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Rénovation lourde de la Cité radieuse de Briey

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Rénovation lourde de la Cité radieuse de Briey

Cinquante ans après sa réception, les quatre façades de l’Unité d’habitation collective de Le Corbusier à Briey (54) ont été entièrement restaurées. Deux années d’études préliminaires sur l’état sanitaire, un diagnostic béton et trente mois de chantier auront été nécessaires à sa renaissance.

En 1959, Le Corbusier a conçu les 350 logements de cette unité d’habitation d’après le concept du « familistère » et sur la base d’une fabrication à échelle industrielle.

Cet ensemble de 17 étages de 2,26 m de hauteur (Modulor) et de 25 x 120 m, est fondé sur 53 piliers et un radier alvéolaire (110 x 20 m, ép. = 2,25 m). Les façades est-ouest se composent d’éléments béton coulé sur site (ép. = 14 cm)par des coffrages coulissants en planches et de voiles séparatifs porteurs, de 16 cm d’épaisseur et de 3,82 m d’entraxe. À la façade sud, composée exclusivement de modules de balcon à claustras, s’oppose un voile vertical au nord. Cet ensemble se trouvait fort dégradé, « La pathologie recensée étant due aux modalités de mise en œuvre et à la rapidité d’exécution de ce bâtiment construit en seulement dix-huit mois », explique l’architecte Radu Medrea de l’agence d’architecture Medrea, Ferauge et Iung, spécialisée en Monuments historiques.

Une forte dégradation des bétons

En 1987, un ravalement à base de peinture blanche n’avait fait que dissimuler des désordres mentionnés dès la réception de l’ouvrage en 1959. Désordres provenant de la conjonction d’une forte exposition aux intempéries (répétition de cycles gel/dégel dans un site humide) et de pluies acides sur un ouvrage réalisé dans un béton dont la prise a été contrariée. L’ensemble a provoqué par alcali-réaction des gels gonflants qui ont, au mieux, provoqué des microfaïençages et au pire, des éclatements. Ces éclatements et corrosions, voire descellements consécutifs, ont progressivement détruit des éléments préfabriqués faiblement enrobés, tels les têtes de voiles garde-corps et claustras composés d’une résille béton (ép. = 5 cm). De plus, le système de chauffage d’origine, intégré au béton lors du ferraillage, a aggravé les chocs thermiques et la dilatation différentielle, notamment au droit du joint de dilatation qui coupe le bâtiment sur toute sa hauteur. D’où la présence de fissures des dalles de loggias réalisées d’un seul bloc intérieur/extérieur, sans joint de dilatation.

À cela s’est ajouté l’emploi d’un béton insuffisamment dosé en ciment et mal vibré. D’où la présence d’armatures apparentes aux reprises de bétonnage. À noter également l’absence de contrôle de qualité en terme de durcissement (cure), l’emploi de lampes infrarouges pour accélérer le séchage des garde-corps, décoffrés après seulement six heures.... Enfin, les bétons coulés sur site présentaient également des éclatements à divers degrés et des aciers à nu corrodés (pertes de section supérieur à 10 %) aux arêtes des piliers, fronts de dalles/voiles et zones de moindre recouvrement...

La précision du diagnostic a réduit la note

Il était donc grand temps d’agir. Dès 2005, le syndicat des copropriétaires « Le Corbusier » a engagé les travaux de réhabilitation mandatant l’agence d’architecture Medrea, Ferauge et Iung et le BET In-Situ pour un coût d’investissement de 3 M€ TTC. L’étude a commencé par la réalisation d’un diagnostic précis des dégradations et de nombreux essais qui ont permis d’adapter un traitement à chaque désordre de façade, palliant le surcoût d’une solution globale. Ainsi, unecartographie des résistances ohmiques et des taux d’humidité dans le béton a évité le remplacement des chapes, un traitement d’étanchéité s’avérant suffisant. Économies réalisées : 800 000 € !

Une série de tests spécifiques a recensé la fréquence des désordres, d’après les difficultés d’exécution/conception et d’exposition du béton par type de façade. En ferraillage, la position des aciers et l’épaisseur d’enrobage ont été détectées au ferro-scan, le fissuromètre anticipant l’évolution des fissures. Tests de carbonatation, calcul des valeurs moyennes de résistance à la compression (52 MPa/54 MPa homogène), pourcentages de sulfates et chlorures, tests d’adhérence et mesures électrochimiques de la corrosion ont complété l’étude.

In fine, une série d’essais de validation a déterminé les options avant/après la consultation des entreprises, d’après les paramètres coûts, esthétique, longévité, etc. Ainsi, après tests et essais sur un habillage de tête de voile, béton coulé en place, essai d’étanchéité balcons, la solutionretenue a été celle du micromortier anti-CO2 recouvert d’une couche de peinture grise étanche à l’eau rappelant le béton d’origine.

Pour la réfection des garde-corps, le BET a dû évaluer chaque claustra fragilisé. Ces derniers ont été cassés en prenant soin de ne pas abîmer les armatures. La technique de gunitage (béton projeté dans un moule ouvert) s’avérant coûteuse, l’entreprise de gros œuvre a, en effet, opté pour le coulage des claustras en place dans un coffrage, sans hisser de matériel lourd.

Près de 19 000 litres de peinture utilisés

Basés sur les conclusions du diagnostic, le parti architectural et la technique de restauration des façades et des piliers du rez-de-chaussée ont tenu compte du budget alloué à l’opération par le maître d’ouvrage, des contraintes de protectionau titre de l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques, de la recherche d’une durabilité maximale et des délais d’exécution.

En première phase, l’entreprise a traité les enrobages fissurés ou éclatés après gommage de la peinture. Le travail s’effectuant à partir de plates-formes élévatrices. Les bétons ont ensuite été purgés par sablage jusque derrière les armatures acier, qui ont été décapées, brossées et couvertes d’enduit anticorrosion (Sikatop 126). Le ragréage en béton fibré a ensuite réparé le creusement des zones purgées. Pour la réfection à neuf des claustras et garde-corps, il a fallu détruire le béton avant de traiter l’ancienne armature et d’y ajouter un moule de coffrage en polyéthylène. Les dalles ont été levées avec les conduits de chauffage à l’intérieur. Après décoffrage, celles-ci ont été testées avant la pose d’une étanchéité à base de résine époxydique et sable de quartz (Sikafloor 156).

Ensuite, la surface du béton a été protégée par un micromortier anti-CO2 (Sikatop 121) et une peinture de protection avec une première évaluation préalable aux tests d’adhérence tous les 200 m² (d’après l’application des normes en vigueur). La teinte définitive de peinture a fait l’objet d’échantillonnage.

La restauration des couleurs traduit la divergence entre les documents graphiques originaux définissant les couleurs à appliquer dans les loggias et la photographie du bâtiment lors de sa réception. La réfection de 1987 contredisait la gamme chromatique d’origine où les faces blanches apparaissaient sur fond gris, afin de faciliter l’appropriation des usagers...Ainsi, il a été décidé de restituer la première couche d’origine sous-jacente (exemple : deux marrons différents trouvés en première couche d’origine ont été restitués).

La force abstraite des couleurs est rehaussée par un fond gris uni, qui souligne l’aspect graphique du bâtiment.

Pour l’anecdote, la consommation de peinture tous postes confondus (sol, pare-soleil, façade, joues latérales, coques et claustras) est de 18 775 litres.

N°304

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