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Repérage en lumière dans un parking souterrain

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Repérage en lumière dans un parking souterrain

La mise en lumière graphique associe les tonalités complémentaires. Les tubes sont positionnés sous les rampants d'escaliers.

Contribuant à la restructuration d'un quartier de Marseille, un parc de stationnement enterré met en scène ses sept niveaux grâce à un éclairage coloré qui permet de se repérer dans l'espace.

Livré en mars 2009 après plus de deux années de travaux, ce parking de 283 places sur sept niveaux est situé rue des Docks, sous la place Arvieux à Marseille. Sa réalisation participe à la restructuration en zone d'affaires tertiaires du quartier de La Joliette. Un programme qui s'inscrit dans une ambitieuse opération de rénovation urbaine baptisée Euroméditerranée, initiée par l'Etat et les collectivités territoriales en 1995. L'Atelier du Prado, dirigé par l'architecte Jean-Luc Pérez, a été chargé du projet dans le cadre d'un groupement de maîtrise d'œuvre. Parmi les cotraitants, le studio Marc Aurel, spécialiste en design urbain, a conçu la mise en scène lumineuse de l'ouvrage. Déjà, début 1990, au sein du cabinet d'architecture Wilmotte & Associés, Marc Aurel innove dans la conception des parcs de stationnement lyonnais. Il y invite art contemporain, design et lumière. « C'était la première fois que l'on se posait des questions sur l'aménagement des parkings qui avaient alors un taux de remplissage très faible. Comment faire pour que les femmes n'aient plus peur de descendre jusqu'au niveau moins six pour se garer ? », évoque-t-il. Principale difficulté à Lyon : obtenir de la transparence. « Les pompiers voulaient que tout soit fermé, isolé, pour respecter les normes de sécurité. Il existait une séparation entre l'espace de la voiture et les circulations verticales. J'ai collaboré plusieurs mois avec eux pour trouver une manière d'entrer dans le règlement en travaillant la transparence. On a vitré toutes les parois des cages d'escaliers et des ascenseurs, une première à l'époque ! » Une expérience dont l'enseignement a été mis à profit à Marseille.

Le repérage : priorité d'un parking hélicoïdal

Coincé entre trois immeubles et situé à 2 m d'une ligne de métro en sous-sol, le parking de la cité phocéenne est circulaire, ce qui permet d'éviter l'utilisation de butons. En forme de cylindre de 28 m de profondeur et 40 m de diamètre, il se compose d'un plancher hélicoïdal (8 200 m2 au total) de sept révolutions, enroulé autour d'un noyau central de 7 m de diamètre qui abrite l'escalier piéton. L'ouvrage ne présente aucun sol horizontal, il est par exemple entièrement accessible aux personnes handicapées du fait de sa faible inclinaison - moins de 3,5 %.

« Le problème d'un parking hélicoïdal est qu'il n'existe pas d'étage, de référence horizontale. On descend de manière continue et dès qu'il y a une place libre, on se gare. Pour pouvoir transformer ce dispositif extrêmement efficace en termes de capacité d'accueil, en un lieu où l'usager peut retrouver sa voiture, nous avons eu l'idée avec Marc Aurel de fabriquer une sorte de lanterne lumineuse », explique l'architecte Jean-Luc Pérez.

Outre la sécurité et le confort, se repérer facilement est une notion prioritaire dans ce type d'espace. Peintures de couleur, numéros de places, graphismes en tout genre représentent des balises classiques. L'idée de Marc Aurel est, au contraire, de proposer un univers très neutre, « un parking tout blanc, épuré comme un centre d'art contemporain », où la signalétique se fait grâce à un éclairage coloré, la lumière jouant le rôle de fil conducteur. « Nous avons conçu une mise en scène basée sur la couleur où chaque étage est déterminé suivant une identité chromatique particulière permettant ainsi un meilleur repérage dans l'espace », indique le designer.

Destiné à faciliter et sécuriser les déplacements, l'éclairage général du parking est fourni par 266 lampes fluocompactes de 32 W (38 par niveau) avec une température de couleur de 3 000°K (Rovasi). Ces tubes apparents blancs sont encastrés entre les poutres des plafonds. Les circulations piétonnes sont ainsi éclairées avec une teinte neutre, proche de la lumière du jour, qui retranscrit bien les couleurs naturelles.

Toutes les parois moulées en périphérie sont habillées d'une lumière bleutée à la tonalité très froide, qui donne une atmosphère douce à l'ensemble du lieu. La mise en lumière y est assurée par 350 projecteurs de 150 W, des lampe à iodure métallique bleue (« Decoflood », Philips). Chaque étage en compte en moyenne 10 en plafond sur la couronne intérieure et 40 en périphérie où ils sont dissimulés derrière une platine métallique fixée aux parois, qui les protège des chocs. « Il s'agissait de dilater, dématérialiser les parois moulées à grosse granulométrie, pour pouvoir enlever à l'enveloppe son aspect d'enfermement », explique Jean-Marc Perez.

« Cet éclairage rasant, en contre-plongée, joue avec la matière brute des parois et supprime toute zone d'ombre à l'arrière des véhicules, ajoute Marc Aurel. Lorsque les voitures sont stationnées dans cette hélice, il ouvre l'espace et lui donne un effet de profondeur intéressant. »

Les circulations verticales : une mémoire colorée

L'escalier hélicoïdal et les deux cages d'ascenseurs en verre, conçues comme des « boîtes à lumière », apparaissent en contraste de couleur et d'intensité. « Chaque séquence ascenseur fabrique une tache colorée, un cadrage et une manière de se garer. Elle produit une mémoire colorée qui permet de se repérer. Plutôt que d'être déçu de se retrouver au quatrième étage, comme on circule dans un continuum spatial, on est simplement dans une ambiance à la teinte spécifique. La qualité de la colorimétrie permet d'éliminer le côté anxiogène des parkings traditionnels », souligne Jean-Luc Pérez. Chaque niveau est ainsi traité par une couleur très identifiable, allant du froid pour le niveau proche de l'entrée (niveau 1) au plus chaud - vers le centre de la terre (niveau -6). « Pour éviter les ruptures trop fortes et privilégier la continuité, on a travaillé sur la complémentarité des tonalités : un étage fonctionne avec un autre niveau », précise Marc Aurel. On passe ainsi du blanc, aux violet, vert, jaune puis à l'orange.

Éclairage : des lignes dans l'espace

Les ascenseurs (630 kg chacun, dimension cabine : 110 x 140 cm) coulissent le long de la paroi moulée et débouchent sur la place centrale. « Il fallait donner un élément de reconnaissance à l'usager lorsqu'il récupère sa voiture. En effet, lorsqu'on se gare dans un parking hélicoïdal, le principe de gravité fait que l'on prend l'ascenseur plus bas - personne ne remonte. On a donc intérêt à mémoriser la gamme chromatique du « niveau » en amont pour redescendre vers le véhicule », explique l'architecte.

Pour le designer, il s'agissait aussi d'y apporter un supplément d'âme : « Dans tous mes projets, j'essaie de faire réagir nos cinq sens et d'interpeller les gens sans les agresser. Lorsqu'une personne gare sa voiture, le matin, en retard pour un rendez-vous et prend l'ascenseur, là, il peut se passer quelque chose. Créer un peu d'émotion dans la banalité du quotidien mécanique nous rend vivant », confie-t-il.

Dans ces circulations verticales, l'éclairage est constitué au total de 166 tubes fluos de 58 W d'une longueur 1,87 m chacun (« Biarritz », Philips), équipés de fourreaux colorés différents selon les niveaux. Fixés aux plafonds, sur les poutres et les rampants d'escaliers, ils se répartissent ainsi à chaque étage : 2 x 1 dans les escaliers, 4 dans les cages d'ascenseur, 2 x 2 devant les accès escaliers.

Dans ces circulations verticales, l'éclairage est constitué au total de 70 tubes fluos de 58 W d'une longueur 1,87 m chacun (« Biarritz », Philips), équipés de fourreaux colorés différents selon les niveaux. Fixés aux plafonds, sur les poutres et les rampants d'escaliers, ils se répartissent ainsi à chaque étage : 2 x 1 dans les escaliers, 4 dans les cages d'ascenseur, 2 x 2 devant les accès escaliers. « Graphiquement, ils participent à l'image en créant des lignes dans l'espace », souligne Marc Aurel. En ce qui concerne les luminaires, leur choix s'est décidé après de nombreux tests. « La principale difficulté, c'est l'adaptation, constate le designer. Au départ, on peut tout éclairer virtuellement, mais l'éclairage devient visible au fur et à mesure. On a donc commandé une quinzaine de produits auprès de différents fabricants, pour déterminer le plus discret, le plus petit et celui offrant les meilleures performances. »

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