Nous suivre Les Cahiers Techniques du bâtiment

Rénovation d’une tour de bureaux des années 1970

Sujets relatifs :

Rénovation d’une tour de bureaux des années 1970

Une structure béton en bon état, un noyau central stable, des plateaux sains… cet Immeuble de grande hauteur (IGH), de plus de 40 ans, a très bien vieilli. Restait à lui apporter le confort et la sécurité d’une construction contemporaine.

1 PROGRAMME Une architecture très marquée années 60

Comment vieillit une tour construite à la fin des années 60 ? Bien, si l’on met de côté le fait que sa façade est passée de mode, qu’elle est devenue obsolète en termes de confort thermique, de sécurité, de matériaux constitutifs et d’organisation interne.
Plus difficile encore, la tour Esca, classée IGH (Immeuble de grande hauteur) est plantée en plein centre-ville de Strasbourg (67), au milieu du centre commercial « La Place des halles » dans un environnement très contraint.
Elle abrite deux niveaux de sous-sols (parking, archivage, locaux techniques), un rez-de- chaussée, un entresol, deux niveaux recevant du public et 10 étages en occupation tertiaire. La façade, percée de fenêtres en forme de hublots arrondis avec des vitrages de teinte bronze, est habillée de tôles métalliques revêtues de peinture amiantée en face interne. Un aspect typique de l’époque qui se retrouve sur de nombreux ouvrages en France, à Paris ou au Petit-Clamart, comme l’ancien siège de Bouygues.
Pour réussir cette transformation, initiée en mai 2010, le maître d’ouvrage a d’abord préféré un architecte expérimenté, Denis Dietschy du cabinet d’architecture DRLW. Ensuite, il a choisi Pertuy Construction comme interlocuteur unique en conception/construction, plutôt qu’en simple mission de maîtrise d’ouvrage. « C’est un engagement très fort pour notre entreprise, reconnaît Éric Canon, directeur travaux chez Pertuy Construction. Nous participons davantage au projet dès la phase de la conception, avec des objectifs à atteindre en termes de calcul de structure et de performances, notamment énergétiques ». D’un côté il est libre d’intervenir directement, dès la phase d’étude, de l’autre, il doit faire avancer le projet au meilleur rythme.
Le chantier, prévu pour durer vingt-trois mois, durera finalement vingt-cinq mois, dont dix-neuf pour la phase travaux. Le dépassement est justifié, comme sur toutes les restructurations lourdes de ce type, par un planning de désamiantage difficile à maîtriser.

2 ÉTAT DES LIEUX Conserver la structure béton

Immeuble de grande hauteur (IGH), rénovation de bureaux, renforcement d’isolation pour transformer le Bâtiment en tertiaire à basse consommation (BBC) et à haute qualité énergétique, architecture ambitieuse… toutes les problématiques d’un projet délicat, mais lourd, étaient ici réunies. Pour y faire face, Pertuy Construction a coordonné de nombreuses compétences, des spécialisées, et initié plusieurs phases d’études et de conception à partir d’un audit de départ.
Construite en 1970, la tour Esca a bien vieilli. La structure béton de la façade et le noyau central des cages d’ascenseur seront de ce fait intégralement conservés. Les travaux internes consistent à créer de nouveaux équipements. Une gaine de désenfumage est creusée par carottage. Des planchers sont confortés dans ces zones fragilisées. Une cage d’escalier est construite en façade nord avec une reprise en sous-œuvre pour supporter les 12 niveaux de structure métallique. Celle-ci est montée à partir d’un treuil fixé sur le noyau béton de la cage d’ascenseur en toiture. Un allégement de la charge fixe du bâti est opéré en supprimant de nombreuses cloisons en maçonnerie lourde et les faux plafonds en stuc et en plâtre agrafés sur suspentes en tubes acier.
La réhabilitation est conduite avec les multiples contraintes logistiques d’un environnement urbain dense. La démolition est l’un des grands enjeux du chantier.
Quelque 2 500 tonnes de gravats ont été évacuées via une gaine créée dans la trémie d’un ancien monte-charge, entièrement démonté : pas de bruit, ni de poussière, c’est étanche. En bas, un déflecteur métallique répartit les éléments, afin d’éviter les obturations et une minipelle les évacue dans des bennes. Rapide et efficace, ce travail de fourmis se faisait en équipe décalée de 7h00 jusqu’à 21h00 en triant avec des journées bois, moquette ou plâtre. Les bennes sont évacuées par la voie souterraine de circulation du centre commercial, dédiée aux camions de livraison des commerces environnants. À la fin, les accès à la trémie sont condamnés et une dalle coulée en rez-de-chaussée.
En façade, les fenêtres sont mises à angle droit et l’ancienne peau découpée. Les nouveaux panneaux de façade en verre sont posés du bas vers le haut, contrairement à ce qui se pratique dans les bâtiments neufs. Comme pour toute rénovation, les cotes de la structure ont joué et l’équerrage du bâtiment n’est plus parfait. Pour y remédier, un relevé exact des cotes est conduit et cette modélisation est superposée aux modules de façades, afin de déterminer le bon calage et entourer la tour avec un jeu suffisant en isolation/ventilation. Les pattes de fixation sont alors scellées aux endroits correspondants pour supporter les panneaux. La fabrication et le montage se font en continu avec un calepinage et une planification précise. Tous les jours, les éléments livrés par camion sont posés grâce à des treuils montés sur rails périphériques en toiture. Outre son impact architectural, cette nouvelle peau assure aussi la performance BBC, la sécurité, le confort thermique et acoustique des usagers.

3 BILAN Un acte architectural moderne

Les processus mis en œuvre lors de la rénovation de la tour Esca sont directement transposables à d’autres chantiers du même type. Et plus particulièrement aux IGH des années 70 qu’il faut rénover en termes de sécurité, de changement d’usage et d’amélioration des performances énergétiques. Ici, pour les installations techniques, les ingénieurs ont travaillé essentiellement à réduire la dépense énergétique. Résultat, ils ont divisé par trois la consommation d’énergie primaire. Une performance qui explique, qu’à l’issue des travaux, l’immeuble a obtenu la première certification en France HQE (Haute qualité énergétique) et BBC pour une rénovation lourde tertiaire. Deuxième volet, la sécurité répond désormais aux normes actuelles des IGH en tertiaire. Avec des équipements complets en sécurité incendie, des gaines de désenfumages, la mise à disposition de deux escaliers de secours, une mise aux normes des ascenseurs avec un appel pompier prioritaire et le non-arrêt aux niveaux sinistrés.
La démarche en conception construction s’est révélée tout à fait adaptée à ce type de projet. Elle responsabilise le maître d’œuvre et garantit la qualité et la planification du chantier.
Pour Pertuy Construction, cette expérience a permis d’acquérir un savoir-faire original dans l’audit des bâtiments anciens de grande hauteur.
Enfin, le résultat est un vrai acte architectural. Ce monolithe de verre et de métal, installé quai Kléber, donne un nouveau signal au quartier des halles de Strasbourg. Il s’inscrit parfaitement dans le développement durable. « Dans quarante ans, en 2050, la structure béton de la tour Esca n’aura toujours pas bougé, prédit Philippe Borrel, directeur de Pertuy Construction. Seuls les besoins et les usages en bureaux ou en dépense énergétique auront sans doute évolué ».

vous lisez un article des Cahiers Techniques du Bâtiment N°318

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2012 des Cahiers Techniques du Bâtiment

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news hebdo Cahiers techniques du batiment

Nous vous recommandons

Façade organique en nid-d'abeilles

Façade organique en nid-d'abeilles

Atypique, cette façade sur rue composée d'un savant assemblage de cellules vitrées, mises en relief par un jeu d'épaisseurs, confère une identité forte au nouvel Institut de l'Audition. Le[…]

04/12/2019 | InnovationEnveloppe
Amener la construction durable à haut niveau

Publi-rédactionnel

Amener la construction durable à haut niveau

Inauguration du nouveau Centre Hospitalier Ouest Réunion

Inauguration du nouveau Centre Hospitalier Ouest Réunion

Des piliers « baobabs » poussent dans une gare

Des piliers « baobabs » poussent dans une gare

Plus d'articles