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Restauration minimaliste d’un prieuré en plâtre et staff

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Restauration minimaliste d’un prieuré en plâtre et staff

Le prieuré comprend un cloître et deux cours autour desquelles s’organi­sent les bâtiments. Quatre époques de construction coexistent : les baies murées du grand mur oriental sont romanes ; les salles capi­tulaires et le cellier sont édifiés au xiiie siècle ; le logis du prieur et la porterie ont été modi­fiés au xvie siècle ; les galeries du cloître et les bâtiments situés autour de la cour du prieuré ont été reconstruits aux xviie et xviiie siècles. (Doc. P. François.)

L’un des plus grands monuments de la Bourgogne romane, classé au patrimoine mondial, est en cours de restauration depuis une dizaine d’années. Des travaux sur les gypseries,réalisés de 2007 à 2009, dans l’aile nord du prieuré, ont contribué à restituer l’esprit des lieux.

Le prieuré de La Charité-sur-Loire, dans la Nièvre, fait l’objet depuis 2001 d’un vaste chantier de restauration dont le schéma directeur a été confié par la Ville à Paul Barnoud, architecte en chef des Monuments historiques (ACMH). Outre la Ville de La Charité, propriétaire du monument, la maîtrise d’œuvre est assurée par l’État et la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) de Bourgogne.

Ces travaux s’inscrivent dans le cadre d’une politique de remembrement, entreprise depuis 1975, qui a permis de reconquérir l’emprise originelle du monastère bénédictin et de réunifier le foncier. « La Ville a fait jouer son droit de préemption, sous l’impulsion de son ex-architecte conseil, Jean-Pierre Duthoit, pour acheter progressivement et restaurer les bâtiments situés à l’intérieur du prieuré », explique Luc Jolivel, chef de projet Patrimoine.Ils retrouvent ainsi peu à peu de nouvelles affectations, principalement dédiées à l’organisation de manifestations culturelles diverses.

Des strates historiques conservées

L’histoire du site est compliquée. Voulu par le puissant ordre de Cluny, le prieuré commence à s’édifier vers 1059 : la vaste église Notre-Dame (122 m de longueur à l’origine) aux riches décors sculptés, l’église Saint-Laurent, plus modeste et les bâtiments monastiques en périphérie.

Ravagés par un incendie en 1559, ils sont reconstruits du xviie au xviiie siècle, vendus par lots à des particuliers en 1789 et intégrésau tissu urbain. Des habitations voient alorsle jour.

Depuis 1840, le prieuré n’a plus subi de modifications majeures. Cette année-là, Prosper Mérimée, inspecteur des Monuments historiques, sauve Notre-Dame, en donnant un avis défavorable au passage de la route royale qui devait couper l’église en deux et classe le monument.

En 1998, il est inscrit au patrimoine mondialde l’Unesco, au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle.

Les traces de vieillissement reconstituées

« Une grande poésie émane de cet ensemble complexe que les restaurations récentes ne semblent pas avoir substantiellement modifié, constate Paul Barnoud. Restaurer dans ce contexte, c’est avancer prudemment, conserver l’enchevêtrement des éléments bâtis intéressants ou significatifs de toutes les époques, mais c’est aussi sélectionner, opérer des choix. Il s’agit avant tout de prendre le monument tel qu’il est avec les traces d’ancienneté et de procéder par ajustements successifs. »

Ce chantier au long cours s’échelonne en plusieurs phases. « L’esprit de la restauration a consisté, non pas à retrouver un état disparu, mais à laisser apparaître le dernier état, avec les traces de vieillissement », souligne l’ACMH.

• De 2007 à 2009, les salles du xviiie siècle, situées dans l’aile nord du cloître, ont fait l’objet de travaux de restauration des gypseries, réalisés par l’entreprise Werey Stenger Plâtre et Staff, implantée dans le Haut-Rhin (68).

Greffés sur une galerie de cloître, le réfectoire, la cuisine, la salle à manger et le salon du prieur ainsi que la procure (350 m2 au total), ont ainsi conservé tout ou partie de leurs décors. « Le salon du prieur et la procure avaient conservé leur épiderme dans les parties hautes et ont pu être restaurés par de simples nettoyages, consolidations et réintégrations.

Dans le réfectoire, toutes les parties basses avaient disparu. Mais la démolition d’un mur parasite a mis à jour deux fragments d’une frise en stuc, qui ont permis de reconstituer par moulage les triglyphes qui soutenaient les retombées de voûtes d’arêtes abondamment décorées. »

Ces parties basses, dix consoles décoratives en pierre, étaient détruites à 80 %. L’absence de modèles, de documents graphiques a constitué l’une des principales difficultés pour les staffeurs. « Ce fut un chantier moins important en volume que d’autres, mais plus difficile en raison de l’état de délabrement des décors, très encrassés par des graisses, des noirs de fumées et surtout très dégradés, avec beaucoup de manques », explique Marie-Pierre Barthélémy, spécialisée dans les ouvrages en staff et responsable du bureau d’études de l’entreprise Werey Stenger. « L’une des contraintes de l’ACMH était que les décors n’aient pas l’air neuf, afin de rendre les raccords invisibles. Il fallait conserver des traces, reprendre les moulures manquantes avec des épaufrures, pour vieillir les surfaces. C’est assez exceptionnel qu’on nous demande de refaire du neuf qui semble avoir vécu ! » Un parti pris exigeant, qui a nécessité une bonne entente entre architecte et corps de métier.« On ne voulait surtout pas faire du faux vieux. Il s’agissait d’être conservateur au maximum et d’harmoniser à la marge les nécessaires compléments, de façon la plus discrète possible. Une ligne assez délicate à tenir car il faut éviter toute falsification. Il faut aussi qu’un œil exercé puisse reconnaître assez facilement ce qui est authentique ou pas. »

Toutes les surfaces ont ensuite fait l’objet de travaux de peinture, des badigeons de chaux aux tonalités subtiles, mis en œuvre parl’Atelier Eschlimann, installée à Fegersheim, dans le Bas-Rhin : divers gris clairs dans le réfectoire, des teintes très soutenues, couleur terre dans le salon du prieur pour évoquer les nuances du bois.

« C’était un chantier d’intérieur extrêmement compliqué, reconnaît Paul Barnoud. On a cherché à travailler dans un esprit de restauration minimaliste, en conservation au maximum, tout en procédant à des interventions non négligeables dans les différentes pièces. Cela demande une attention de tous les instants : une grande présence sur le terrain, beaucoup de coordination et de discussion avec les entreprises, de nombreux tests et allers-retours... ».

Un chauffage par le sol pour utiliser l’inertie

L’absence de sols a favorisé l’installation d’un chauffage, suivie de la pose de carreaux deterre cuite, d’un très beau rouge, fabriquéspar la tuilerie artisanale de la Chapelle à Corbigny (58). Un chauffage par le sol a également été mis en œuvre dans l’aile est du prieuré (400 m2).

• De 2005 à 2008, une galerie de cloître du xviiie siècle et deux pièces voûtées, profondément mutilées, ont été restaurées dans le même esprit de conservation (voir encadré ci-contre).La majorité des tomettes ayant disparu, le choix du sol s’est alors porté sur des pierres de Malvaux Garchy, provenant d’une des dernières carrières indépendante française (Sauvanet Carrières de la Nièvre, à Suilly-la-Tour). De tonalité blanche à pâte fine, elles présentent des caractéristiques proches des pierres mises en œuvre à La Charité. « En réintroduisant un matériau différent, on risque d’altérer la résistance des pierres d’origine », souligne l’architecte en chef. « L’intérêt des monuments anciens est d’utiliser l’inertie considérable des maçonneries. L’un des problèmes d’ailleurs, c’est qu’elle est peu présente dans les calculs effectués dans le cadre de la Régle­mentation thermique. Souvent, les résultats sont très pessimistes. En effet, les consommations montrent rapidement que la situation est beaucoup plus favorable qu’on ne pourrait le croire à la simple analyse normative », indique-t-il.

• De 2001 à 2004, période de la première tranche de travaux, le jardin des Bénédictins, véritable champ de ruines a été aménagé.

Au programme, la valorisation de vestiges archéologiques découverts dans les années 1970, au hasard d’un coup de pelle d’un terrassier.

L’enjeu est désormais de restaurer les étages des bâtiments et les toitures. Par ailleurs, un jardin sera créé au cœur du cloître. Une enveloppe de 7 M€ devrait permettre de financer les travaux, toujours avec le soutien de l’État et de la Région Bourgogne, dans le cadre d’un contrat de projet 2007/2013, ainsi que de l’Union européenne (programme opérationnel Feder 2007/2013).

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