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Réhabilitation de la Maison du peuple de Prouvé

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Réhabilitation de la Maison du peuple de Prouvé

La première tranche de travaux de ce bâtiment précurseur en a restitué l’enveloppe : une construction multifonctionnelle, véritable manifeste de la flexibilité.

Conçue et réalisée, de 1937 à 1939, par les architectes Eugène Beaudoin et Marcel Lods, et par l’ingénieur constructeur Jean Prouvé (1), la Maison du peuple occupe un îlot entier de Clichy (Hauts-de-Seine). Bordé de trois rues et d’un boulevard, cet édifice public s’inscrit dans un parallélépipède de 50 m x 40 m, pour une surface de 3500 m2. Considéré comme un bâtiment d’avant-garde, il est classé à l’inventaire des Monuments historiques depuis 1983. Le vieillissement de son ossature, notamment par la corrosion de composants métalliques, a entraîné, dès 1990, la décision d’une restauration intégrale. Cette dernière, confiée à l’architecte en chef des Monuments historiques Hervé Baptiste (Paris), est financée à 50 % par l’État, 40 % par la Ville et 10 % par le Conseil général. Elle s’effectue en deux tranches de travaux. La première, qui est maintenant terminée, porte sur l’enveloppe extérieure tandis que la seconde portera sur les aménagements intérieurs.

De 1995 à 1998, la toiture et son comble roulant intégré ont été remis en état avant même la restauration de l’ossature métallique du bâtiment et de la façade vitrée de la partie haute. Les travaux se sont ensuite portés sur les façades pleines en panneaux sandwich, les marquises et la restitution du balcon originel, avec un désamiantage général à la clé. De 2002 à 2003, les façades plus opaques du rez-de-chaussée qui avaient subi de profondes modifications d’aspect retrouvent leur aspect d’origine. L’édifice ainsi mis hors d’eau, les travaux intérieurs d’aménagement pourront commencer. Actuellement en cours, des études de mise au point prévoient une remise aux normes européennes d’hygiène du marché Lorraine – situé en partie inférieure – et un remaniement des espaces, le tout en site occupé. Comme dans toute restauration de ce type, la réfection à l’identique doit se combiner avec les impératifs réglementaires et de confort qui imposent quelques adaptations indispensables.

Prouesse technique et concepts novateurs

Au-delà de son côté industriel, ce bâtiment a été conçu dans un esprit de flexibilité totale des espaces et des fonctions qu’il abrite. Il se compose d’un marché couvert en rez-de-chaussée surmonté de divers bureaux et d’une vaste salle polyvalente. Celle-ci peut accueillir entre 1 100 et 2 000 spectateurs, par le jeu d’une cloison amovible faite de panneaux insonorisés et articulés. Bureaux et circulations horizontales et verticales sont reportées en périphérie. Modulable en surface, cette salle l’est aussi en volume. Le sol de la partie centrale est en effet équipé d’un plancher mobile dont les huit éléments coulissent et se rangent dans une tourelle technique, offrant au marché un volume supplémentaire en mezzanine. En partie haute, le toit de la salle est aussi partiellement amovible. Il se compose d’un double shed vitré qui coulisse sur deux rails de guidage, ouvrant la salle de spectacle sur le ciel.

Ce principe n’est viable que si le marché et la salle ne fonctionnent pas simultanément. D’où la conception d’un système constructif léger, souple et adaptable en profilés acier standard. L’ensemble du projet répond à un maillage orthogonal. La trame utilisée, résultante des dimensions de l’îlot, comporte 9 modules de 5,55 m en longueur et 7 modules de 5,71 m en largeur. Les panneaux préfabriqués du bâtiment sont accrochés à la structure. Pour les façades arrière, ils sont constitués de deux tôles d’acier légèrement cintrées et bandées par des ressorts. Ils prennent en sandwich une couche d’amiante et une seconde en laine de verre isolante. D’environ 60 mm d’épaisseur, ils mesurent 1,04 m d’axe en axe, pour une hauteur de 4 m. Chaque panneau est agrémenté d’une fenêtre vitrée livrée d’un seul tenant, montée et ajustée par des crochets. Le dimensionnement de toutes ces pièces a été guidé par les capacités de la presse de grande puissance que les ateliers de Jean Prouvé avaient acquise en 1930. Elle lui permettait de plier des tôles jusqu’à 4 m de large au maximum. Tous ces éléments préfabriqués étaient ensuite acheminés sur le chantier par camion. Les grandes baies vitrées de l’étage sont composées de verre armé simple enchâssé dans des profils en acier qui seront par la suite employés dans d’autres réalisations. Démonstration faite qu’il était possible de construire un édifice communal entièrement en métal, des panneaux de façade, aux limons d’escaliers, en passant par les blocs sanitaires : une vraie prouesse technique.

Un mur-rideau restauré en profondeur

Les façades vitrées hautes de la grande salle se composent de deux ensembles de miroiterie superposés de 7 m de haut, avec une partie inférieure de 2,50 m. Afin de préserver le dessin originel de la façade, la trame verticale de base de 1,04 m a été respectée. Pour la restauration, effectuée par l’entreprise Van Mullem, compte tenu de l’état d’oxydation variable de l’ossature, une solution mixte a été adoptée : récupérer certains éléments viables et refaire à neuf ceux qui ont subi l’outrage du temps. Les « épines » (poteaux de façade), composées de tôles pliées de 25/10e, de 200 mm de long par 110 mm de large, ont été conservées. Tout d’abord déposées, elles ont subi un décapage complet par sablage, suivi d’un traitement anticorrosion de « métallisation au fil », par l’application de zinc à froid. Posées, elles ont été laquées en gris métallisé, sur place. Le problème du vitrage a représenté une contrainte majeure dans la réhabilitation. D’un simple vitrage d’origine, il a fallu utiliser un double vitrage performant Saint-Gobain (Masterline, de la gamme Masterglass) . Il associe des motifs géométriques simples, transparents, brillants et en relief, à un fond translucide, mat, proche du verre sablé ou dépoli. Outre un aspect translucide, la face à rayures verticales offre un rappel des vitrages anciens. L’épaisseur du verre, de 24 mm, a entraîné le changement total des feuillures des menuiseries, pour répondre aux exigences des normes thermiques et acoustiques en vigueur. Les feuillures périphériques se composent de cornières en acier galvanisé de 60 mm de large qui accueillent successivement un joint préformé, le double vitrage, une parclose et un autre joint comprimé. De plus, une traverse horizontale de 50 mm de large est implantée à 2,50 m de haut. Mais la surcharge due au double vitrage a eu pour conséquence le passage d’une façade en compression à une façade suspendue. Les épines sont sujettes à un risque de flexion qui peut comprimer les vitrages, jusqu’à leur cassure. Il a donc fallu procéder à deux types de fixation. En partie haute, un ancrage en tête fixe, des épines, à l’aide de goussets, boulonnés sur le linteau métallique. En partie basse, les épines en saillie reposent par serrage, par des attaches glissantes, sur la tête du bandeau d’acier de 900 mm de hauteur, ancré dans le plancher. Ce système permet d’absorber les dilatations par le bas. Et peut-être que cette salle, à l’acoustique problématique, va voir son affectation changer et se transformer en « Maison de l’innovation » vouée aux techniques multimédias, comme le souhaite la commune. À suivre, donc…

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