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Remise à neuf des serres du Jardin des plantes

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Remise à neuf des serres du Jardin des plantes

Ne répondant plus aux normes d’accessibilité et de sécurité en vigueur, les trois serres anciennes ont fait l’objet d’une restauration à l’identique assortie de diverses adaptations. La scénographie globale a été également revisitée.

Les quatre serres tropicales du Jardin des plantes à Paris (V e  arrondissement), qui ont été érigées au cours des xix e et xx e siècles, entre 1834 et 1936, font partie des premières constructions au monde de ce type, bâties en métal et en verre. Ces bâtiments restaurés ont rouvert leurs portes au public, au début du mois de juin 2010, après six années de fermeture, dont cinq vouées à des travaux d’envergure.

Classées comme l’ensemble du jardin Monuments historiques en 1993, trois des quatre serres en place ont fait l’objet d’une restauration scrupuleuse menée par Jean-François Lagneau, Architecte en chef des Monuments historiques (ACMH) et Inspecteur en chef des Monuments historiques (IGMH). Parallèlement, l’atelier LAN Architecture a conduit le réaménagement du parcours au sol, alors que l’agence NC (Nathalie Crinière) s’est chargée de la scénographie qui a été entièrement remaniée. Orientés au sud, sud-ouest, les quatre pavillons vitrés sont adossés à deux petites collines constituées de déchets de carrières, le jardin étant à l’origine une vaste carrière. Chacune d’entre elles est consacrée à un milieu naturel et à une contrée qui proviennent des quatre coins du monde.

Une étude préalable à caractère historique

Les plantes poussent en pleine terre et se laissent contempler de près, par les visiteurs, « l’idée étant d’exposer la diversité et ce rapport vital entre les plantes et nous », explique le directeur du Jardin des plantes Éric Joly. Les quatre bâtiments très endommagés sont pourvus de structures fragiles en fer qui étaient très corrodées du fait des écarts de températures et des effets de l’humidité. Leur réhabilitation scrupuleuse a dû tenir compte des contraintes qu’imposent à la fois un classement patrimonial et une volonté de les rendre accessibles à tous.
Le maître d’ouvrage, le Muséum, avait en effet formulé un triple souhait : restituer l’aspect d’origine des serres, moderniser le fonctionnement interne des espaces à partir d’une nouvelle présentation des végétaux et rendre accessibles les édifices aux personnes à mobilité réduite. Les travaux relatifs au clos et au couvert ont nécessité la fermeture des serres au public, tout en maintenant en place les plantes.
Les espèces de végétaux, rares et exceptionnelles, ne pouvaient être déménagées, car beaucoup trop vulnérables. Ce qui a représenté une véritable gageure sur le plan technique et de l’organisation du chantier. Sachant que la première serre traitée, dite « des forêts tropicales humides » (ancien jardin d’hiver), est la plus atteinte bien que la plus récente, puisqu’elle avait été érigée en 1936 par l’architecte René Berger. Les autres, plus anciennes, datant des années 1834-1836, ont été conçues par l’architecte du Muséum, Charles Rohault de Fleury.
Une première phase de travaux préliminaires avait été engagée fin 2000, sur l’avant-corps du jardin d’hiver, avec la restauration à l’identique des deux colonnes revêtues de verre martelé. Ce qui a permis au Muséum de constater le très mauvais état de l’édifice et de décider de lancer une vaste opération de réfection sur l’ensemble. « Notre démarche a consisté à essayer de restaurer le plus fidèlement possible les bâtiments, selon les techniques employées à l’époque de leur construction. Il est indispensable de pouvoir comprendre l’historique de chaque bâtiment à travers les diverses transformations subies au fil des années. À partir de documents d’archives, une étude préalable a alors été lancée pour chaque serre », explique l’architecte Jean-François Lagneau. Mais avant de procéder à la rénovation des structures métalliques existantes, deux phases de travaux délicates ont été nécessaires.

Des techniques ancestrales adaptées aux contraintes du site

Sachant que le déroulement des travaux s’est opéré graduellement de la première serre aux deux autres, la quatrième serre plus récente n’étant pas concernée. Il a d’abord fallu décaper les vieilles peintures chargées de plomb de chaque maison de verre, en protégeant au maximum les ouvriers (équipés de scaphandres étanches), ainsi que le public qui continuait de circuler autour des serres. Cette opération a permis non seulement d’alléger les structures, mais aussi de mieux visualiser l’état réel des fers.
Pour cela, un bâchage élaboré et étanche a été mis en œuvre. Des échafaudages couverts de bâches plastifiées, enveloppant comme des « cocons » les pavillons, ont été montés et arrimés. Ils ont servi à la fois à confiner la chaleur dans les volumes et à éviter que les poussières nocives ne s’envolent sur les passants. Malgré ce dispositif efficace, des poussières se sont tout de même déposées sur la terre et les plantes à l’intérieur des édifices ont nécessité une dépollution des sols notamment. Après ces étapes incontournables de travaux, la restauration des ossatures métalliques a pu alors débuter. La difficulté majeure a été de retrouver le plus possible les techniques originelles utilisées. Certaines de ces techniques n’ont pu être réemployées, à cause notamment de la présence dans la charpente d’assemblages par rivets, très prisés au xix e  siècle, mais difficiles à recréer dans ce contexte spécial. En effet, cette technique particulière, qui nécessite de chauffer et marteler les pièces sur place, aurait endommagé les végétaux et les bâches de protection installées. Il a donc fallu s’adapter aux contraintes du site, transiger et mettre en œuvre des têtes de rivets uniquement sur les parties visibles des assemblages servant d’habillage des boulons.

Des remises aux normes indispensables

Les parties arrière non-vues étaient, en revanche, équipées de vis et d’écrous. Une non-conformité aux techniques d’origine, mais qui fait partie des adaptations techniques nécessaires. L’intervention sur la charpente a porté sur le remplacement des pièces corrodées, au cas par cas, sur chaque pavillon. Tandis que les profils peu dégradés sont conservés et ensuite remis en état. Puis, les pièces métalliques neuves ou restaurées sont repeintes soigneusement. Quant au mode de pose initial des verres, il a pu être conservé. La technique d’assemblage des verres entre eux retrouvée a consisté à reproduire à l’identique les anciens profilés, à partir de tôles. Les simples vitrages posés, de meilleure qualité que ceux d’origine, recèlent des oxydes métalliques anti-UV. Si tous les simples vitrages verticaux ont été changés, les verres armés posés en toiture ont pu être gardés en grande partie, car ils avaient déjà été remplacés il y a une quinzaine d’années. Par ailleurs, d’autres travaux ont été réalisés, comme la modification, dans les trois serres, du système de chauffage composé de tubes à ailettes en fer véhiculant de l’eau chaude, eux aussi corrodés. Ces éléments qui ont été remplacés sont alimentés par la Compagnie parisienne de chauffage urbain (CPCU). La chaleur dans les volumes a été renforcée, avec une température constante qui varie, selon la serre, de 25 à 29 °C, le Muséum souhaitant augmenter le nombre de plantes tropicales. Le taux d’humidité maintenu, de l’ordre de 90 %, apparaît antinomique avec la conservation des ossatures en métal. Quant aux remises aux normes en vigueur et notamment de l’accessibilité aux édifices, elle a été résolue par la mise en œuvre de deux monte-handicapés installés à l’entrée du jardin d’hiver et dans une autre serre. Les importantes différences de niveaux des sols entre les bâtiments ont en fait complexifié leur pose.

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