Rénovation énergétique : anticipons l’« uberisation » de la filière

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La rénovation énergétique des logements est un défi que la France se doit de relever. Pourtant, les réalisations sont en net décalage avec les ambitions. À ce jour, n’a pas eu lieu de bascule entre le budget énergie des ménages et celui des travaux d’amélioration de l’habitat.
Toute la filière ne promeut pas la rénovation avec la même sincérité et c’est dommage. À ne pas vouloir comprendre que l’avancée de l’efficacité énergétique et du numérique est irrévocable, le risque est fort pour certains de se faire balayer. Que ce soit par les entrepreneurs du bâtiment qui prendront le train de cette transition, ou par de nouveaux acteurs, tels qu’Uber avec les taxis ou Amazon avec les libraires.
L’amélioration énergétique des logements passera par deux approches : l’embarquement de la performance lors de tous les travaux, qui est appuyé par la loi de transition énergétique, mais aussi l’émergence d’offres de rénovations lourdes améliorant fortement en une fois la performance énergétique. La généralisation de ce marché ne sera possible que par une baisse des coûts et une amélioration de la qualité réelle et perçue : des éléments qu’une intégration avisée du numérique pourrait faciliter. Des entrepreneurs s’y sont déjà engagés et proposent des offres innovantes, mais ils sont freinés par l’absence de demande massive.
La filière a besoin de plus de projets, pas de plus de subventions. L’un des défis sera de massifier cette demande, tout en s’assurant que les PME ont accès aux marchés. Si cette massification n’est pas auto-organisée, elle interviendra tout de même, mais alors sous l’impulsion des géants du numérique. En effet, ces "nouveaux barbares" s’intéressent à la question énergétique et ils ne s’embarrasseront pas de précautions lorsqu’ils passeront à l’offensive.
Tous les secteurs "uberisés" présentaient des similarités avec les marchés de l’énergie et de l’amélioration de l’habitat : ils étaient peu numérisés, brassaient des sommes importantes et il y existait une insatisfaction chez les clients. Le risque "d’uberisation" de la rénovation énergétique est bien réel et il peut être une bonne nouvelle pour la planète. Si l’arrivée d’Uber a augmenté le nombre de trajets fait avec chauffeur, l’arrivée d’un tel nouvel entrant pourrait augmenter nettement le nombre de rénovations.
Google avance déjà ses pions. Avec leurs données, Nest et Google Maps pourraient dresser des diagnostics énergétiques très pertinents sans se déplacer. Google Sunroof permet déjà de modéliser le potentiel photovoltaïque de chaque toiture. L’effort pour basculer vers la rénovation énergétique est faible. Et Google proposera alors une mise en relation avec des professionnels locaux en gardant 20 % de commission… comme le fait Booking avec les hôteliers. Une autre voie est celle d’Elon Musk, entrepreneur américain qui avec ses entreprises SolarCity et Tesla propose des packs "panneaux solaires et batteries", via des solutions locatives, pour fournir une énergie moins chère. Une offre de rénovation lourde associée à un tiers financement est proche.
Le bouleversement induit, c’est un changement de répartition de la valeur entre acteurs. Le risque est bien réel que des géants du numérique absorbent une grande part de la valeur de ce marché. Imaginer que la loi pourrait l’empêcher est illusoire. En revanche, il est encore possible de l’anticiper. Le projet hollandais EnergieSprong est en ce sens inspirant. Plusieurs bailleurs sociaux ont su s’unir pour mettre en œuvre des rénovations lourdes de leur patrimoine dans une approche "rupturiste" : rénovation de centaines de maisons pour les amener à un niveau "passif" en une semaine, avec une garantie de performance énergétique sur trente ans et l’intégration d’un tiers financement parapublic. Après 500 rénovations, le coût est tombé à 70 000 euros et 45 000 euros sont visés pour permettre un financement des travaux à 100 % par les économies d’énergie. La rénovation énergétique change enfin d’échelle.
Il faut agir maintenant plutôt que de subir. Pour anticiper l’"uberisation" de la filière, organisons cette massification de la rénovation énergétique !

N°347

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