miniatures indiennes Krishna, Civa, Rudra… sont de couleur bleue. Dans les peintures qui ­représentent l’Assomption, le voile de Marie est bleu. Mais le bleu a aussi une certaine ambivalence. Au bleu d’azur diurne, succède le bleu profond nocturne tirant vers le noir. C’est une couleur immobile, froide, incitant à la méditation. Le bleu des turquoises est chez les ­Aztèques à la fois signe de sécheresse et d’incendie. Dans le bouddhisme tibétain le bleu – couleur du Yang – est la couleur de la sagesse transcendante et de la vacuité qui ouvrent la voie de la Libération. L’ambivalence est permanente avec la couleur rouge éclatante. Le rouge est diurne, mâle, tonique, incitant à l’action… sombre au contraire, il est nocturne, femelle, secret. L’un entraîne, encourage, provoque, c’est le rouge des drapeaux, des enseignes, des affiches publicitaires… L’autre alerte, retient, incite à la vigilance voire inquiète : c’est le rouge des feux de circulation, la lampe rouge interdisant l’entrée d’un bloc radiologique ou opératoire, d’un studio photographique… Le rouge au premier regard est une couleur chaude, sauvage, énergique. Couleur du feu et du sang, elle est considérée comme un symbole fondamental du principe de vie avec sa force, son éclat, sa puissance. Étant l’attribut de Mars, dieu de la guerre, c’est une couleur masculine, brûlante et violente. En Grèce, elle représente l’amour sanctificateur, mais aussi l’innocence et la virginité. En Inde ancienne, Vishnu représentant l’amour divin, était habillé de pourpre. Au Moyen Age, le Christ fût souvent représenté vêtu de rouge et il en reste la vêture des cardinaux. En Chine et au Japon, le rouge est bénéfique, donneur de vie ; il éloigne les démons, d’où les portes des enceintes des temples shintoïstes et des portes d’entrée des maisons.

Le jaune, couleur de l’immortalité

Troisième couleur primaire, le jaune est la couleur du soleil, de la lumière et du métal le plus précieux, l’or. Cette couleur possède une vertu magique. ­Quasiment dans toutes les peuples, l’or fût lié à la richesse, donc à la noblesse, au pouvoir. C’est également la couleur de Dieu car on ne peut regarder le soleil en face. Couleur de l’immortalité, elle est celle de l’Empereur et des rois aussi bien en Europe qu’en Chine, Inde ou Égypte. En Perse, Mithra est en jaune d’or comme Apollon en Grèce. En Chine, c’est la couleur de l’Empereur qui est au centre de la terre, comme le soleil est au centre du ciel. Pour les chrétiens, le jaune est couleur d’éternité et l’or est son ­métal. Nous retrouvons ainsi le ­jaune dans le drapeau du Vatican avec l’or du ciboire et la croix de la chasuble. Mais il y a ambivalence, car le jaune annonce l’automne. Pour l’Islam, le jaune est lié à la trahison et la déception. Chez les Chrétiens, le jaune signifiait aussi trahison. Judas est représenté avec une robe jaune ainsi que les Juifs. On ne peut dissocier le jaune de l’or. Il est une arme de lumière, ce qui explique les couteaux ­sacrificiels en or et la faucille d’or des druides.

Un pouvoir sur tout ce qui vit

Considérons maintenant les couleurs complémentaires issues des précédentes. Couleur la plus répandue sur la terre, le vert est associé à l’eau et correspond à la renaissance de la nature, à la croissance, à la jeunesse. C’est à la fois l’éveil de la vie (verte jeunesse) et sa pérennité (il est encore vert). C’est une couleur féminine, réflexive. Dans la mythologie celtique, l’île des bienheureux, était la Verte Erin (l’Irlande). En Chine, elle correspond au Tschen – ébranlement – ce qui correspond au jaillissement de la nature au printemps et aussi à l’espérance, à la force, à la longévité, donc à l’immortalité. Pour l’islam, vert est le salut, d’où le drapeau vert car le manteau du prophète ­Mahomet était vert. Pour le christianisme, le vert représente la régénération de l’âme, la charité, la sagesse.

Dans le cycle arthurien, le Graal est un vase d’émeraude ou de cristal vert le plus pur, car il contient le sang de Dieu. ­Associant le jaune et le rouge et opposé au bleu, l’orange est un point d’équilibre entre l’esprit (le jaune) et le corps (le rouge). Cette couleur symbolise aussi la perception des émotions et des passions d’un point de vue physique. À mi-chemin entre le rouge et le jaune, elle symbolise le point d’équilibre entre la raison et la tempérance.

L’orange symbolise la fidélité. Si l’équilibre tend à se rompre vers le jaune, il y a révélation de l’amour divin. Mais dans son déséquilibre vers le rouge, il indique l’infidélité ou la luxure. Le violet est la couleur de la tempérance. Mélange de bleu et de rouge, il associe action réfléchie et lucidité, équilibre entre ciel et terre, le sens et l’esprit, la passion et l’intelligence, l’amour et la sagesse. La carte du Tarot « la ­Tempérance » tient dans ses mains un vase bleu et un vase rouge entre lesquels s’échange un fluide incolore : l’eau vitale, échange perpétuel entre le rouge chtonien et la force impulsive du bleu céleste. C’est la couleur du secret, elle correspond au passage de la vie à la mort. C’est aussi la couleur de l’obéissance et de la soumission. La bague de l’évêque que baisent ses ouailles est une améthyste. À cela s’ajoute une connotation négative d’ambiguïté, de tristesse, de mélancolie. La violette est une fleur funéraire : dans l’antiquité, Proserpine en cueillait quand elle fut envoyée aux ­enfers.

En Extrême-Orient, le violet a une signification dynamique : passage du Yang au Yin, de l’actif au passif.

En savoir plus

« Histoire et symbolisme des couleurs » par J. Peyresblanques aux Editions INRS.

Couleur Effets psychologiques Vêtements religieux Vertus théologales et cardinales Emplois symboliques Planètes en astrologie Métaux et alchimie
Blanc Sobre, fidèle, propre, clair Pape, moines, novices Foi Arjuna Lune LuneAlbedo
Noir Passif, triste, déterminé, pessimiste Prêtres, moines, imams La Ka’ba de la Mecque, Diane d’Ephèse, Isis, Kali Pluton BismuthNigredo
Bleu Calme, tendre, sincère, féminin Voile de la Vierge Fortitude ou force spirituelle Osiris, Krishna, Vishnu, Jupiter, Zeus, les Aztèques Uranus Zinc
Rouge Chaud, dynamique, stimulant, excitant Cardinaux Charité Mars, Seth, La Cité interdite de Pékin Mars Fer Œuvre au rouge
Jaune Joyeux, spirituel, dynamique Drapeau catholique Prudence Mithra, Apollon, Judas, Lucifer, l’empereur de Chine Soleil Or
Vert Calmant, équilibrant, reposant, favorisant l’activité spirituelle Espérance Le Graal, Christ après sa crucifixion, Saint Jean, Vénus Cuivre
Violet Triste, mélancolique, digne Evêques Tempérance Apollon, Christ pendant la Passion, passage du Yang au Yin Neptune Cobalt
Orange Stimulant Moines bouddhistes Justice Dyonisos, Jupiter Etain
Gris Saturne Plomb
Brun/marron Mercure Mercure
Rose Vénus Cuivre

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