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Reprises en sous-œuvre et jeux de lumières au musée Fabre

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Reprises en sous-œuvre et jeux de lumières au musée Fabre

Après quatre années et demie de travaux lourds, le musée Fabre de Montpellier a rouvert ses portes au printemps dernier. Une surface doublée, l’homogénéisation de bâtiments disparates et une muséographie de haut niveau sont les trois axes de cette rénovation.

Grâce à l’annexion d’une ancienne bibliothèque municipale mitoyenne, au creusement d’un niveau en sous-sol et à la construction d’un bâtiment neuf, la surface du musée Fabre de Montpellier a été plus que doublée, à l’issue des travaux, avec 12 000 m2 de surface utile totale des bâtiments, dont 9 200 m2 de surfaces d’exposition. C’est aux ateliers d’architecture, Brochet-Lajus-Pueyo (Bordeaux) et Nebout (Montpellier) que l’on doit la valorisation de ce patrimoine bâti hétéroclite. Le nouveau musée devait donc proposer un parcours cohérent, avec des circulations simples, à partir d’un ensemble de trois corps de ­bâtiments R 3 (avec un niveau de cave), d’architectures, de périodes et d’altimétries diffé­rentes, sans liens ni logique apparents. Tous ces bâtiments avaient subi au cours de leur histoire des modifications successives, ayant dénaturé les espaces d’origine. Ces travaux visaient à étendre la surface du musée (par 2,5 la surface d’exposition) pour redéployer et enrichir les collections en y faisant entrer l’art contemporain (notamment le peintre Soulages). Ils ont aussi permis d’intégrer des services annexes (centre de documentation, auditorium, restaurant…) afin de mieux ancrer le musée dans la ville.

Une première phase de nettoyage

En 2002, une phase préliminaire de travaux a tout d’abord été réalisée, afin d’aménager des réserves provisoires en dehors du site. Environ 600 m2 ont été nécessaires pour stocker l’ensemble des collections. Cette phase s’est accompagnée d’une campagne de fouilles archéologiques préventives in situ au niveau des cours Bazille et Bourdon, révélant notamment la présence d’un habitat médiéval. À partir de 2003, une phase de 6 mois de travaux de démolitions intérieures a mis à jour la structure des bâtiments, sans affecter les éléments porteurs fondamentaux : démolition des cloisonnements, d’escaliers, de poutres et de planchers, enlèvement de doublages, sols et parements muraux, dépose d’appareillages techniques (ascenseurs…) et des réseaux. Cette phase permet d’appréhender au mieux les caractéristiques de l’existant et de préparer les neuf mois de travaux qui vont suivre. Neuf mois au cours desquels les cours Bazille et Bourdon vont être excavées sur 6 m, tandis que sont confortées les fondations des bâtiments environnants par fondations spéciales et reprises en sous-œuvre (voir encadrés).

Soit 12 000 m3 de terres enlevées et environ 1 100 m3 de béton coulés, 1 300 m de tirants d’ancrages et 6 000 m de micropieux. Outre la surface gagnée, cette excavation met le musée au niveau de la ville, en l’occurrence l’esplanade Charles-de-Gaulle.

L’aménagement des cours Bazille et Bourdon en hall d’accueil et en salle d’expositions temporaires (1 000 m2 environ) réalisent un parcours de plain-pied avec la cour Soulages, pour l’accès principal au musée depuis l’esplanade. La surface de planchers créée représente 2 200 m2.

Les bâtiments du musée et les bâtiments voisins étant fondés sur un terrain aux performances médiocres, ils avaient subi d’importants tassements dans le temps. La quantité de fissures générées a pu être limitée grâce au fluage des matériaux. Mais les opérations de terrassements et de reprise en sous-œuvre ont posé des problèmes de dissécation. En effet, le fait de creuser plus bas que le fond de fouilles peut modifier la teneur en eau de l’argile et provoquer des tassements supplémentaires sur les bâtiments voisins.

Un réseau de repères géométriques

Comme l’explique André ­Verdier, ingénieur au BET Verdier : « Il était nécessaire de contrôler les mouvements du bâti par une méthode observationnelle ».

Un réseau de repères géométriques a donc été disposé sur tous les points sensibles des ouvrages du musée et des bâtiments ­voisins. Un état des lieux des désordres existants et une première campagne de mesures régulières (inclinométrie, nivellements) s’est déroulée 4 à 5 mois avant le début des travaux d’excavation. Et ce afin d’évaluer les mouvements du bâti liés à la seule ­variation naturelle des argiles gonflantes. Une deuxième campagne de mesures en continu pendant toute la durée des travaux devait permettre de déceler d’éventuels désordres liés au chantier. Un cahier des charges pour les désordres nouveaux définit un seuil d’alerte à /– 10 mm de variations pour le musée et /– 8 mm pour les bâtiments voisins, en dessous duquel la responsabilité des entreprises n’est pas engagée mais seulement celle du maître d’ouvrage.

Valoriser sans dénaturer

D’importants travaux de réhabilitation concernent les bâtiments anciens. Ces interventions ont notamment pour but le confortement et la réfection des planchers, la mise en place d’un chaînage général, la rénovation des intérieurs avec la réorganisation de la circulation entre les niveaux et les bâtiments, et la rénovation des façades. Au vu de la diversité des situations, le travail de rénovation des planchers arbore une gamme étendue de techniques et de matériaux : dalles pleines béton sur poutrelles hourdis, dalles pleines béton sur bac collaborant acier, planchers nervurés, planchers ­béton connectés sur poutres acier ou poutres bois, prédalles avec poutre industrielle (précontrainte), dalles alvéolées… Tous ces travaux ont été menés en veillant à ne pas alourdir les bâtiments et en respectant leur identité architecturale.

Enfin, l’aile neuve en béton ouvre le musée sur la rue du collège par une grande façade vitrée en rez-de-chaussée, grâce à une poutre voile de 30 m de longueur qui assure en façade la reprise du niveau supérieur. Ce bâtiment est complété côté cour par une structure secondaire acier qui supporte une double façade en verre structuré.

Le travail sur la lumière a été particulièrement soigné. En clôture de la cour Bourdon dite « l’aile contemporaine », un pavillon de verre abrite pour l’essentiel les œuvres, récemment offertes au musée, de l’artiste Pierre ­Soulages. Les écailles de verre texturé (voir encadré) de sa façade nord évoquent la singularité de la matière et l’imperfection des vitraux des églises romanes. Comme posées de façon aléatoire sur les étagères d’une immense bibliothèque et derrière lesquelles se glissent les rampes de tubes fluorescents, garants d’un surprenant éclairage nocturne, elles sont encore doublées, côté intérieur, par de grands panneaux de verre extraclairs, aux effets « feuilles de calque ».

Comme le souligne Emmanuel Nebout : « Les lumières naturelles et artificielles valorisent mutuellement les œuvres et les lieux qui les accueillent. L’hétérogénéité des lieux a conduit à mettre en œuvre des solutions très diverses, avec des plaques de verre diffusantes pour la galerie des Griffons, des puits de lumière pour celle des Colonnes, un plafond suspendu pour les salles voûtées de l’ancien collège, des failles zénithales pour la salle d’expositions temporaires…

Les couleurs des murs ont ainsi été choisies, pour s’accorder parfaitement avec les tonalités des œuvres exposées et signifiantes d’une époque, d’une école donnée, avec ici un rouge Esterel, là un brun ou un gris profond… La gamme reste subtile, délicate, en parfaite résonance avec le patrimoine bâti, et les collections emblématiques.

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