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Rétification : un traitement non chimique des bois

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Rétification : un traitement non chimique des bois

Le procédé de chauffage à haute température des bois élargit le champ d’application des essences de qualité secondaire de nos régions tempérées.

Mis au point en 1995 par les ingénieurs de l’École des mines de Saint-Etienne (Loire), le procédé de traitement du bois par rétification (marque déposée) permet d’obtenir un nouveau matériau. Usité pour désigner le traitement du bois à haute température, ce néologisme est issu de la contraction du mot réticulation – réarrangement de certaines chaînes moléculaires sous l’action de la chaleur – et du mot torréfaction. Le traitement consiste en une pyrolyse du bois à des températures proches de 250°, réalisée sous atmosphère inerte (azote) et ce sans l’emploi de produits chimiques. Le cycle de traitement dure environ 9 heures pour des épaisseurs de bois de 27 mm. Les réacteurs de traitement actuels, alimentés au gaz ou à l’électricité, peuvent traiter 3 000, 6 000 ou 9 000 m de bois rétifié par an, soit des surfaces de 96 000, 192 000 ou 288 000 m en 27 mm d’épaisseur. Dans un procédé concurrent finlandais nommé VTT, le gaz inerte est remplacé par de la vapeur d’eau et les températures de four sont inférieures. Il faut noter que les bois traités selon ce procédé semblent avoir des qualités mécaniques sensiblement équivalentes à celles offertes par la rétification.

Une valorisation des bois de qualité secondaire

Dans tous les cas, certaines caractéristiques du bois naturel, résineux ou feuillu, sont améliorées à la suite de ces traitements thermiques. En effet, la rétification réduit le caractère hydrophile du bois naturel, abaisse les courbes d’équilibre hygroscopique à l’air humide et stabilise dimensionnellement le bois en diminuant d’une manière importante le retrait volumique total de l’ordre de 50 %. Elle augmente très sensiblement la dureté de surface et la résistance en compression. En revanche, le fait qu’une partie de la lignite présente dans le bois disparaisse lors de cette opération rend l’élément traité plus fragile et plus cassant en abaissant sa contrainte de flexion. En outre, la sensibilité aux insectes (sauf les termites) et aux agents de dégradation biologique est fortement diminuée.

Ces procédés de traitement à haute température assurent aux bois de qualité secondaire des utilisations nouvelles et plus nobles en accroissant leur durabilité avec un gain de 2, 3 voire 4 classes. Il est ainsi possible d’obtenir, à partir d’essences courantes et/ou peu onéreuses telles que le pin sylvestre, le pin maritime, le pin Douglas, le frêne, le peuplier, le hêtre ou le bouleau, des produits aussi résistants au vieillissement que des bois exotiques, coûteux et posant parfois des problèmes d’approvisionnement. De nombreuses applications sont alors possibles dans le cadre d’ambiances et/ou d’usages sévères, d’autant que le bois ainsi traité est facilement usinable et rabotable sans abrasion des outils. Garantissant une bonne tenue au feu, les produits montrent une teinte homogène. Ils restent compatibles avec les colles, vis, peintures, lasures, cires ainsi que tous les traitements anti-grisaillement et peuvent, enfin, être associés à d’autres matériaux par collage ou par combinaison sous forme de composites.

Une alternative aux CCA en voie d’interdiction

En France, de nombreux produits destinés aux aménagements extérieurs utilisent du bois chauffé à haute tempéra­ture : aires de jeux, pontons, mobilier urbain, jardinières, pergolas, terrasses, éléments de jardin, caillebotis, bancs, pourtours de piscines, cheminements… La rétification est perçue comme étant techniquement et esthétiquement plus séduisante que l’autoclavage, cela pour un surcoût moyen de l’ordre de 40 %, ce qui reste très acceptable par rapport aux améliorations apportées. En effet, dans un avenir proche, ce choix devrait être d’autant plus compétitif qu’il constitue une alternative écologique aux traitements chimiques traditionnels de préservation du bois, en particulier le CCA (cuivre–chrome–arsenic). Le bois traité selon cette dernière méthode, très utilisée dans le cadre des traitements en autoclave, est déjà interdit en France pour les jeux d’enfants. Il sera définitivement prohibé en Europe dès juin 2004 pour toutes applications. Les problèmes posés par l’élimination des produits en fin de vie ou des résidus traités CCA vont s’intensifier, ces bois étant considérés comme des déchets industriels spéciaux (DIS). Déjà en France, certains maîtres d’ouvrage, comme le Conservatoire du littoral, préconisent le bois rétifié pour les projets d’aménagement publics en zones sensibles.

De nombreuses utilisations dans l’enveloppe du bâtiment

Autre débouché : les parquets et le mobilier destinés aux pièces humides. Le bois est à la mode dans les salles de bains et les salles d’eau et pourtant, le bois n’aime pas (toujours) l’eau. Il y a encore peu de temps, la plupart des fabricants déconseillaient la mise en œuvre de parquet en pièces humides. Mais la pression de la clientèle a été la plus forte et ils sont aujourd’hui quelques-uns à proposer des parquets et du mobilier essentiellement composés de teck, iroko, jatoba, doussié ou moabit, des bois résistant à l’humidité et onéreux. Quelques fabricants de bois rétifié proposent désormais des parquets et des meubles de salles de bains à des prix concurrentiels : HTT, implanté à Soustons dans les Landes, commercialise des meubles en kit pour salles de bains ainsi que de « vrais » parquets « pont de bateau », dont la rainure est traitée avec un joint polyuréthanne souple. Les parquets traditionnels sont aussi concernés grâce, entre autres, à une tendance actuelle qui favorise les contrastes. Le frêne rétifié, très stable, concurrence le wengé, du fait de sa teinte foncée, cela pour un coût plus faible et des sources d’approvisionnement sans limites. Exemples : le sol d’un magasin Habitat à Lisbonne (Portugal) a été entièrement revêtu de frêne rétifié, tout comme certaines parties de l’opéra de Lyon (Rhône). Dans les deux cas, ces applications sont soumises à des conditions de trafic particulièrement intense.

Malgré tout, les débouchés ne peuvent être conséquents que dans le cadre de décorations bien définies : or, l’aspect souvent sombre et vieilli du bois rétifié ne correspond pas toujours à l’aspect esthétique recherché en aménagement intérieur.

Bardages, lambris, volets, portes, portails, garde-corps, planchers, dalles sur plots, murs antibruit… En théorie, tous les éléments de bois soumis aux intempéries et/ou à l’humidité peuvent être concernés par la rétification. Dans la pratique, cette industrie encore jeune – le leader NOW (New Option Wood) a été créé en 1995 afin de commercialiser le procédé qui venait d’être mis au point – se concentre sur les produits à plus forte valeur ajoutée. En zone montagneuse, des volets, des garde-corps et des planchers extérieurs en bois rétifié font leur apparition. Les caractéristiques techniques du matériau le destinent naturellement aux bardages. Présentés sous forme de clins horizontaux et fixés sur une ossature en bois selon la technique de la lame d’air ventilée, ils correspondent à la demande actuelle de produits d’aspect bois naturel. La rétification apporte une stabilité dimensionnelle et une résistance accrue aux agents biologiques. Les essences les plus employées pour cet usage sont l’épicéa et le peuplier, ce dernier étant perçu par les spécialistes comme le plus stable, le plus léger mais aussi le plus résistant aux différentes agressions climatiques. Techniquement, des programmes de recherche associant le Ctba (Centre technique du bois et de l’ameublement) et les différents fabricants vérifient et valident l’adéquation des essences disponibles en fonction des applications prévues. En France, cinq sociétés « plateformes de rétification » exploitent le brevet détenu par NOW. Les sites sont toujours implantés près des gisements (bassin forestier) ou des lieux d’utilisation. Rétitech, par exemple, a choisi d’installer une unité de traitement aux environs de La Rochelle (Charente-Maritime) en raison des nombreuses applications publiques (signalétique, mobilier urbain, aménagements des ports de plaisance, des abords de plage…) et d’une position centrale par rapport aux approvisionnements – entre les résineux en provenance du Sud-Ouest et les feuillus (frêne, hêtre) de Bretagne. Enfin, d’autres procédés de bois chauffé à haute température (le Bois Chauffé, le Bois Perdure), techniquement très proches, proposent des prestations logiquement assez voisines.

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