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Réception des travaux en marchés privés

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Réception des travaux en marchés privés

© Doc. Bugal.

Fin normale du contrat d’entreprise entre le maître d’ouvrage et l’entrepreneur, la réception peut se faire de façon amiable, tacite, judiciaire … et même sur un ouvrage inachevé.

L’article 1792-6 du code civil précise : « La ­réception est l’acte par lequel le maître d’ouvrage ­déclare accepter l’ouvrage avec ou sans réserves. Elle intervient à la demande de la partie la plus ­diligente, soit à l’amiable, soit, à défaut, judiciairement. Elle est, en tout état de cause, prononcée contradictoirement ». Il s’agit donc d’un acte juridique soumis à un certain nombre de conditions. À savoir :

– représenter la volonté du maître d’ouvrage et de l’entrepreneur,

– constater la fin de leur contrat d’entreprise, même si des obligations contractuelles perdurent,

– constater en principe mais l’achèvement des travaux.

Cet acte de réception doit être prononcé contradictoirement. Volonté conjointe des deux parties, la réception amiable doit faire l’objet d’un acte écrit, ne serait-ce qu’au regard de la preuve. Sa signature peut être absente si la preuve est par ailleurs apportée de la présence des deux parties aux opérations de réception et de leur accord. L’acte concerne l’ensemble des travaux terminés. La plupart du temps, le maître d’ouvrage fait observer un certain nombre de réserves qui ne portent pas atteinte à la destination de l’ouvrage mais qui doivent être mises en ordre, réparées, achevées pendant la période convenue. Ces réserves doivent figurer dans une liste précise annexée à l’acte de ­réception et signée par les deux parties. Les défauts apparents à la réception qui ne figurent pas dans cette liste sont réputés ­acceptés par le client qui ne pourra plus en demander ensuite réparation.

La date de la réception est en principe celle figurant dans l’acte, nonobstant la date des signatures qui peuvent être postérieures. Elle peut être objet de divergences entre les parties concernant certaines dispositions contractuelles, telles que les pénalités de retard prévues dans le marché. Dans cette circonstance, le juge peut être saisi par l’une des parties, ou les deux, aux fins de statuer tant sur la date de réception que sur l’application de la clause contractuelle.

La réception peut devenir complexe lors que l’ouvrage est un ensemble d’immeubles. S’il s’agit de marchés séparés, bâtiment par bâtiment, chacun d’eux est un « ouvrage », objet du marché, Mais, en cas de marché unique, la réception pourra difficilement se scinder en tranches, sauf si des dispositions contractuelles en ont prévu les modalités, ­l’article 1792-6 n’étant pas d’ordre public.

Certains corps d’État, tel le gros œuvre, souhaiteraient que la réception soit prononcée à l’achèvement des travaux, cette solution semblant incompatible avec la notion « d’ouvrage » et non de travaux spécifiques. Elle présenterait un certain nombre d’inconvénients, notamment la difficulté de séparer des lots qui se coordonnent, d’avoir des points de départ différents pour les garanties légales selon les corps d’État et des problèmes difficiles à résoudre lors des ­actions récursoires.

En cas d’entrepreneurs groupés, la norme Afnor P03 001, en ses articles 15.2.1.1.2 et 15.2.3.2 prévoit que la réception ne peut être demandée qu’à l’achèvement de l’ensemble des ouvrages, la date devant être celle du dernier jour de la visite de la ­réception.

À défaut d’acte de réception, la jurisprudence a consacré le principe d’une réception tacite, nécessaire en l’absence d’écrit, pour apprécier le point de départ des garanties dues par les entrepreneurs. Les exigences nécessaires sont : l’entrée dans les lieux ou la prise de possession attestant d’une volonté non équivoque de recevoir l’ouvrage, outre le paiement du prix du marché amputé éventuellement de la retenue de garantie, et l’absence de malfaçons importantes. Les dispositions contractuelles peuvent préciser cette notion de réception tacite.

Ainsi, selon la norme Afnor P 03 001, on considère que l’entrée dans les lieux est insuffisante pour emporter la réception mais une procédure de fixation de la date de la visite contradictoire de réception à l’initiative de l’entrepreneur est organisée (art. 15.2.2.1.3.), dans l’hypothèse de la carence du maître d’ouvrage. La date de ­réception est alors celle de la mise en demeure de l’entrepreneur. Le juge éventuellement saisi postérieurement par le maître d’ouvrage ne pourra que constater cette réception tacite.

À défaut de réception amiable, une réception judiciaire est prévue par l’article 1792-6 du code civil. Elle suppose le refus de réceptionner de l’une des parties, et la demande en justice de l’autre partie. L’assureur n’a pas qualité à demander la réception. C’est le juge qui constate et décide de l’existence, ou non, de la réception et de sa date, en recherchant si, et quand, l’ouvrage peut être considéré en état d’être reçu. Sa décision s’appuie sur les documents qui lui sont communiqués et sur les conclusions d’un expert missionné pour préciser le stade de finition des travaux et l’existence éventuelle de non-finitions, malfaçons mineures ou plus importantes.

Notons enfin qu’un ouvrage inachevé peut être réceptionné, si telle était la volonté manifeste du maître d’ouvrage. Elle intervient particulièrement en cas d’abandon de chantier, assorti ou non de dépôt de bilan et permet ainsi l’intervention des garanties légales décennale et de bon fonctionnement.

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